
Sauf imprévu, le parti unioniste démocrate (DUP) et le Sinn Féin devraient se partager le pouvoir à partir du 8 mai prochain, au sein d’un gouvernement régional, suspendu depuis sept ans. Vieux ennemis d’hier, le protestant Ian Paisley et le catholique Gerry Adams se sont parlés pendant un peu moins d’une heure. L’histoire retiendra qu’à l’issue de l’entretien, ils ne se sont pas serrés la main. Qu’importe, Peter Hain, le ministre britannique de l’Irlande du Nord, a qualifié l’événement d’« extraordinaire ». Le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, a parlé d’un accord « sans précédent », qui pourrait « transformer l’avenir de l’île » et Tony Blair, le Premier ministre britannique, d’« jour très important » pour les Nord-Irlandais et les îles britanniques.
De nouveau partenaires, le DUP et le Sinn Féin se partageront les dix postes au sein de ce gouvernement de cohabitation, de manière proportionnelle. Lors des dernières élections législatives régionales du 7 mars, les deux partis sont arrivés en tête avec respectivement 36 et 28 des 108 sièges de l’Assemblée Nord-Irlandaise. Ian Paisley devrait devenir le premier ministre et Martin McGuinness, ancien commandant de l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise), son second. C’est l’Accord du Vendredi Saint d’avril 1998 qui avait créé cette institution régionale, suspendue depuis octobre 2002.
Un conflit interconfessionnel
Les années 70, 80 et 90 marquent les heures les plus noires d’un conflit, dont l’origine remonte à la partition de l’Irlande en 1922 (lire la chronologie). L’automne 1968 voit les premières manifestations de catholiques réclamant de nouveaux droits civiques, fortement réprimées par la police et des groupements protestants. En 1969, les premiers attentats éclatent, d’abord commandités par l’UVF (Force des Volontaires d’Ulster), puis à partir de 1972 par l’IRA. 3500 morts en 30 ans : voilà le sombre bilan de ce conflit interconfessionnel.
Amorcé en 1998, le processus de paix reste fragile. L’Accord du Vendredi Saint est refusé par une petite partie du Sinn Féin, le Republican Sinn Féin, et certains extrémistes de l’IRA, alors que plusieurs groupes para-militaires protestants refusent de désarmer. Enfin, en juillet 2005, l’IRA accepte de désarmer, sans pouvoir le justifier toutefois.
L’UE : un partenaire incontournable
Pour l’Union européenne (UE), qui s’est voulue dès sa création, un espace de paix et de liberté, chacune des parties en guerre a tout à gagner à la résolution du conflit. Si son rôle est malaisé à mesurer dans le processus de paix en Irlande du Nord, il faut reconnaître qu’à sa manière, elle a aidé au développement économique de cet espace et à la coopération entre le Royaume-Uni et l’Irlande. De 1989 à 1993, l’Irlande du Nord a ainsi bénéficié d’une aide financière de la part de l’UE, grâce au cadre communautaire d’appui (CCA).
Puis, les programmes PEACE I et II ont pris le relais entre 1995 et 2006. Au total, 1633 millions d’euros ont été affectés pendant cette période à l’Irlande du Nord et aux régions frontalières d’Irlande. Le financement comprenait le Fonds européen de développement régional (FEDER), le Fonds social européen (FSE), le Fonds européen d’orientation et de garantie agricole (FEOGA) et l’Instrument financier d’orientation de la pêche (IFOP). 25% des dépenses restantes ont été cofinancées par les secteurs publics et privés au Royaume-Uni et en Irlande. La priorité a été donnée aux zones les plus touchées par le conflit, au développement économique, aux infrastructures et à la réhabilitation urbaine.
Enfin, entre 2000 et 2006, le programme URBAN II, qui concernait toutes les zones urbaines les plus pauvres de l’UE, a accordé une aide de 10,6 millions d’euros à plusieurs quartiers de Belfast. Destinée à la revitalisation urbaine et à l’emploi, elle s’est également accompagnée de 5,6 millions d’euros de la part secteur public et de 0,9 millions d’euros de la part du privé.
Certes, la coopération transfrontalière, encouragée par l’UE, a obligé les acteurs économiques, sociaux et culturels de chaque côté de la frontière, à se parler. Mais ce sont surtout les négociations entre protestants et catholiques, l’action de la diplomatie anglaise en faveur de la réconciliation, le soutien de la population d’Irlande pour la paix, qui ont abouti à cet accord du 26 mars dernier.
Il restera comme une étape clé dans l’histoire de l’Irlande du Nord, un élément plus que symbolique en faveur du processus de paix.
- 1921 : la Grande-Bretagne propose de couper l’Irlande en deux : les six comtés du nord-est, majoritairement protestants et unionistes, lui restent attachés et les 26 comtés du sud et de l’ouest deviennent un état indépendant
- 1922 : après 9 mois de guerre civile, l’Irlande est officiellement coupée en deux
- 1968 : plusieurs manifestations de catholiques sont violemment réprimées
- 1969 : en août, les quartiers catholiques se soulèvent et sont attaqués par les protestants. L’IRA fait sa réapparition
- 1972 : l’armée britannique ouvre le feu sur une manifestation catholique le 30 janvier, surnommé « Bloody Sunday ». Le 21 juillet, l’IRA réplique par un « Bloody Friday » : 22 bombes explosent à Belfast
- 1993 : attentat à la bombe à Warrington, revendiqué par l’IRA. Deux enfants sont tués
- 1994 : premier cessez-le-feu de l’IRA
- 1998 : l’accord du Vendredi Saint (Good Friday Agreement) est signé le 10 avril, notamment par le DUP et le Sinn Féin. Le peuple irlandais approuve la signature de l’accord par référendum (74% de oui en Irlande du Nord et 94% en République d’Irlande)
- 2003 : élections à l’Assemblée Nord-Irlandaise. Le DUP et le Sinn Féin, les partis les plus extrémistes, renforcent leurs positions
- 2005 : l’IRA dépose les armes
- 28 janvier 2007 : le Sinn Féin reconnaît la légitimité de la police et de la justice nord-irlandaises
- 30 janvier 2007 : la Grande-Bretagne dissout l’Assemblée Nord-Irlandaise
- 7 mars 2007 : de nouvelles élections ont lieu. Le Sinn Féin et le DUP arrivent en tête à l’Assemblée Nord-Irlandaise





