
Une époque du ’’fédéralisme de la Résistance’’ d’où ont émergées des personnalités remarquables parmi lesquelles on retrouve des gens comme Hans et Sophie Scholl (de la « Rose Blanche ») et le publiciste et historien Eugen Kogon pour l’Allemagne, Altiero Spinelli et Ernesto Rossi (fondateurs du MFE) pour l’Italie ou Henri Frenay, en France (co-fondateur de l’UEF, avec les deux précédants).
Une grande figure du fédéralisme de la Résistance
Henri Frenay (Lyon, 19 novembre 1905 ; Porto Vecchio, 6 août 1988) est un personnage historique du XXe siècle (de sensibilité initiale socialiste) connu pour (en novembre-décembre 1941), avoir été le fondateur du mouvement de résistance « Combat » (principal réseau de résistance affilié au CNR - « Conseil National de la Résistance » - en zone sud), pour avoir été, par la suite, membre du CFLN - « Comité Français de Libération Nationale » - à Alger (de novembre 1943 à la Libération) et pour avoir été ministre du général De Gaulle (comme « Ministre des Prisonniers, Déportés et Réfugiés ») ) dans les gouvernements provisoires de la Libération (entre novembre 1943 et novembre 1945).
Ce que l’on sait moins, c’est qu’avec l’italien Altiero Spinelli, Henri Frenay a été l’une des principales figures du fédéralisme de la Résistance (française) avant de militer activement pour l’Europe fédérale : dans le cadre du « Mouvement socialiste pour les Etats-Unis d’Europe » puis à la tête de l’UEF pendant près de dix ans (en 1945-1955) et, notamment (en 1952-1954), à l’occasion de la ’’bataille de la CED’’ (et pour la création, en parallèle et en complèment à cette même CED, d’une Communauté politique européenne démocratique et supranationale).
Un engagement fédéraliste européen qu’il allait exprimer à nouveau en soutenant, en 1984, le Projet de Traité instituant l’Union européenne adopté par le Parlement européen à l’instigation et sous l’impulsion d’Altiero Spinelli.
Issu d’une famille de militaire conservatrice, ayant fait ses études à Saint-Cyr puis à l’école de guere (d’où il sortira capitaine, promotion 1934), il sera fait prisonnier en juin 1940. Evadé, il rejoint alors la Résistance - où il publie des bulletins d’informations clandestins - et participe à la naissance et à la fondation du journal de la résistance « Combat » (qui tirera, dans la clandestinité, à plus de 100 000 exemplaires).
Une résistance non nationaliste et antinazie
Néanmoins sa Résistance ne sera jamais nationaliste ni anti-allemande : elle est déjà profondément européenne. En effet, démocrate et humaniste, il a très tôt (dès 1938-1939) perçu le caractère monstrueux, violent, oppresseur et totalitaire du national-socialisme.
Et tant il est clair que ce n’est pas l’Allemand (« avec lequel, après la libération, il faudra travailler à la construction d’une Europe libre et démocratique ») qu’il combat mais le nazisme (’’dernière incarnation de la folie de la grandeur germanique’’), tant il est clair qu’il souhaite que la victoire sur l’Allemagne nazie ne s’accompagne pas des erreurs revanchardes de 1918 (’’ce qui serait le germes de nouveaux drames et pourrait contraindre le peuple allemand à se révolter’’) et tant il est clair qu’il préconise alors que l’on donne également à l’Allemagne vaincue les moyens, après guerre, de vivre sans déchoir dans l’Europe de l’après-guerre et de se reconstruire dans l’unité et dans la démocratie.
En effet, dès 1942, dans le Manifeste fondateur du journal « Combat » (thèses qu’il développera à nouveau en mars 1944, à Alger, lors du premier Congrès non clandestin de « Combat »), il affirme la nécessité de la création d’Etats-Unis d’Europe : une Fédération européenne, une Europe unie sur le plan juridique, libre et démocratique, ouverte à tous les peupels européens, devant permettre d’assurer la paix, le propérité et devant permettre le progrès économique et l’avènement de la démocratie véritable.
Une Europe fédérale dans un monde uni
Une telle fédération européenne devant reposer sur l’abandon – par toutes les nations européennes, au profit de cette fédération – d’une part de leur souveraineté nationale (notamment dans le domaine militaire et dans le domaine de l’industrie lourde), sur l’abolition des frontières politiques et suirla disparition des conditions économiques qui provoquent les guerres. « Considérant qu’il est impossible de reconstruire une Europe unie, prospère, démocratique et pacifique sous la forme d’un assemblage d’Etats souverains, séparés par leurs frontières politiques et douanières ».
Une telle fédération devant alors, dans son esprit, pouvoir rendre possible la marche de tous les peuples de la terre vers une organisation fédérale du monde : les Etats-Unis d’Europe, une étape dans la voie de l’unité économique et politique d’un monde où le recours à la force devrait être rendu impossible. « Considérant qu’une Société des Nations, conçue comme une Ligue d’Etats souverains ne pourrait être qu’un leurre ».
En tout cas, il faut rappeler que – comme le montrent remarquablement bien les travaux de l’historien allemand Walter Lipgens (membre de l’ « Europa Union », section allemande de l’UEF) Henri Frenay ne fut pas le seul résistant européen à se prononcer pour la création d’une fédération européenne pour l’après guerre.
Puisque ce fut en fait le cas de la quasi totalité des Mouvements de la résistance non communiste, non seulement en France mais également dans toute l’Europe. Comme le rappelle les expériences allemande des jeunes Résistants du grouope de la Rose blanche et italienne du « Manifeste de Ventotène », autour d’Altiero Spinelli et d’Ernesto Rossi.
L’idée fédéraliste dans la Résistance française
D’après Lipgens, l’élaboration et la diffusion systématique des idées fédéralistes en France durant la seconde guerre mondiale a ainsi commencé simultanément en France, durant l’année 1942, au sein de trois groupes isolés : le groupe « Combat » constitué autour d’Henri Frenay (à Lyon), le groupe « Libérer et Fédérer » (en région toulousaine) dirigé par l’exilé italien (antifasciste) et ancien dparlementaire chrétien-démocrate Silvio Trentin (groupe où on retrouve des gens comme Jean Rous, Alexandre Marc et Vincent Auriol) et un troisième groupe, plus informel, constitué autour de Léon Blum, qui écrivit en 1941-1942 (depuis la prison de Riom où il est alors incarcéré) un mémoire sur la question intitulé « A l’échelle humaine » (conceptions fédéralistes par la suite reprises dans le programme socialiste de juillet 1943).
Trois groupes consituées de personnalités venues d’horizons divers (du chrétien-social Frenay au post-trotskiste Rous) qui ont pour idées convergentes que les résistances européennes -’’liens pour les unions de demain’’ - des pays libérés du fascisme et du nazisme devraient coordonner leurs actions d’après guerre et des lendemains immédiats de la Libération pour préparer les bases d’une fédération européenne (ou fédération des peuples européens) fondée sur la paix et la prospérité, premiers pas vers des fédérations régionales et continentales amenées à librement se lier dans le cadre de futurs Etats-Unis du monde dont les Etats-Unis d’Europe ne seraient qu’une étape.
Par la suite, d’autres groupes (ou périodiques) de la Résistance (comme « Franc-Tireur », « la Marseillaise », « Libération-nord », « Libération-sud », « Les Cahiers de Témoignage Chrétien », « Résistance », « Défense de la France », etc) allaient avoir l’occasion d’adopter et / ou de diffuser de semblables thèses fédéralistes. Ainsi, en juin 1944 allait être créé (à Lyon, à l’initiative de « Franc Tireur ») le « Comité français pour la fédération européenne » (CFFE) dont la déclaration fondatrice s’inspirait très largement du « Manifeste de Ventotène » de Rossi et Spinelli (document politique fondateur du fédéralisme européen, écrit en relégation par ces deux là – en 1941 - dans la prison fasciste située sur l’île italienne du même nom).
Lequel CFFE (où l’on retrouve alors des gens comme Albert Camus, André Malraux, Gilbert Zaksas, Jacques Baumel et Maurice Guérin) en relations suivies avec le MFE italien d’Altiero Spinelli depuis la « Déclaration des résistance européennes de Genève » de juillet 1944, organisera, en mars 1945, les rencontres fédéralistes de Paris, prémices à - quelques mois plus tard - la création du « Comité international pour la fédération européenne », future UEF…
Ainsi, revenir au Fédéralisme de la résistance et se repencher sur la personnalité d’Henri Frenay, c’est l’occasion d’effectuer là un retour aux sources du fédéralisme européen et mondial.






