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Géopolitique

L’Europe et ses limites

« Hérodote », revue trimestrielle de géographie et de géopolitique (n°118, 3e trimestre 2005).

, par Ronan Blaise

Les limites ’’géographiques’’ orientales du continent européen n’ont été longtemps qu’une question de géographie assez académique n’intéressant jamais que des spécialistes.

Auteurs

  • Ancien Rédacteur en chef du Taurillon, ancien membre du bureau national et des « Jeunes Européens Rouen », Membre du Comité dé rédaction de Fédéchoses

Mais, aujourd’hui, cette controverse est devenue vraiment l’occasion d’un authentique débat politique et géopolitique dans l’opinion publique, entre citoyens. Et ce, pas seulement à cause de la polémique suscitée par la candidature de la Turquie à l’Union européenne...

Il était donc bien naturel de voir ces questions faire tôt ou tard l’objet d’un numéro spécial d’ « Hérodote », la fameuse revue trimestrielle de géographie et de géopolitique dirigée par Yves Lacoste (Enseignant émérite à l’Université Paris-VIII et à l’Institut français de géopolitique, fondateur de la dîte revue).

Un numéro spécial (n°118, daté du troisième trimestre 2005) dont nous publions ici une brève synthèse sur ce dossier passionnant.

Un vrai débat entre citoyens

En effet, selon leurs tendances politiques et les représentations qu’ils ont des intérêts de leur propre pays ou des menaces qui l’entourent, nos contemporains invoquent - à propos de tel ou tel État et de son acceptation, ou non, dans l’Union - des arguments qui traduisent en fait plus ou moins clairement des chocs idéologiques et des rivalités de pouvoirs au sein de l’Union européenne, au sein de ses Etats membres et au sein même de nos sociétés.

Un débat passionné, passionnel, sinon passionnant. Car tout découle sans doute d’interrogations profondes quant à la nature du projet européen (civique ou identitaire ?), quant à son projet politique, quant à ses critères d’adhésion et quant à leurs modalités d’application et de contrôle.

Car nombre de nos contemporains semblent aujourd’hui hésiter quant à la pertinence et quant au devenir du projet européen, menacé pour certains de ’’dilution’’ par la ’’menace’’ d’un élargissement sans fin. Un projet européen aujourd’hui à la croisée des chemins : entre la perspective d’une véritable union politique forte (sous des modalités de fonctionnement peu ou prou fédérales) et la perspective d’une seule association internationale (ne recouvrant, en fait, qu’un grand marché libre-échangiste).

Car les Européens ’’de l’Ouest’’ découvrent aujourd’hui bien tard, faute d’un véritable effort pédagogique, que l’intégration d’un pays entraîne - ipso facto - d’autres questions. Et que l’intégration de la Pologne pose désormais celle de l’Ukraine (et qu’à terme elle posera - peut être - celle de la Biélorussie...). De la même manière que celle de la Roumanie posera un jour, sans doute, celle de la Moldavie.

Et, après une éventuelle intégration de la Turquie à l’UE, quels arguments aura-t-on pour refuser l’entrée de l’Arménie, de la Géorgie et - pourquoi pas - celle de l’Azerbaïdjan ? Et voici que les Kazakhs se présentent eux-mêmes comme le peuple le plus oriental de l’Europe ! Bref, en Europe, le ’’confort’’, les certitudes et la cruauté du « rideau de fer » ont désormais cédé la place à des limites poreuses, provisoires et bien incertaines... (page 106).

Un ingrédient de plus dans la crise européenne ?

Ainsi on peut considérer que l’accroissement du nombre des États de l’Union européenne à partir du 1er mai 2004 (et avec le dernier élargissement...) fut le principal argument pour souhaiter que s’établissent, par un Traité constitutionnel, de nouvelles règles de fonctionnement pour l’« Union européenne ».

En effet, il était là implicitement souhaité que ce grand ensemble économique puisse devenir, à terme, une véritable puissance politique. Mais ces perspectives de développement et d’approfondissement de l’UE ont été brusquement stoppées - en mai/juin 2005 - par le rejet, en France et aux Pays-Bas (sous l’effet de problèmes relevant essentiellement de la politique intérieure...), du projet de Constitution européenne.

Cependant, parmi les explications données à l’actuelle crise de l’idée européenne (pages 7 et 8), on rapporte le fait que l’opinion publique soit effectivement mécontente de ne pas avoir été consultée lors de des derniers élargissements de l’UE. La crise de l’idée européenne, provoquée (ou révélée...) par les « non » français et néerlandais, reporte ainsi la question des nouveaux élargissements. Il va donc sans doute falloir attendre plusieurs décennies pour que l’UE englobe l’ensemble des Européens « de l’Atlantique à l’Oural » et ne devienne, aussi, un véritable ensemble politique.

De même, parmi les raisons de la crise de l’idée européenne dans l’opinion publique, on rapporte le fait que l’opinion publique européenne soit, dans l’ensemble, hostile à l’adhésion d’un État musulman qu’elle perçoit comme étant ’’extérieur’’ à l’Europe : la Turquie. Même si, comme le rappelle très justement Stéphane Yerasimos (chercheur stambouliote et citoyen turc effectivement d’origine grecque, décédé l’été dernier...) : ’’la question n’est pas de savoir si la Turquie a été ou non depuis toujours européenne, mais de décider si on souhaite, si on a intérêt, de part et d’autre qu’elle le soit’’ ou le devint (page 79).

Et ce même auteur de pointer du doigt les principales raisons qui apparaissent, à ses yeux, les plus défavorables à l’actuelle candidature turque. Il s’agit là moins d’un ’’islamisme’’ qu’il perçoit comme résiduel et -somme toute- politiquement peu influent dans la vie sociale et politique turque que surtout d’une ’’mentalité’’ nationale marquée - depuis la ’’révolution kémaliste’’ des années 1918-1923 - par un souverainisme affirmé et par un nationalisme ombrageux : deux traîts de ’’caractère’’ effectivement peu compatibles avec quelque idée européenne éminemment supra- et post-nationale (pages 68-69-70-71).

L’hypothèque russe

Mais c’est là un paradoxe étonnant que de discuter autant de l’éventuelle entrée de la Turquie dans l’UE, alors que l’on ne souffle mot de la Russie, pays pourtant indiscutablement de culture européenne. Puisque ce problème des ’’limites de l’Europe’’ va sans doute aussi se poser, tôt ou tard, pour la grande Russie. Car une Russie convalescente, au territoire moins vaste mais mieux organisé, enfin ’’délesté’’ de ses républiques autonomes musulmanes du Caucase voire de l’espace ’’Oural-Volga’’, pourrait fort bien - demain - raisonnablement demander son entrée dans l’UE : une Europe qui irait alors vraiment de l’Atlantique à l’Oural, sinon le Pacifique...

En effet, pour la majorité des Russes, leur pays est ’’en Europe’’ au moins depuis qu’elle a accès à la mer Baltique (début XVIIIe siècle) et à la mer Noire (fin XVIIIe siècle). Une Europe avec laquelle la Russie partage également la majeure partie de son patrimoine historique et culturel (dont le christianisme, depuis plus de mille ans...). Et une Russie dont l’essentiel de sa population est d’ailleurs de type ’’européen’’ (page 158).

Certes, à la différence des nombreux États qui ont été (ou sont encore...) candidats à l’Union européenne, en raison des avantages économiques qu’ils en escomptent, les dirigeants de la Russie n’envisagent pas -pour le moment, tout du moins- une telle candidature. Et ce, pour ne pas sembler renoncer à la grandeur passée d’une superpuissance de dimension continentale (et à des pratiques politiques, aujourd’hui encore, effectivement fort peu soucieuses de démocratie ou de droits de l’homme...).

D’autant plus que, considérée depuis Moscou, l’UE (principal partenaire commercial avec lequel la Russie partage plus de 2250 km de frontières commune et réalise plus de 50% de son commerce extérieur...) apparaît souvent comme (pages 156-157) la ’’concurrente’’ potentielle d’une Russie qui, aujourd’hui, se rêve souvent encore en termes de grande puissance. Et le pouvoir d’attraction de l’UE sur certains pays de l’ancien ’’Empire’’ (Pays baltes ayant déjà adhéré à l’UE, mais aussi Ukraine, Moldavie, Géorgie, etc) n’est décidément pas, en cette époque des ’’révolutions de couleur’’, pour améliorer les choses... (pages 160-161-162-163).

Mais l’élargissement accéléré, passé et futur, de l’Union européenne pose (et posera) de plus en plus le problème de la Russie en Europe ou à côté de celle-ci. Et de la pertinence d’une éventuelle demande d’adhésion ou de partenariat privilégié de sa part. Et - donc - celui des limites (structurelles et politiques) de l’Union européenne, sinon celles (conventionnelles et géographiques) de notre continent : possible ’’très grande Europe’’ de 720 millions d’habitants et de 23 millions de km², allant depuis l’Atlantique jusqu’au Pacifique (page 204).

Faire le point, en attendant la ’’très grande Europe’’

Dans ce numéro de la revue trimestrielle « Hérodote » (justement dénommée ’’revue de géographie et de géopolitique’’), Yves Lacoste et toute son équipe nous permettent donc ainsi de faire un point exhaustif sur les relations complexes existant aujourd’hui entre l’UE élargie et les pays de son ’’étranger proche’’ : Turquie (Stéphane Yérasimos, comme on vient de le voir...), Israël (Frédéric Encel), Ukraine (François Gouyon et Cyrille Gloaguen) et Russie (Ludovic Royer et Franck Tétart), etc.

L’occasion de faire aussi le point sur ces problématiques territoriales qui impliquent, aujourd’hui, aussi bien l’UE élargie qu’un Conseil de l’Europe lui aussi en crise d’identité (pages 48 à 67), la nouvelle OTAN que l’UEO rénovée (pages 27 à 47). Des problématiques territoriales politiquement déclinées à travers des formules aussi diverses qu’adhésion(s), partenariat(s) privilégié(s) ou diverses politique(s) de voisinage(s).

En tout cas, point commun aux diverses contributions individuelles versées à cet ouvrage : elles soulignent toutes bien la nécessité d’une ’’rationalisation’’ de la Politique extérieure de l’Union européenne afin de lui permettre d’assurer effectivement le rôle bénéfique et stabilisateur qu’elle entend vraiment jouer, aujourd’hui et pour l’avenir, dans les relations internationales.

Intégrer la Russie ? : le point de vue d’Yves Lacoste

A ce titre, Yves Lacoste pointe tout parfaitement du doigt le risque inhérent à la recherche ’’forcenée’’ de limites futures pour l’ensemble européen. Un risque qui n’est - ni plus, ni moins - que celui d’une ’’soudaine restriction de l’idée européenne’’.

C’est pourquoi il nous encourage vivement à réfléchir aux futures modalités d’intégration de la Russie à l’Europe communautaire aujourd’hui en construction. Afin de pouvoir, ainsi, constituer une ’’grande Europe’’ ayant vraiment la taille critique nécessaire pour s’affirmer en tant qu’acteur international. Afin de pouvoir, ainsi, véritablement ’’peser’’ face aux grandes puissances d’aujourd’hui et de demain (Etats-Unis, Brésil, Inde, Chine, etc...). Et pour, ainsi, mieux répondre aux menaces et autres grands défis géopolitiques des temps à venir.

Une faille, cependant, dans le raisonnement de l’auteur : nulle part il ne semble s’interroger véritablement sur les modalités de fonctionnement institutionnel, ni sur les principes politiques, ni sur la raison d’être de cette future ’’grande Europe’’, quelques en soient les ’’limites’’. Il est vrai que ce n’est pas là la raison d’être de la revue « Hérodote » qui a davantage la vocation de parler de géopolitique que de politique tout court.

Osons, néanmoins, apporter un début de réponse à cette question essentielle et fondamentale. Car il y a bien d’autres limites à la construction européenne que celles que lui propose juste la géographie ou que celles que peuvent éventuellement lui imposer ses citoyens (comme ce fut le cas, le 29 mai dernier...) : il s’agit aussi des non moins certaines ’’limites fonctionnelles’’ de ces institutions actuelles qu’il reste à réformer.

Alors, l’Europe unie : pour édifier et consolider la paix, la liberté, la démocratie, pour surmonter les nationalismes et pour apprendre à mieux vivre ensemble. Alors, l’Europe unie, dans la diversité : dans le respect de ses composantes, dans la subsidiarité. Alors, l’Europe fédérale, et si - enfin - on en parlait ?!

Voir en ligne : Revue « Hérodote », revue trimestrielle de géographie et de géopolitique

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P.-S.

- Revue « Hérodote », revue trimestrielle de géographie et de géopolitique (N°118, du 3e trimestre 2005) : document paru aux éditions de la Découverte (Paris), 225 pages (19,50 Euro).

Vos commentaires

  • Le 26 avril 2006 à 14:35, par Ali Baba En réponse à : L’Europe et ses limites

    Si l’on se met à parler d’intégrer la Russie, alors pourquoi ne pas aussi parler de l’intégration du Maghreb et du Proche-Orient ? Il me semble que la France, l’Italie, l’Espagne ont bien plus en partage avec les Maghrébins ou les Libanais qu’avec les Polonais ou les Ukrainiens. Alors les Russes...

    Et ensuite se posera la question de l’Amérique : le Québec, le Canada, les États-Unis d’Amérique, l’Amérique Latine ont eux aussi des liens forts avec la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Portugal... probablement plus forts qu’avec la Russie.

    Et puis tant qu’on y est, allons-y aussi pour l’Afrique noire, l’Australie, l’Inde... Il ne va plus rester que la Chine et le Japon à ce train-là ;-)

    Bon, blague à part, je ne comprends pas pourquoi, à partir du moment où on se met à envisager ce genre de candidatures, on n’étudie pas aussi les autres candidatures au moins aussi pertinentes.

    Merci en tout cas pour cette exellente fiche de lecture !

  • Le 26 avril 2006 à 17:14, par Ronan Blaise En réponse à : L’Europe et ses limites

    Pour ma part, je me réfuse absolument à voir dans le projet européen un projet ’’identitaire’’ au sens ’’traditionnel’’ du terme. A mes yeux le projet européen est avant toute chose un projet politique qui doit essentiellement s’articuler autour d’un pacte civique et dans le cadre d’un contrat social fondé sur des valeurs politiques et civiques (ce qui est de l’ordre du ’’civique’’ mais certainement pas de l’ordre de la ’’culture’’ au sens traditionnel du terme...).

    Ce qui fait que l’utilisation de n’importe quel argument ’’culturel’’ - au sens traditionnel du terme - pour juger de la légitimité ou de la recevabilité de telle ou telle candidature à l’UE me paraît ici tout bonnement complètement hors sujet, sinon politiquement dangereux pour les uns comme pour les autres.

    Bref, ce n’est certainement pas la proximité ’’culturelle’’ des uns et des autres avec les uns ou les autres qui doit alors servir d’ ’’étalon de mesure’’ pour juger de la pertinence ou de la ’’recevabilité’’ de telle ou telle candidature, mais bien leur adhésion proclamée (comme effective) à un système de valeurs politiques partagées.

    Pour le reste, juste signaler que nombre des pays que tu cites en exemples n’ont tout simplement jamais encore fait acte de candidature à l’Union européenne. Ce qui fait que, juridiquement et politiquement, la question de leur éventuelle adhésion à l’UE ne se pose, de toute façon à l’heure actuelle, en fait tout simplement pas.

    (Ronan).

  • Le 27 avril 2006 à 00:32, par Emmanuel Vallens En réponse à : L’Europe et ses limites

    Ronan, je serais d’accord avec toi si l’Europe était une fédération. Mais si l’intégration européenne est bien un projet politique, l’Europe, elle n’est pas un projet. Elle est un fait, une réalité culturelle et historique comme le dit bien l’historien Charles-Olivier Carbonnel (ce que Julien Benda appelait une « réalité indivise »). L’Europe ne deviendra un projet politique (une « nation » au sens de Renan, en un sens) que lorsqu’elle sera devenue synonyme d’Union européenne fédérale, bref, lorsqu’existeront les structures politiques qui permettront de donner corps à une opinion publique européenne et même à un réel demos (à défaut de Peuple) européen. D’ici là, qu’on le regrette ou pas, l’Europe restera une ère civilisationnelle aux frontières floues, fondée sur à la fois sur un héritage historique et culturel commun et sur des intérêts (et donc un avenir) géopolitique qui lui est propre (ce qui fait que selon moi ni la Russie ni la Turquie ne sont européennes). Or, c’est l’appartenance à l’Europe (et non l’auto-identification à un quelconque projet politique) qui, aujourd’hui, est le critère de base pour admettre la vocation d’un Etat à adhérer à l’UE. Qu’elle se transforme en fédération, et pourront alors y adhérer ceux qui souscrivent à ses valeurs, à son « patriotisme constitutionnel » sans qu’il soit besoin d’être « Européen ». Alors l’Europe se détachera de la définition en partie culturo-religieuso-ethnique qui la caractérise aujourd’hui et pourra devenir le projet politique que nous appelons de nos voeux.

  • Le 27 avril 2006 à 10:51, par Ronan Blaise En réponse à : L’Europe et ses limites

    L’objet de ce webzine (et de notre association) étant précisément de faire la promotion d’une Europe fédérale (en nous éloignant de l’Europe telle qu’elle est, pour promouvoir l’Europe telle que nous voudrions qu’elle soit...) je ne vois vraiment pas pourquoi on se priverait, dans nos colonnes, de défendre la vision d’une Europe politique contruite sur bien autre chose que les très contestables paramètres géographiques, historiques et culturels...

    Très contestables ? Et oui : sans même parler de l’Oural (drôle de ’’frontières naturelles’’ puisque chaine de montagnes souvent guère plus hautes que les Vosges, aux vallées transversales n’ayant jamais arrêtées personne...), il ne faut tout de même pas oublier que -culturellement- la Russie, pays dont on ne peut guère sérieusement contester l’ancrage culturel européen, est le pays de Pouchkine, Lermontov, Gogol, Glinka, Borodine, Tchaïkovski, Tchékov, Tolstoï et Tourgueniev (et d’autres).

    Bref : à mon avis, ce qui éloigne actuellement la Russie de l’Europe, ce n’est pas la culture, ni des potentialités géopolitiques (et énergétiques) que nous pourrions très bien reprendre à notre crédit, mais une certaine vision hégémonique néo-impériale de ses relations avec ses voisins et le non-respect flagrant, par ses actuels dirigeants, des valeurs démocratiques qui soustendent évidemment le projet européen.

  • Le 28 avril 2006 à 17:39, par Pierre En réponse à : L’Europe et ses limites

    Je comprends ce point de vue, mais en s’éloignant du côté culturel et humain, on risque d’aboutir à un project technocratique (=qui fait passer la technique avant l’homme) et deshumanisé dans lequel les hommes ne se reconnaitront pas et pour lequel ils n’auront pas se sentiment d’appartenance... Pierre

  • Le 29 avril 2006 à 19:29, par Ronan Blaise En réponse à : L’Europe et ses limites

    Il ne s’agit pas de s’éloigner de l’humain, ni de mettre en avant de seules questions techniques (ou technocratiques) puisqu’il s’agit là, en fait, de mettre en avant et de donner la prépondérence à des valeurs politiques et philosophiques universelles (i. e : droits de l’homme, démocratie, Etat de droit) qui, précisément, mettent l’humain vraiment au centre de la vie politique (et dans lesquelles tous peuvent / pourraient se reconnaître).

    Il me paraît plus simple (et plus sain) d’essayer de construire quelque projet politique que ce soit sur de telles valeurs plutôt qu’essayer de le faire sur des paramètres aussi contestables que les aspects géographiques, historiques et culturels : paramètres contestables (et contestés) toujours sujets à donner lieu à des interprétations et à des dérives ’’identitaires’’ qui sont toujours extrémement dangereuses pour tous.

    Et, pour le coup, on s’éloignerait vraiment de l’humain pour ne retenir, comme irrationnel critère d’appréciation à son égard, que son appartenance supposée à telle sphère culturelle (et ce, sans véritable garantie concrète que l’humain ainsi considéré communie vraiment à la culture en question...).

    Il me paraît là extrêmement curieux de vouloir ainsi bâtir un projet politique fonctionnel et politiquement incontestable sur des fondations (géographiques, historiques, culturelles, etc) qui sont précisément contestables et qui seront toujours contestées. Avouez que ce n’est pas très logique...

    Ce qui fait la ’’grandeur’’ du projet européen c’est précisément qu’il rassemble -par la communion de tous dans des valeurs politiques humanistes et démocratiques- des populations diverses malgré, précisément, leurs différences culturelles. Et ce, contrairement aux nationalismes qui communient tous dans le culte de quelque ’’génie’’ culturel national irréel, mythologique, défini de façon arbitraire et en fait, si on y réfléchit bien, complètement fantasmé.

  • Le 3 mai 2006 à 14:27, par Ali Baba En réponse à : L’Europe et ses limites

    « nombre des pays que tu cites en exemples n’ont tout simplement jamais encore fait acte de candidature à l’Union européenne. Ce qui fait que, juridiquement et politiquement, la question de leur éventuelle adhésion à l’UE ne se pose, de toute façon à l’heure actuelle, en fait tout simplement pas. »

    Donc en fait, tu viens de dire qu’il est complètement farfelu d’envisager aujourd’hui une adhésion russe. C’est à peu près là que je voulais en venir ;-)

  • Le 3 mai 2006 à 14:37, par Ali Baba En réponse à : L’Europe et ses limites

    Je suis assez d’accord avec toi... Il faut un échelon fédéral au-dessus des nations européennes, et non pas aller directement à l’échelon mondial. Il y a beaucoup de compétences qu’il faut préférablement traiter à l’échelle européenne, c’est l’essence même du principe de subsidiarité. Ceci seul suffit à justifier sur le plan « technique » l’existence de limites continentales au projet européen.

    Ensuite, il y a bien entendu le sentiment affectif. Il est bien évident que c’est par le cœur qu’on mène les hommes, et qu’on le regrette ou l’encense, c’est la nature humaine et personne n’y changera jamais rien. Un projet technique n’emportera jamais l’adhésion de la majorité, et ne pourrait donc jamais exister en démocratie. L’aspect technocratique de l’UE va de pair avec son aspect anti-démocratique.

    En conclusion, si nous voulons une Europe démocratique et fédérale, alors pour ces deux raisons le projet européen ne doit pas être trop large.

  • Le 3 mai 2006 à 14:55, par Ronan Blaise En réponse à : L’Europe et ses limites

    Je ne partages pas nécessairement ce point de vue dans la mesure où il existe aujourd’hui en Russie des mouvements politiques et associatifs (disparates, il est vrai...) ’’pro-adhésion’’ qui sont très largement plus importants que tout ce qui existe en la matière dans les sociétés civiles des autres pays que tu cites ici en exemple.

    Pas nécessairement d’accord non plus dans la mesure où -politique et géopolitiques mises à part- à mes yeux la Russie est un pays culturellement européen et que prétendre le contraire me semble vraiment très curieux. (Même si, il est vrai, il y aurait énormément de choses à dire quant au ’’non-respect’’ de l’Etat de droit, des libertés fondamentales et des valeurs démocratiques dans ce pays...).

    Farfelu ? Non, je ne pense pas. Dans la mesure où il faudrait tout de même pas oublier que l’Europe unie, sans la Russie, ça ne fera jamais tout au plus que 500 à 600 millions d’habitants environ. Et qu’il lui faudra bientôt rivaliser (pacifiquement, j’espère...) avec d’autres grands ensembles démographiquement au combien plus importants puisque proches (ou au-delà) du milliard d’habitants, pour ne citer que l’Inde, la Chine ou -dans une moindre mesure- l’association ’’ASEAN-Japon’’, par exemple.

    Maintenant, il est sûr qu’il ne faut pas non plus oublier que la recherche de la ’’taille critique’’ doit, il est vrai, passer avant toute chose par la mise en place d’institutions politiques fonctionnelles et non pas prioritairement par des élargissements menés tous azimuts, n’importe comment, sans pédagogie, à n’importe quel prix et dans toutes les directions en même temps...

  • Le 5 mai 2006 à 18:12, par Rudy En réponse à : L’Europe et ses limites

    Bonjour, J’ai eu l’occasion de lire avec attention tous vos messages, vos réactions sur un sujet extrêmement passionnant. Bien heureux celui qui trouvera la réponse et en plus de la trouver, aura raison. Comment définir ces limites ? Sur quels critères ? Géostratégiques ? Economiques ? Historiques ? Religieux ? Politiques ? Géologiques ?...Un difficile travail en perspective. Chacun a bien entendu ses propres idées, et c’est tant mieux pour le débat. Mais ne trouverions-nous pas ces fameuses limites non pas dans une étude géographique ou géologique (si tel était le cas, pourquoi Izmir ne serait pas plus européenne que Chypre), encore moins religieuse qu’historique, mais plutôt par une définition bien précise de ce qu’est l’Union européenne. Car géographiquement, il est très dangereux de s’aventurer dans une frontière continentale européenne inexistante. Aucune frontière naturelle tels que l’Atlantique, le détroit de Calais ne se retrouve à l’Est ou au Sud-Est. Le Bosphore est traversé en moins de 30’’ grâce au pont Mehmed II, l’Oural n’est pas plus compliqué à traverser que les Vosges. D’ou probablement et avec raison le fait que seul le continent eurasiatique existe bel et bien et que nous serions l’appendice de celui-ci. Ne nous accrochons surtout pas aux limites géographiques des géographes d’Alexandre le Grand. A partir d’une bonne définition de l’UE, nous pourrions dès lors définir ces critères de limites. L’UE serait non pas une donnée géographique mais une idée de valeurs et de respects d’un certain nombre de critères. Rudy

  • Le 6 mai 2006 à 12:14, par Rudy En réponse à : L’Europe et ses limites

    Je me suis trompé:il ne s’agit pas d’Alexandre mais de Pierre bien entendu. Rudy.

  • Le 6 mai 2006 à 17:48, par Ronan Blaise En réponse à : L’Europe et ses limites

    Les lecteurs attentifs auront décodé d’eux-même cette allusion à Tatitchev, ce géographe de cours du Tsar Pierre le grand (1682-1728) qui, en plaçant ainsi arbitrairement la ’’frontière’’ orientale de l’Europe sur les Monts Ourals (début XVIIIe siècle) fit ainsi de la Russie un pays d’Europe (ce que souhaitait ardemment démontrer et obtenir le Tsar de l’époque...).

    Comme quoi : l’Europe, en être ou pas, c’est avant toute chose le résultat d’une volonté politique...

  • Le 27 mai 2007 à 12:57, par Fernando En réponse à : L’Europe et ses limites

    Bonjour !

    Je m’appelle Fernando, économiste et géographe, je suis espagnol et un citoyen européen.

    L’Europe a limites geographiques et historiques, et on ne peut pas les refuser : les montagnes Oural et Caucase.

    L’idée européen a était crée a partir le territoire et on ne peut pas l’oublier. Une autre chose sont les intentions économiques, geopolitiques, la religion... et surtout une idée d’une nouvelle Europe...

    Je crois qu’il faut d’abord créer l’Europe limitée par la mer Atlantique, le Méditerranée, le Noir et jusqu’à les montagnes Oural et Caucase grâce à pays sans fractionner (garantir l’Europe). Après, il faudra établir si l’Europe historique veut avoir un pays comme la Turquie ou la Russie(avec ses avantages et inconvénients) et dépasser l’Europe historique, déjà unie et consolidée, par une nouvelle Europe que n’attient pas aux limites geographiques.

    Salutations !

  • Le 27 mai 2007 à 19:47, par Ronan En réponse à : L’Europe et ses limites

    On dit ci-dessus que l’Europe a limites geographiques et historiques, (qu’)on ne peut pas refuser...

    Sauf que, si l’on en croit tout de même la littérature scientifique spécialisée sur le sujet, il s’avère que :

    ’’Les limites de l’Europe méritent une définition que la géographie physique ne donne pas immédiatement. En effet, le continent européen n’existe pas en tant qu’unité physique, l’Europe ne constituant qu’un seul supercontinent avec l’Asie (dénommé Eurasie).

    De plus, les critères géographiques de détermination de la frontière du continent ont varié au cours de l’histoire.

    Les limites ont souvent été créées artificiellement en raison de considérations politiques. D’après la thèse moderne, reconnue comme traditionnelle chez les géographes, l’Europe est un continent délimité par l’Oural et le Caucase à l’est, la Méditerranée, la mer Noire, les détroits du Bosphore suivi de celui des Dardanelles et de Gibraltar au sud et enfin l’océan Atlantique à l’ouest.

    L’analyse des limites de l’Europe n’est donc pas géographique mais historique ou juridique.’’ (etc) (Sources : Encyclopédie en ligne wikipédia).

    Donc, au lieu de dire des énormités idéologiques sur un sujet tel que celui-là (et sur un sujet aussi polémique que celui-là), chacun est - avant toute chose - invité à d’abord consulter la littérature scientifique spécialisée sur le sujet. Merci.

  • Le 21 décembre 2007 à 11:32, par BMT33 En réponse à : L’Europe et ses limites

    Bonjour j’aimerais lever un doute sur une question de qcm en sachant qu’une réponse fausse = zéro .Voilà l’intitulé Redonnez leur vrai nom à ces villes européenne a) La venise du Nord b) La ville rose c) La capitale des gaulles d) La ville sainte e) La cité phocéenne

    Réponses a) Bruges b) Toulouse c) Lyon d) Jérusalem e) Marseille

    Pour moi la limite géographique de l’Europe étant le Bosphore je vois mal comment Jérusalem pourrait se trouver en Europe ai-je des lacunes ou le rédacteur du qcm s’est-il trompé ?

  • Le 21 décembre 2007 à 16:53, par Ronan En réponse à : L’Europe et ses limites

    Réponses à cette question d’un QCM (dont je tiens à préciser que je ne suis pas l’auteur... ; - )) : Aa, Bb, Cc, Dd et Ee

    Pour le reste, vous savez fort bien que les ’’limites’’ entre les continents sont là des fruits de l’imagination et de l’intellect humain, souvent des ’’limites’’ arbitraires sans aucune justification scientifique autre qu’une ’’tradition’’ souvent évolutive et parfois fluctuante : soit des choses complètement arbitraires et strictement conventionnelles...

  • Le 15 août 2008 à 16:37, par ? En réponse à : L’Europe et ses limites

    l’europe ne se limite pas aux pays meditéranéens, le nord l’europe existe au même titre que le sud ; il est logique que les pays de l’europe de l’est fassent partie de l’europe, et cela va jusqu’à l’oural. par contre, les pays du magreb sont en afrique, ils font partie d’une hypothétique union de la méditérannée qui pour des questions de sécurité, n’est pas envisageable tant que le niveau economique ne se raproche pas de celui de l’europe le québec se trouve sur le continent nord américain, et n’a pas de lien administratif avec la france ni aucun autre pays européen, et ne peu donc pas faire partie de l’europe. la turquie se trouve en asie et ne peut pas être assimilée à l’europe a moins de créer une nouvelle enditée qui ne serait plus l’europe, mais la communautée eurasienne par exemple, mais pour l’heure, il ne faut pas rèver

  • Le 19 janvier 2010 à 21:37, par Carlassimo En réponse à : L’Europe et ses limites

    Pourquoi refuser qu’un pays soit à cheval sur deux continents ? Pourquoi refaire et reconsidérer ce que des centaines de géographes ont admis ? Pourquoi vouloir changer les limites de l’Europe ? L’Oural et le Caucase sont d’anciennes limites qui correspondent à une histoire géologique très ancienne, jusquà 250 voire 300 millions d’années d’âge dans le cas de l’Oural, alors pourquoi modifier ces limites ? Certes tout n’est pas rigoureux dans l’établissement de ces limites. Ainsi le fleuve Oural ne suit peut-être pas exactement la limite géologique réelle, mais parfois les frontières conventionnelles ont pour effet de mettre tout le monde d’accord tant il serait difficile à certains endroits de reconstituer les époques permiennes ou carbonifères. De plus cette stratégie de redéfinition de l’Europe est un jeu dangereux : il risque de diviser les gens entre eux, car les historiens auront leur version de l’Europe, les géographes la leur, les géologues une autre etc... etc... Qui imposerait sa façon de voir ? Quant aux pays qui jouxtent plusieurs continents il y en a eu, il y en a toujours aujourd’hui dans des régions du globe où l’on a pas pour autant refait le monde. Des exemples : souvenez-vous de l’Alaska russe qui permettait à la Russie d’être sur trois continents, pensez à l’Egypte dont la région du Sinaï est en Asie ou à l’Indonésie qui possède en Australasie la région de Nouvelle-Guinée occidentale. Alors soyez raisonnables !

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