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Histoire et musique

Hymnes d’Europe

Deux CD et deux livres, pour en savoir plus

, par Ronan Blaise

Les Hymnes nationaux : on peut les considérer comme l’expression populaire et musicale de nos ’’surmois’’ collectifs contemporains. Mais comment naissent-ils ? D’où viennent-ils ? Quels sont-ils ? Que signifient-ils ? Ici, nous vous proposons donc deux CD pour les écouter. Et deux ouvrages pour vous permettre de découvrir le sens symbolique et historique de ces ’’chants de la Patrie’’.

Auteurs

  • Ancien Rédacteur en chef du Taurillon, ancien membre du bureau national et des « Jeunes Européens Rouen », Membre du Comité dé rédaction de Fédéchoses

À la fin du XVIIIe et durant le XIXe siècle, temps des émergences nationalistes et romantiques, lorsque les nations Européennes se sont constituées, elles l’ont fait en respectant un ’’mode opératoire’’ symbolique similaire : adoptant chacune identiquement, drapeaux, devises, histoires officielles, figures héroïques, monuments emblématiques et hymnes censés figurer et représenter leur ’’identité’’ et leur ’’être’’ profond.

Parmi ces nouveaux ’’symboles’’ de la Nation : les hymnes, textes musicaux censés raconter l’histoire des nations, exprimer leurs valeurs et leurs aspirations, ou refléter l’âme des peuples.

Ces hymnes nationaux des pays européens, vous pouvez déjà en découvrir vingt-sept d’entre eux (dont ceux de l’Islande, de la Norvège, du Liechtenstein, de Saint-Marin ou de la Turquie) sur le CD édité (sous le haut patronnage du Conseil de l’Europe) par l’association ’’Europe et Liberté’’ (www.eurolibe.com).

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Trésors culturels cachés...

Jusqu’ici ces musiques patriotiques destinées à être jouées lors des fêtes nationales ou manifestations collectives, à l’occasion de rencontres entre chefs d’Etats (ou en ouverture de compétitions sportives...) étaient, hormis des ’’patriotes’’ déclarés, finalement peu prises en considération dans les milieux se piquant d’être cultivés. Car, en effet, certaines de ces productions littéraires et musicales, parfois effectivement médiocres, ne sont pas nécessairement toujours d’une très grande qualité ni toujours porteuses de messages politiques ou philosophiques d’un très grand intérêt.

Mais on peut raisonnablement s’inscrire en faux contre cet espèce de dénigrement ’’global’’ dont ces chants feraient systématiquement l’objet. En effet, si l’on veut bien se dégager de ces ’’a priori’’ négatifs et si l’on veut bien se pencher sur les faits et circonstances de leur naissance, que l’on s’attache à dissèquer leur véritable substance littéraire et musicale et l’on s’apercevra alors vite que nombre de ces hymnes présentent un visage politique, historique, culturel et musical véritablement digne d’intérêt.

Des hymnes auxquels de grands grands compositeurs ont parfois même prêtés leurs concours : que ce soit Beethoven (pour l’actuel hymne européen), Berlioz (pour certains arrangements de la ’’Marseillaise’’), Haydn (pour le ’’Lied der Deutschen’’), Lully ou Haendel (pour le ’’God save the Queen’’), Charles Gounod (pour l’hymne pontifical) voire, en cette ’’année Mozart’’, le célèbre compositeur autrichien -lui-même- pour l’actuel hymne national autrichien (’’Osterreichische Bundeshymne’’). Sans même parler de Verdi, connu pour son fameux ’’Va, pensiero, sull’ali dorate’’ : chant patriotique tiré de son célèbre opéra ’’Nabucco’’ (1842), texte momentanément pressenti pour devenir hymne national italien.

Des textes parfois mêmes écrits par des auteurs de renom de ces diverses cultures nationales. Par exemple on peut citer les contributions remarquables, à ce travail rédactionnel de leurs hymnes nationaux respectifs, d’écrivains célèbres comme le grec Denys Solomos, le norvégien Bjornstjerne Bjornsson, le slovaque Janko Matuska (disciple de l’érudit Ljudovit Stur), le roumain Andrei Muresianu ou encore le finlandais Johan Runeberg.

Sans même parler de Friedrich von Schiller, fameux auteur (en 1785) du texte de l’ ’’Ode à la joie’’ : un texte n’ayant néanmoins aucun caractère officiel au regard des actuelles Institutions communautaires européennes (puisque seule la mélodie de Beethoven ayant été officiellement reconnue, lors du Conseil européen de Milan, en juin 1985).

« Les Hymnes européens. Histoire, musique et paroles » (par P. Germain-David et M.-C. Tanguy)

Comment, pourquoi et dans quels contextes historique, culturel et politique, un hymne national voit-il le jour ? C’est précisément ce qu’on découvre dans cet ouvrage à la fois historique et musical (paru en 2005 aux éditions « Dexia » et « Cherche-Midi » ; voir ci-dessous, à droite) où les hymnes des 25 actuels Etats membres -ainsi que l’hymne de l’Union européenne- sont racontés et présentés avec leur partition et texte originaux (accompagnés d’un CD où ces hymnes sont spécialement joués pour l’occasion par la musique de la Garde républicaine française).

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Ainsi c’est toute l’histoire des peuples qui s’exprime dans ces chants : avec leur personnalité, leur originalité, leur patrimoine culturel et leurs expériences historiques. Des hymnes où les peuples se projettent dans l’avenir et expriment collectivement leurs aspirations parfois confuses à la liberté, à l’indépendance, à l’existence, à la reconnaissance des autres et au bonheur...

Ces hymnes sont là extrêmement divers. On trouve, bien entendu, des descriptions bucoliques des paysages de la patrie bien-aîmée. A ce titre on pensera, par exemple, au ’’Kde domov muj’’ tchèque (’’Où est mon foyer, où est ma patrie ?’’), au ’’Du gamla, du fria, du fjällhöga Nord’’ suédois (’’Ô, toi : beau, libre et vénérable Nord’’), à l’helvétique ’’Schweizerpsalm’’ (’’Cantique suisse’’) ou au ’’Bundeshymne’’ autrichien (’’Pays de montagnes, de cours d’eau montagnards, de champs, d’usines, de cathédrales’’...).

Des hymnes qui évoquent avec la même émotion palpable les magnifiques paysages forcément grandioses, les grandes et belles montagnes, les larges et calmes fleuves, les petits ruisseaux ombragés, les eaux limides, les vertes vallées, les douces collines, les ’’ravissants vallons’’ (cf. hymne luxembourgeois) et les clairières harmonieusement fleuries de cette reproduction allégorique, ce ’’paradis terrestre’’ enfin retrouvé (cf. hymne tchèque) que semble donc vraiment être la patrie idéalisée : ’’pays le plus délicieux de la terre’’ (cf. hymne suédois) voire ’’ce doux pays, pays toujours si beau’’ (cf. hymne danois).

Pareillement on y trouve des récits ’’édifiants’’ et ’’héroïsés’’ de l’histoire nationale (comme c’est le cas, par exemple, dans les hymnes norvégiens et danois, hongrois et roumains, polonais et écossais, bulgares et grecs...) où il ne saurait être question d’autres choses que de ’’Noble peuple, nation vaillante, immortelle’’ (Cf. hymne portugais). Et ce, à force de références récurantes aux grands rois, aux grands faits et grands ’’combats’’ de la geste nationale. De même, on y trouve des professions de foi patriotiques, religieuses ou philosophiques. Et, à ce titre, on pensera ici tout particulièrement à la très européenne ’’Ode à la joie’’ : un hymne dont le texte (un poème de Schiller, 1785) est tout imprégné de la pensée philosophique idéaliste du temps des Lumières.

Ainsi, ces hymnes chantent l’affirmation nationale et la fidélité due à la patrie. À ce titre, on pensera tout particulièrement à l’actuel hymne italien ’’Inno di Mameli’’ ou au ’’Lied der Deutschen’’ (anciennement ’’Deutschland über alles’’) des allemands. Des hymnes patriotiques, souvent nationalistes, parfois agressifs, violents et belliqueux. A ce titre on pensera tout particulièrement -par exemple- à la ’’Marseillaise’’, à la martiale et très gaélique ’’Amrahn Na bhFiann’’ (the ’’Soldier’s song’’) de la République irlandaise d’Eire, à l’hymne portugais ’’A Portuguesa / Herois do mar’’ ou à la très polonaise ’’Marche de Dabrowski’’ (’’Non, la Pologne n’est pas morte encore’’...).

Des hymnes parfois républicains ou de loyalisme dynastique (ici on pensera, par exemple, au ’’God save the Queen’’ britannique, au ’’Wilhelmus’’ néerlandais ou à la ’’Marcha Real’’ espagnole). Des hymnes éventuellement révolutionnaires, toujours truffés de références historiques ou - parfois même - religieuses où l’on chante sa loyauté envers la Patrie et ’’Le Roi, la Loi, la Liberté’’ (Cf. ’’Brabançonne’’, hymne belge). À ce titre, ici on pensera aussi tout particulièrement aux références religieuses ’’appuyées’’ mises en avant dans les hymnes islandais (’’Ô Dieu d’Islande’’), hongrois (’’Bénis le Hongrois, Ô Seigneur’’) ou grec (’’Ô rois, voici le saint emblême de ce Dieu que vous adorez...’’), par exemple...

« L’Europe des Hymnes, dans leur contexte historique et musical’’ » (par Xavier Maugendre)

Dans le même esprit, on mentionnera donc aussi l’ouvrage (paru aux éditions « Mardaga », en 1996 ; voir ci-dessous, à gauche) du musicologue Xavier Maugendre. Un ouvrage où ce musicologue nous livre une vaste étude très complète et très érudite concernant les hymnes nationaux des différents pays composant non seulement l’Europe ’’communautaire’’ actuelle mais aussi toute l’Europe géographique (i.e. : Groënland, Islande, Turquie, État d’Israël et républiques ex-soviétiques d’Asie centrale comprises...), resituant et restituant ainsi chacun d’entre eux dans leur contexte historique et musical.

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Un ouvrage très complet où on trouvera aussi une foultitude de renseignements divers et variés extrêmement précis sur les hymnes breton, gallois, andorran, monégasque, pontifical, ’’san-marinien’’, groenlandais, féringien, du Liechtenstein et des Sorabes de Lusace, etc (sans parler des hymnes européen et... olympique !).

Dans cet ouvrage Xavier Maugendre met en lumière les caractéristiques propres à chaque hymne, l’histoire de leur création, livrant paroles et musiques, les analysant sous toutes les coutures dans un livre qui fourmille de détails musicaux, musicologiques, d’anecdotes révélatrices ou d’évènements historiques vus sous un éclairage particulier.

Ainsi, Xavier Maugendre passe donc en revue chaque hymne des pays d’Europe. Reste donc au lecteur à se plonger dans son travail pour découvrir ces chants qui participent à l’image de ces Etats, pays, peuples et nations. Des chants chargés de symboles dans lesquels chacun d’entre ces peuples projette et présente à autrui sa vision idéale de lui-même.

Puisse l’écoute de ces oeuvres musicales et la lecture de ces ouvrages favoriser une écoute de ces hymnes peut-être un petit peu plus attentive que de coutume, ainsi qu’une découverte plus harmonieuse de l’autre...

Au passage, on y découvrira donc enfin (peut-être...) toute la valeur du message politique et philosophique porté par l’hymne européen, l’ « Ode à la joie », en sa version ’’Schiller’’ : l’expression d’un idéal et d’un principe d’espérance selon lequel -loin de tout conditionnement intellectuel identitaire ou de toute autre sentimentalité nombriliste- tous les hommes seraient frères, pourvu qu’ils soient enfin touchés par les ’’aîles de la joie’’ et - surtout - par l’esprit d’Europe.

Voir en ligne : Pour acheter le CD de l’association ’’Europe et Liberté’’

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P.-S.

À lire et à écouter :

- ’’Les Hymnes européens’’ (document édité par l’association ’’Europe et Liberté’’ www.eurolibe.com ), un CD de l’hymne européen et de 26 autres hymnes nationaux de pays européens, dont :

Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Liechtenstein, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal, Pologne, Royaume Uni, Saint-Marin, Suède, Suisse et Turquie. (Prix : 23 euros + 2 euros de frais de port).

- ’’Les Hymnes européens. Histoire, musique et paroles’’ : Livre et CD (de la musicologue Pierrette Germain-David et de l’historienne Marie-Claude Tanguy), ouvrage édité aux éditions « Dexia » et « Cherche-Midi » (146 pages ; 21 euros). Commander sur Amazon.fr

- ’’L’Europe des Hymnes, dans leur contexte historique et musical’’ : un livre du musicologue Xavier Maugendre), ouvrage édité aux éditions « Mardaga » (455 pages ; 37,5 euros).

Article initialement paru en avril 2006

Vos commentaires

  • Le 11 avril 2006 à 08:02, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Hymnes d’Europe

    Dans combien de pays y-a-t-il des lois nationalistes et liberticides empêchant siffler l’hymne national comme en France ?

  • Le 13 avril 2006 à 23:41, par Ronan Blaise En réponse à : Hymnes d’Europe

    Sans entrer dans le détail, il me semble que des pays aussi divers et variés que les Etats-Unis d’Amérique, le Japon, la République d’Allemagne fédérale ou le Royaume-Uni de Grande Bretagne (par exemple...) ont adopté de semblables législations (souvent inapplicables, concrètement...) de ’’protection de leurs symboles nationaux’’.

    Juste souligner que la plupart du temps ces législations n’en restent pas moins surtout symboliques (puisqu’en fait concrètement inapplicables...) mais qu’il me semble tout aussi stupide de siffler un hymne, que ce soit le sien ou -a fortiori- que ce soit celui des autres : voilà un geste ’’gratuit’’ qui n’apporte absolument rien de positif et qui ne fait jamais qu’accentuer les tensions.

    Que l’on critique un texte (ou une mélodie) parce qu’ils sont agressifs, simplets, idiots, imbéciles, nombrilistes, indigestes, médiocres (etc), soit : cela peut très bien se comprendre (et même s’avérer juste...). Mais qu’on les siffle, non : un tel geste n’apporterait rien à la réflexion et braquerait durablement tous les protagonistes de l’action. Alors, à quoi bon ?!

    (Ronan)

  • Le 21 juin 2006 à 01:49, par Ali Baba En réponse à : Hymnes d’Europe

    Tout à fait d’accord : siffler un hymne, c’est un peu comme insulter un peuple (et même si on ne se considère pas soi-même représenté par un hymne, il y a des personnes qui le sont, et elles sont insultées). La critique constructive est toujours bienvenue, mais l’injure non. La liberté d’expression a ses limites, et ces limites c’est le respect d’autrui.

  • Le 21 juin 2006 à 07:51, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Hymnes d’Europe

    Absolume nt pas d’accord : un hymne est comme un drapeau l’un des oripeaux du nationalisme. Le siffler est l’un des outils de la liberté d’expression. On peut certainement le regretter ou le condamner - il s’agit en effet d’une sorte d’insulte - mais certainement pas l’interdire.

    Pour ma part je me contente de ne pas me lever, y compris pour l’hymne européen qui ne mérite pas plus d’honneur que les autres.

    Quant au respect d’autrui : il faut encore qu’autrui mérite le respect. Certains pays ont des gouvernments qui ne le méritent pas.

  • Le 21 juin 2006 à 14:03, par Ronan Blaise En réponse à : Hymnes d’Europe

    En même temps, cela ne vaut sans doute pas le coup de se mettre dans des états pareils ; - ))

    Effectivement, il est des gouvernements indignes, des hommes politiques corrompus et des peuples égarés sur de bien mauvaises voies. Effectivement, il est aussi des hymnes belliqueux, revanchards et guerriers aux paroles imbéciles (parce qu’anachroniques ?). Effectivement, il est aussi des interprétations nationalistes de celles-ci. Et, effectivement, les hymnes nationaux sont souvent le meilleur moyen d’exacerber les sentiments identitaires et les passions collectives, éventuellement nationales, souvent nationalistes.

    Mais il est aussi des hymnes mélodieux et bucoliques qui se contentent de chanter des valeurs pacifiques et amicales, tout comme ces fameux paysages du pays natal auquel n’importe qui a le droit de se sentir affectivement attaché. Pourvu qu’il ne fasse pas de cet attachement (devenu exclusif et devenu le motif d’une fierté bien mal placée...) un instrument de discrimination, de ségrégation ou de domination politique sur autrui. Et pourvu que ce chant collectif ne devienne pas un ’’point de ralliement’’ pour tous les extrémismes.

    Tout ne mérite donc pas d’être sifflé, ni tous d’être mis dans le même sac.

    A ce titre, la ’’révision’’ du texte de l’actuel hymne allemand, aux lendemains de la seconde guerre modiale (avec l’interdiction formelle des couplets sujets à interprétations nationalistes...) nous montre bien que, même pour les hymnes nationaux, la rédemption est possible. ; - ))

    Vu qu’il s’agisse là, à ma connaissance, du seul hymne européen (avec l’Ode à la Joie...), à parler encore des idées des Lumières et de la recherche du bonheur...

  • Le 9 août 2006 à 21:16, par Mathias En réponse à : Hymnes d’Europe

    juste par curiosite, quel est l’hymne le plus ancien ?

    Est ce La Marseillaise (revolution) ? merci

  • Le 10 août 2006 à 00:01, par Ronan Blaise En réponse à : Hymnes d’Europe

    Alors non : pour répondre rapidement, l’hymne le plus ancien (de tous ceux qui sont actuellement chantés en Europe) ce n’est sans doute pas la « Marseillaise » (Hymne écrit en avril 1792, mais pas officiellement déclaré Hymne National français avant le 14 février 1879, par vote de la Chambre des Députés...).

    Nb : Il ne faut pas oublier que - bien qu’écrit pendant la période dite de « Révolution française » - la Marseillaise est davantage un hymne patriotique (français) qu’un hymne révolutionnaire (politique) étant donné que son auteur - Claude Rouget de Lisle - n’était pas un Révolutionnaire républicain mais un ’’Feuillant’’ ou un ’’Girondin’’ (i. e : un Monarchiste modéré favorable à la mise en place d’un système de gouvernement décentralisé et favorable à la mise en place d’une Monarchie parlementaire sur le modèle britannique...). (Cf. « L’Europe des Hymnes », opus cit. pp. 11 à 23).

    Alors, l’hymne européen le plus ancien (de tous ceux qui sont actuellement chantés en Europe...) : c’est sans doute le « Wilhelmus » néerlandais - Hymne de l’actuel Royaume des Pays-Bas - dont l’origine de la mélodie et des paroles (souvent retouchées depuis lors : notamment par Mozart, en 1766) se perdent dans les brûmes du XVIe siècle et dont on trouve la première trace vraiment très précise en 1626, dans un recueil de chansons néerlandais intitulé « Valerius Gendenck-clanck ».

    Il s’agit là d’un hymne patriotique néerlandais et de loyalisme dynastique (vis à vis de la Maison royale de Nassau, famille royale des Pays-Bas) : un Hymne qui exalte la personnalité (comme son nom l’indique...) du Héros national Guillaume de Nassau, archétype du Néerlandais indépendant de tempérament et rebelle à toute autorité autre que la sienne (surtout s’il s’agit là de l’autorité de l’Empereur austro-allemand Habsbourg qui règne alors à Madrid...). Bref, comme on le dit dans la chanson, on célèbre là ’’Wilhelmus van Nassouwe’’ : ce Néerlandais ’’archétypal’’ qui n’est ni allemand, ni espagnol... (Cf. « L’Europe des Hymnes », opus cit. pp. 59 à 63).

    Par ailleurs, il y a au moins deux autres hymnes européens qui sont de rédaction antérieure à notre Marseillaise : il s’agit du très britannique Hymne patriotique et de loyalisme dynastique intitulé « God save the King » (qui est une création du XVIIIe siècle, en 1745) (Cf. opus cit. pp. 70 à 84) et de la (sans parole) « Marcha Réal » espagnole (qui daterait des années 1761-1768) (Cf. opus cit. pp. 139 et 140).

    Pour le reste, les autres grands hymnes nationaux européens me semblent effectivement être de rédactions postérieures à la « Marseillaise » française, puisque liés à l’éveil des nationalités, au XIXe siècle européen.

    Quelques exemples (sans compter les réécritures ou adoptions postérieures...) : le « Lied Der Deutschen » allemand date de 1841, l’« Inno di Mammelli » italien date des événements de 1848, la « Brabançonne » belge date de la révolution ’’belge’’ de 1830 et la « Marche de Dabrowski » polonaise date de 1797, etc.

    Quant à l’Hymne le plus vieux du monde, il semblerait que se soit l’actuel « Kimigayo » japonais (i. e : ’’le Règne de l’Empereur’’) : Hymne impérial, chant patriotique et de loyalisme dynastique adopté officiellement en 1888 mais dont l’origine du texte se perd dans l’Histoire japonaise, puisque ce texte est déjà mentionné dans le « Kokinwakashû » (une anthologie de poésie du Xe siècle de notre ère). (Sources : Site internet de la revue hebdomadaire Courrier International).

  • Le 11 août 2006 à 19:21, par Fabien En réponse à : Hymnes d’Europe

    Voici un peu plus d’infos trouvées sur Wikpedia pour le God Save the Queen :

    Quant à ses origines : est-il besoin de vous rappeler que l’ancêtre du « God save the King » (ou Queen - selon la personne régnante) est la chanson "Grand Dieu sauve le Roi", écrite par la duchesse de Brinon et mise en musique par Jean Baptiste Lully, pour célébrer la guérison de Louis XIV atteint dans son « fondement » par un problème de fistules, en 1686... Traduite en latin "Domine, salvum fac regem" elle devient l’hymne royal français jusqu’en 1792. Lorsque Jacques II d’Angleterre (Jacques VII d’Ecosse), roi de confession catholique, vint vivre à Saint-Germain-en-Laye, après sa déposition par son gendre protestant Guillaume d’Orange, il prit connaissance de ce motet. Plus tard, ses partisans débarqueront en Angleterre en chantant cet hymne en son honneur. C’est après la bataille de Culloden, qui voit la fin des espoirs des Stuart de remonter sur le trône anglais, que les Hanovre, victorieux, adopteront cet air comme hymne royal britannique...

    Comme quoi, les Anglois doivent aussi leurs racines au continent... n’en déplaisent à leurs natioanlistes.

  • Le 11 août 2006 à 21:39, par Ronan Blaise En réponse à : Hymnes d’Europe

    Ce qui est incontestable, c’est que les auteurs et compositeurs musicaux travaillent souvent par ’’influences réciproques’’ et par ’’fertilisation croisée’’ (à partir de là, tout est effectivement possible...) (CQFD ?).

    Ce qui est aussi incontestable, c’est que les nationalistes inventent souvent à leurs hymnes nationaux des origines idéologiquement plus conformes à leurs discours que ne l’est vraiment la vérité vraie historique (CQFD ?).

    Néanmoins, il faut souligner que cette thèse de l’origine ’’française’’ (et pro-Stuart) du « God save » est très contestée chez les spécialistes (à commencer par Maugendre) qui y voient plutôt un chant anti-Stuart datant des événements de 1745 (mais sans doute pas antérieur...). Mais maintenant, tout est possible...

    Quant à l’éventuelle origine française du « God save », l’état actuel de la recherche sur cette question controversée indique que Wikipédia est beaucoup trop affirmative sur ce sujet et qu’il est prématuré et beaucoup trop tôt pour crier victoire, dans un sens comme dans l’autre...

    Pour être plus clair : si la mélodie est effectivement peut-être d’origine française (et dater du XVIIe) (encore que, n’en déplaise à Lully, ce n’est pas si sûr que ça...), le texte serait - lui - bien autre chose qu’une simple et stricte traduction de l’éventuelle première version française (ou latine) et ne serait, elle, pas antérieure à 1745.

    En tout cas (pour ne pas inutilement embrouiller le lecteur...), ce qui est tout à fait clair : c’est que le « God save » est antérieur d’environ -au minimum- une cinquantaine d’année (1745) à notre « Marseillaise » (1792). De la même manière que les hymnes religieux du Moyen Age ou/et de loyalismes dynastiques des Temps modernes sont généralement antérieurs aux hymnes révolutionnaires et nationalistes du XIXe et de l’époque contemporaine. Ce qui - historiquement - paraît plutôt logique, non ?! (CQFD).

  • Le 6 mars 2007 à 14:09, par ? En réponse à : Hymnes d’Europe

    L’hymne officiel le plus ancien au monde est le « Maria Stella », qui représente le pays d’Acadie. Les Acadiens étaient des Français expatriés en Louisiane, et qui en furent chassés le long des côtes atlantiques par les Anglais qui les suivaient au large, comme le raconte si bien Antonine Maillet dans « Maria Chapdeleine » (en Poche). Ils arrivèrent et se fixèrent dans la région du Labrador, soit à l’embouchure du Saint-Laurent, en actuel Canada, non loin de Saint-Pierre et Miquelon. Le « Maria Stella » est, avec l’hymne du Vatican, le seul qui se chante en latin. Quand à savoir quel est l’hymne européen le plus ancien, il faudrait d’abord définir « hymne », car beaucoup de seigneurs, particulièrement en Espagne, avaient des chants composés par leurs bardes et que l’on entonnait à leur gloire.

  • Le 7 mars 2007 à 18:25, par Ronan En réponse à : Hymnes d’Europe

    Cher lecteur anonyme...

    L’article ci-dessus n’avait pas d’autres ambitions que de parler des Hymnes nationaux des Nations souveraines et Etats internationalement reconnus du monde contemporain (et prioritairement d’Europe), ce que l’Acadie n’est ni dans un cas, ni dans l’autre (ni dans la troisième option).

    Par ailleurs, la définition précise de ce qu’est un hymne (national) dans un tel contexte et au sens étatique, national et politique du terme (ce qui laisse donc finalement peu de place pour les textes ponctuellement rédigés à l’intention de seuls seigneurs particuliers, qu’ils soient espagnols ou autres...), se trouve dans le corps du texte rédigé ci-dessus.

    Toujours est-il que - dans le cas très précis des seuls « Hymnes nationaux des Nations souveraines et Etats internationalement reconnus du monde contemporain » (ce que l’Acadie contemporaine officiellement n’est pas...), le plus ancien de tous reste très certainement celui du Japon impérial : texte de loyalisme monarchique écrit au Xe siècle de notre ère, soit tout de même environ au moins un demi-millénaire avant la première implantation européenne véritablement pérenne au Nouveau Monde en général (et en Acadie, en tout particulier...).

    Cela dit, l’expression ’’hymne nationaux’’ est effectivement une expression sans doute complètement anachronique si on la transpose dans le passé au-delà même des temps modernes (et de l’émergence historique du concept même de ’’nation’’, au sens de ’’communauté politique’’...). Et le fait que des Nations d’aujourd’hui se donnent des Hymnes écrits dans un très lointain passé ne veut effectivement sans doute pas dire que le dit texte ait effectivement été conçu, dès l’origine, comme devant effectivement être un Hymne national au sens actuel du terme.

    Toujours est-il alors que, pour ce qui est donc le monde occidental (élargi, pourquoi pas, à ses dépendances coloniales...) où se cristallise (à la charnière des temps modernes et de l’époque contemporaine) le phénomène de construction nationale, le texte de références qui soit le premier à illustrer une telle cristallisation collective et/ou communautaire, identitaire et politique d’une communauté politique alors et aujourd’hui encore souveraine, c’est - sans contestation possible - le « Wilhelmus » néerlandais (trauma et événements, construction politique et texte du début du XVIIe siècle).

  • Le 6 mars 2008 à 19:50, par DANLAG En réponse à : Hymnes d’Europe

    MERCI POUR CES RENSEIGNEMENTS LE HAZARD M’ A APPRIS QUELQUES CHOSES

  • Le 17 mars 2008 à 10:24, par Corinne Decrauzat En réponse à : Hymnes d’Europe

    Bonjour, Dans le cadre d’une recherche avec ma classe, je cherche à savoir quel est l’hymne européen le plus long.Comme réponses possibles, on me donne l’Espagne, l’Italie, la Grèce et la Pologne. Sur internet, j’ai trouvé que c’était l’hymne du Vatican. Mais je ne pense pas que l’on puisse identifier le Vatican à l’Italie !! merci d’avance ! Corinne Decrauzat, institutrice

  • Le 17 mars 2008 à 21:25, par Ronan En réponse à : Hymnes d’Europe

    Il est extrêmement difficile de répondre à votre question dans la mesure où on ne sait pas très bien ce que vous entendez par ’’long’’.

    Si vous voulez parler là de la durée du seul "instrumental", on peut alors dire que - dans le CD "les Hymnes européens" de l’association "Europe et Liberté" dont il est question ci-dessus - l’hymne espagnol dure effectivement 2’27", celui de San Marino environ 2’05", ceux de la France et de la Hongrie tous deux 1’35", celui de la Suisse 1’34", celui de l’Italie 1’20", celui de la Grèce (et/ou de Chypre) 54" seulement et celui de la Pologne (en tout cas dans la version proposée) 38" seulement, etc...

    Mais avouez là qu’il s’agit d’une réponse singulièrement arbitraire dans la mesure où elle est très fortement dépendante du "tempo" choisi pour l’interprétation...

    Maintenant, si vous voulez là parler du texte, la réponse est également d’autant plus compliquée qu’elle doit alors prendre en compte les nombreuses versions souvent très différentes (officielles ou non officielles, officieuses ou non...) d’un même texte. A ce titre, l’hymne espagnol actuel est hors concours dans la mesure où... il n’a - en tout cas à ce jour - toujours pas de paroles officielles.

    Pour le reste, après examen rapide de la question, j’ai le sentiment que le plus long de tous, c’est l’actuel hymne roumain "un Echo" (composé en 1848, officiel depuis la révolution de décembre 1989) : avec ses onze couplets différents de quatre vers chacun (soit 44 vers en tout), excusez du peu.

    A moins que ce soit celui de la Hongrie "Bénis le Hongrie, ô Seigneur" (composé en 1823 pour le texte, 1844 pour les paroles, "nationalement" adopté dans la ferveur de la révolution hongroise de 1848...) : soit huit couplets différents de huit vers chacun (soit 48 vers en tout).

    Voire son "frère" et "deuxième hymne national hongrois" « Szozat » (i. e : « Exhortation » ou « Marseillaise hongroise »), texte de Mihaly Vörösmarty : 14 couplets différents de quatre vers chacun (soit un total de 56 vers...).

    Compositions à côté desquelles les actuels hymnes polonais (« Marche de Dabrowski » de Jozef Wybicki), italien (« Inno di Mammeli » de Goffredo Mameli), grec (« Hymne à la Liberté » de Denys Solomos) ou "vaticano" (« Hymne pontifical » et « Marche pontificale » de Charles Gounod) font vraiment pâle figure : avec respectivement 40, 16, 15 et 21 vers seulement... pour ceux que j’ai effectivement pu comptabiliser (dont la répétation à cinq reprise du même refrain - soit la moitiée des seuls 40 vers ici comptabilisés - pour l’hymne polonais...).

    Mais dans la recherche d’une réponse plus complète et plus fiable encore, je continue de chercher... PS : Et juste rappeler que la « Marseillaise » de Rouget de Lisle, chère aux français, compte sept strophes de quatre vers chacun, soit 28 vers (sans même parler des refrains...).

  • Le 19 juin 2008 à 23:25, par ? En réponse à : Hymnes d’Europe

    je suis desolé mais il se trouve que l’ hymne espagnol a eu, contrairement a ce que l’ on pense et a ce que j’ ai lu plus haut, des paroles. Celles-ci ont été remplacées par des paroles franquistes lors de la dictature puis ces dernieres ont été supprimées au retour de la democratie Depuis l’ Espagne a plusieurs fois essayé de doter son hymne de paroles sans y parvenir jusqu’ a ce jour je souhaitais apporter cette precision car j’ entends encore tros souvent que l’ hymne espagnol a la particularité de n’ avoir jamais été doté de paroles (pour précision ces informations me viennent de ma grand-mere espagnole qui connait les deux versions des paroles de l’ hymne et qui m’ en a expliqué l’ histoire) n’ etant pas un specialiste j’ accepterais avec joie quelques corrections et rectifications de mes propos qui ne sont que par tros imprecis

  • Le 20 juin 2008 à 14:04, par Ronan En réponse à : Hymnes d’Europe

    Alors NON, c’est inexact, mais l’hymne espagnol n’a effectivement jamais, jamais, jamais eu de paroles officielles (et reconnues comme telles par les pouvoirs publics) en dehors - effectivement - de l’époque franquiste. Certes, des paroles avaient - antérieurement - été rajoutées sous le roi Alphonse XIII (1886-1931), mais elles n’ont alors néanmoins jamais reçu aucun caractère officiel.

    Ce qui n’a cependant effectivement pourtant pas interdit l’existence de versions officieuses, partisanes, loyalistes à l’égard de la Monarchie des Bourbons (voire pornographiques à l’égard de la Monarchie, puisque émanant alors du camp "républicain"...) mais toutes sans aucun caractère officiel.

    Depuis lors, l’ Espagne a effectivement - ne serait- ce qu’en ce début d’année 2007-2008 (Cf. initiatives couronnées d’insuccès de la part du « Comité Olympique espagnol » en prévision des prochains jeux omympiques d’été 2008) - plusieurs fois essayé de doter son hymne de paroles sans y parvenir : les différentes parties en présence n’arrivant pas à accoucher d’un texte politiquement consensuel.

    A l’heure actuelle, l’hymne espagnol reste donc sans parole... Cela dit, diverses versions de l’Hymne espagnol existence - avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins harmonieuses, et pas toujours de très bon goût - sur youtube...

  • Le 29 juin 2008 à 23:24, par ? En réponse à : Hymnes d’Europe

    mais estce que les paroles franquistes ont été officiellement abolies ??

  • Le 30 juin 2008 à 09:26, par Ronan En réponse à : Hymnes d’Europe

    OUI. D’où les récentes initiatives du COE - en 2007-2008 - pour essayer de leur trouver des paroles de substitution, en vain.

  • Le 15 octobre 2008 à 07:57, par Ronan Blaise En réponse à : Hymnes d’Europe

    Réponse (tardive) à VXL :

    Aux Etats-Unis, un arrêt de la Cour suprême datant de 1989 (Arrêt « Texas v. Johnson ») déclare que les législations, fédérales ou fédérées, interdisant de porter atteinte au drapeau sont contraire au premier amendement (qui statue sur la liberté d’opinion et sur la liberté d’expression) et sont donc - par conséquent - inconstitutionnelles.

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