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Fédérer des peuples : l’exemple du panarabisme

, par Arnaud Huc

Avec la montée des islamismes au Moyen-Orient nous avons tous oublié que les Arabes, tout comme les Européens ont un jour rêvé de s’unir, de former un Etat arabe. En effet ce qu’on appelle aujourd’hui panarabisme a été il est vrai idéologiquement proche du fédéralisme idéaliste qui a pu marquer l’Europe dans les années 1950. Le rêve panarabe, très fort des années 1950 à 1970 a été aujourd’hui balayé par l’islamisme. Ce courant pourtant ne mérite pas d’être oublié.

Pays de la ligue arabe – By Karakizi (Own work) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Auteurs

  • Étudiant en Science Politique à l’Université de Montpellier.

Mots-clés

Une histoire trouble du panarabisme

Si le panarabisme a émergé, c’est dans un contexte particulier. Les Arabes, en effet, dominés par les Ottomans depuis le XVIe ont en même temps que les nations européennes développé une idéologie nationaliste. C’est durant la première guerre mondiale que, s’alliant avec les Anglais pour se libérer du joug turc, les Arabes entrèrent en révolte ouverte contre l’Empire ottoman. C’est Hussein Ben Ali qui est usuellement désigné comme le leader de cette grande révolte qui fit espérer un grand Etat arabe.

Les Anglais et les Français, trahissant leurs paroles respectives, décidèrent pourtant de se partager le proche orient, sans respecter les souhaits des nationalistes arabes. La France acquit la Syrie et le Liban, le Royaume-Uni la Jordanie et l’Irak [1] . Cet acte qui frustra grandement les nationalistes arabes explique certainement la haine anti-occidentale qui sera l’un des ressorts du panarabisme de l’après seconde guerre mondiale.

Car c’est en effet après la seconde guerre mondiale que le panarabisme vécut son heure de gloire. La Syrie devint indépendante en 1946, de même que la Jordanie, tandis que l’Egypte et l’Irak étaient déjà indépendants. La Libye quant à elle sera indépendante en 1951, et les pays du Maghreb encore un peu plus tard. C’est dans ce contexte que le nationalisme arabe se développa. Partant du principe que tous les arabes parlaient la même langue, avaient la même culture et la même histoire, un courant panarabe se développa dans une majorité des Etats arabes.

La figure marquante de ce panarabisme qui dura des années 1950 à 1970 est Gamal Abdel Nasser, président de l’Egypte de 1954 à 1970. Il tira parti du fort antisionisme ainsi que du fort rejet de l’occident présent chez les arabes pour tenter d’unir les arabes autour d’une idéologie socialiste et séculière. Il tenta à plusieurs reprises de faire fusionner des Etats arabes :
- Egypte et Syrie de 1958 à 1971 au sein de la République arabe unie qui exista effectivement en tant qu’Etat.
- Egypte, Syrie et Libye de 1971 à 1984 (projet de Kadhafi) au sein de l’Union des Républiques arabes qui ne resta qu’embryonnaire.
- La Jordanie et l’Irak essayèrent également de s’unir au sein d’une Fédération arabe d’Irak et de Jordanie qui ne dura que 6 mois en 1958.

Après toutes ces tentatives infructueuses, le panarabisme s’essouffla progressivement avec la mort de Nasser et l’islamisation de Kadhafi. Pourtant, malgré ces échecs, il ne faut pas oublier que l’idéologie panarabe était une idéologie progressiste.

Une idéologie progressiste

Le panarabisme ce n’est pas qu’un mouvement nationaliste comme un autre, mais bien une idéologie qui dans le cadre de la guerre froide prôna comme la plupart des anciens pays colonisés, une troisième voie.

Le panarabisme de Nasser c’est avant tout un courant socialiste, mais pas communiste. En effet, Nasser voulait activement développer l’économie de son pays et le rendre indépendant des puissances occidentales. En ce sens il entreprit notamment la nationalisation du canal de Suez (nationalisation qui donna lieu à une guerre) et la mise en œuvre de grands travaux tels le barrage d’Assouan. Ces idées socialistes déteignirent sur le panarabisme pour faire de lui un courant marqué à gauche et plutôt proche de l’Union soviétique. Le panarabisme c’est également un mouvement séculier qui voulait entreprendre l’autonomisation du politique vis à vis du religieux. Il s’oppose donc totalement à l’islamisme d’aujourd’hui tant le pouvoir politique devait, aux yeux du panarabisme, être sinon laïc au moins séculier.

Le panarabisme c’est enfin l’unification des Arabes contre l’Occident et contre Israël. Nasser, de même que tous les dirigeants arabes et le peuple arabe dans son ensemble était profondément hostile vis à vis de l’Occident qui, représenté par le Royaume-Uni et la France avaient trahi les arabes en 1918 en se partagent le Moyen-Orient. D’autre part, les Arabes étaient encore plus hostiles aux Juifs qui en 1948 avec l’accord des occidentaux avaient reconstruit l’Etat d’Israël sur une terre arabe. C’est d’ailleurs cette lutte entre Israéliens et arabes qui fit du Moyen-Orient une véritable poudrière (6 conflits impliquant Israël de 1948 à aujourd’hui).

Une idéologie aujourd’hui disparue

Le panarabisme a été fortement dépendant de ces leaders, Nasser d’une part, et Kadhafi dans ses jeunes années d’autre part. Il a été progressivement remplacé par un islamisme venant de l’Arabie Saoudite alors alliée des Etats Unis car anti-communiste. Cet islamisme a définitivement supplanté le nationalisme arabe lors des révolutions de 2011 ou les derniers autocrates laïcs ont été renversés (Ben Ali, Moubarak et dans une moindre mesure Kadhafi) ou sont entrain d’être renversés (Al-Assad). Ces régimes dictatoriaux qui étaient anti-islamistes ont été renversés officiellement pour installer la démocratie, mais on peut craindre une confiscation de ces révolutions par l’islamisme qui n’a cessé de se renforcer depuis les années 2000.

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Notes

[1Accords secrets Sykes-Picot de 1916 entre la France et le Royaume-Uni.

Vos commentaires

  • Le 8 janvier 2014 à 18:54, par Ibn Arabi En réponse à : Fédérer des peuples : l’exemple du panarabisme

    Bon article mais loin d’être complet. Comment peut-on parler du panarabisme sans parler de Michel Aflaq et du parti Ba’ath ou sans même évoquer ne serait ce que vaguement la Nahda, mouvement ayant grandement influé sur l’apparition du nationalisme arabe ?

    PS : Je relève également une petite faute quant a la République Arabe Unie de Nasser, celle-ci fut bien crée en 58 mais c’est à partir de 61 que celle-ci disparu, toutefois l’Egypte garda le nom de RAU jusqu’en 71.

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