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L’avenir de la social-démocratie : l’européanisation

Débat : quel futur pour la social-démocratie en Europe ? (III)

, par Frank Stadelmaier, Traduit de l’Allemand par Guillaume Amigues

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La SPD était autrefois une référence pour les partis démocratiques européens orientés à gauche. C’est de nos jours le cas dans un sens avant tout négatif. Dans le même temps, les principaux partis frères européens se portent également mal, que ce soit en France, en Grande-Bretagne ou ailleurs. Et si la social-démocratie prenait son exigence européenne au sérieux ?

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Les dernières élections législatives allemandes sont encore dans toutes les têtes. Il n’en a pas suivi seulement un changement de coalition gouvernementale, mais aussi une chute de la SPD dans des proportions historiques, une chute dont la signification dépasse le cadre du parti. Le paysage partisan allemand est en mutation, la social-démocratie européenne semble en chute. Il n’y a guère que deux grands États qui soient gouvernés par la famille du PSE, et bientôt un seul, l’Espagne. Aux élections européennes le PSE a de nouveau été relégué derrière le PPE, son logiciel politique est de moins en moins sollicité depuis la nomination de José Manuel Barroso en 2004 à la Présidence de la Commission, et quand il l’est, c’est qu’il est mis en avant par les conservateurs. Ceci est du moins l’image que s’en fait l’opinion publique.

De la perte du fil rouge...

Malgré le « Plan pour l’Allemagne » de Frank-Walter Steinmeier, il semble que les électeurs allemands n’aient pas vu en septembre 2009 d’alternative crédible dans les programmes du SPD. Ce sont en particulier des anciens électeurs sociaux-démocrates qui se sont abstenus et qui ont infligé à « leur » parti une défaite historique. Il est incontestable que la politique menée au gouvernement ces dernières années joue un rôle à cela. De la politique de l’offre de Gerhard Schröder au style bonapartiste en passant par l’Agenda 2010, les traditions social-démocrates ont été délaissées, ce qui a conduit à des dissensions internes (démission d’Oskar Lafontaine, scission de la WASG) et à la montée du Parti de Gauche, puis aux évènements de 2009. Le fil rouge semble à première vue avoir été perdu.

Plus grave, il règne -conséquence de cette décennie- au sein de la SPD une pauvreté intellectuelle assez pitoyable pour ce qui est du développement de concepts sociaux-démocrates contemporains. Mis à part l’adaptation malheureuse de concepts néo-libéraux, également caducs depuis la crise financière, le parti donne l’impression d’être resté dans la société industrielle du vingtième siècle, alors que le monde a changé. De là vient l’invitation de son nouveau président Sigmar Gabriel, à revenir là où se joue la vraie vie, là « où ça pue ». Sinon le parti risque de perdre définitivement tout rapport avec le présent et de sombrer à moyen terme dans l’insignifiance. De là également l’invitation de M. Gabriel à écouter, inciter les gens à discuter ensemble : le parti a besoin de nouvelles idées, et vite. D’idées, qui correspondent au présent, sans perdre son propre fil rouge historique.

A la réanimation intellectuelle ?

Que signifient les mots de justice, de solidarité, d’humanité à l’heure de la mondialisation et de l’Europe unie ? Dans le monde germanophone, Ulrich Beck, Otfried Höffe ou Jürgen Habermas, pour n’en citer que quelques uns, ont produit sur ces grandes thématiques un nombre important de réflexions philosophiques, sociologiques ou dans le domaine des sciences politiques. Ces réflexions semblent cependant ne pas être parvenues jusqu’à la social-démocratie allemande, au delà de quelques résolutions insignifiantes. L’appel de Gabriel à construire une majorité dans la société sur la base d’un programme social-démocrate et non l’inverse, est un début, mais à quoi doit ressembler ce programme ? D’où doivent venir les nouvelles idées, les nouvelles impulsions, les nouvelles analyses ? Les idéaux sociaux-démocrates doivent être traduits dans le présent, et le présent doit être relu avec des lunettes social-démocrates : voici les défis centraux, devant lesquels se trouvent non seulement la SPD mais tous ses partenaires européens.

Le présent doit être relu avec des lunettes social-démocrates

La social-démocratie doit s’européaniser

La social-démocratie européenne sait par exemple depuis longtemps que dans un monde globalisé ses fondamentaux, sa marque de fabrique qu’est la justice sociale, ne peut plus être assurée à l’échelle nationale. Ces approches ne peuvent être réalisées qu’à l’échelle européenne, ce qui conduit à l’exigence de l’Europe sociale. Mais avec quelle mollesse ! Au cours des dernières années, il n’est rien sorti d’autre sur cette question fondamentale que de la rhétorique occasionnelle à faire bâiller. Elle reste également peu crédible tant que les contacts quotidiens entre les différents partis du PSE n’ont qu’une dimension réduite : il ne suffit pas que des parlementaires européens forment un groupe parlementaire à Bruxelles et Strasbourg et s’occupent ensemble des affaires de l’UE. Si elle veut être adaptée au présent, la social-démocratie doit intégrer la dimension européenne dans ses paroles et ses actes, en faire son idée directrice.

Avec l’aide d’une connexion européenne durable et à grande échelle, il est possible de trouver ensembles de nouvelles idées européennes, qui ensuite peuvent être mises en œuvre de façon coordonnées, à Bruxelles et à l’échelle nationale. Pourquoi le PSE n’organise pas un grand congrès annuel de tous ses partis membres, avec des hôtes différents tous les ans (sans commencer par Bruxelles) ? Bien sûr il faudrait y représenter les personnalités nationales importantes, mais pourquoi ne pas y laisser la part belle aux simples militants, le plus possible de façon spontanée, pour y encourager les discussions ouvertes au lieu de la politique politicienne ? Bien entendu, un tel projet aurait besoin de temps, de plusieurs années, pour parvenir à des résultats et -tout aussi important- pour déboucher sur une identité commune durable. Mais sans engagement intellectuel et dans le temps, les partis membres du PSE auront quoi qu’il arrive des difficultés à recouvrer leurs forces, et quoi qu’il en soit, il semble qu’ils aient suffisamment de temps devant eux.

Il n’y a pas moins en jeu que la relance d’un projet intellectuel et humain, et l’échelon le plus crédible pour cette relance est l’Europe. Si la renaissance européenne de la social-démocratie réussit, ce sont de belles perspectives qui s’offrent à elles : elle pourrait redevenir un modèle. Un programme travaillé en commun pour les prochaines élections européennes serait déjà un bon début.

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P.-S.

Illustration : Frank-Walter Steinmeier (à gauche) et Garrelt Duin (à droite), le 21/06/08

Source : Flickr, par SPD in Niedersachsen

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