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La légende d'Europe

Aux origines du « Taurillon »…

Alors même que ce ’’magazine européen en ligne’’ s’intitule le « Taurillon », il aurait vraiment été très étonnant de ne pas - tôt ou tard - profiter de nos colonnes pour y consacrer au moins un article afin d’expliciter plus clairement à nos lecteurs les raisons qui nous ont fait choisir un tel nom pour ce webzine…
mardi 7 novembre 2006 par  Ronan Blaise | Voter pour cet article :
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« Taurillon », parce que référence appuyée à la légende d’Europe : fameuse légende tirée de la mythologie grecque, reprise par Ovide dans ses « Métamorphoses ».

Et « Taurillon », parce qu’également symbole de jeunesse, d’enthousiasme, d’engagement et de combativité. Eclaircissements…

En effet, chacun connait la fameuse légende tirée de la mythologie grecque selon laquelle Zeus, roi des dieux (i. e : le Jupiter des Latins…), avait pris la forme d’un taureau blanc pour séduire la nymphe (et/ou princesse phénicienne…) Europe [1].

Une princesse Europe, fille d’Agénor (Roi de Sidon, en Phénicie) que le roi des dieux allait ainsi séduire, enlever puis emmener sur son dos vers la Crète (et vers ce continent, alors inconnu, qui portera ultérieurement son nom…).

Un sujet mythologique qui a, par la suite, inspiré le poète latin Ovide [2] dans ses ’’Métamorphoses’’ : fameux texte dont nous reproduisons ici quelques extraits, pour nos lecteurs, ci-dessous…

In « Métamorphoses » d’Ovide (II, 833-875).

« Après s’être ainsi vengé de la jalousie d’Aglauros [3], Mercure [4], porté sur ses ailes rapides, abandonne les campagnes que protège Pallas [5], et remonte au céleste séjour.

Jupiter [6] en secret l’appelle, et, sans lui faire connaître l’objet de son nouvel amour : "Mon fils, dit-il, fidèle messager de mes décrets, que rien ne t’arrête ! vole avec ta vitesse ordinaire, et descends dans cette contrée de la terre qui voit, à sa gauche, les Pléiades et que les peuples qui l’habitent appellent Sidonie [7].’’

’’Regarde les troupeaux du roi Agénor (i. e : le roi de Sidon) qui paissent l’herbe sur ces montagnes ; hâte-toi de les conduire sur les bords de la mer."

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Europe et le taureau, pièce commémorative (2003)

Il dit : et déjà, chassés dans la plaine, ces troupeaux s’avançaient vers le rivage où la fille du puissant Agénor venait tous les jours, avec les vierges de Tyr, ses compagnes, se livrer à des jeux innocents.

[846] Amour et majesté vont difficilement ensemble. Le père et le souverain des dieux renonce à la gravité du sceptre ; et celui dont un triple foudre arme la main, celui qui d’un mouvement de sa tête ébranle l’univers, prend la forme d’un taureau, se mêle aux troupeaux d’Agénor, et promène sur l’herbe fleurie l’orgueil de sa beauté.

Sa blancheur égale celle de la neige que n’a point foulée le pied du voyageur, et que n’a point amollie l’humide et pluvieux Auster. Son col est droit et dégagé. Son fanon, à longs plis, pend avec grâce sur son sein. Ses cornes petites et polies imitent l’éclat des perles les plus pures ; et l’on dirait qu’elles sont le riche ouvrage de l’art.

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Europe et le taureau, Gustave Moreau (1869)

Son front n’a rien de menaçant ; ses yeux, rien de farouche ; et son regard est doux et caressant. La fille d’Agénor l’admire. Il est si beau !

Il ne respire point les combats. Mais, malgré sa douceur, elle n’ose d’abord le toucher. Bientôt rassurée, elle s’approche et lui présente des fleurs. Le dieu jouit ; il baise ses mains, et retient avec peine les transports dont il est enflammé.

[864] Tantôt il joue et bondit sur l’émail des prairies ; tantôt il se couche sur un sable doré, qui relève de son corps la blancheur éblouissante. Cependant Europe moins timide, porte sur sa poitrine une main douce et caressante. Elle pare ses cornes de guirlandes de fleurs.

Ignorant que c’est un dieu, que c’est un amant qu’elle flatte, elle ose enfin se placer sur son dos. Alors le dieu s’éloignant doucement de la terre, et se rapprochant des bords de la mer, bat d’un pied lent et trompeur la première onde du rivage ; et bientôt, fendant les flots azurés, il emporte sa proie sur le vaste océan.

Europe tremblante regarde le rivage qui fuit ; elle attache une main aux cornes du taureau ; elle appuie l’autre sur son dos ; et sa robe légère flotte abandonnée à l’haleine des vents… »

Une métaphore poétique de la diffusion civilisationnelle…

La suite de la légende nous raconte que le roi des dieux, taureau divin, nagea ainsi jusqu’à l’île de Crète, accompagné d’un cortège de divinités et de créatures marines. Là, près de Gortyne (i. e : dans le sud de l’île…) Zeus repris sa forme habituelle, avoua ses sentiments à la jeune femme et s’unit à elle : lui donnant trois enfants, dont le futur roi de Crète Minos.

Le récit mythologique nous rapporte que, par la suite, Europe allait donner son nom au futur continent européen. Et, d’après la tradition, la constellation du taureau nous rappelle également à tous cette transformation divine et ses fructueuses conséquences.

En tout cas, les historiens voient aujourd’hui, dans cette légende, l’illustration poétique et le récit symbolique (la métaphore ?) de la ’’pénétration’’ en Occident - via les Phéniciens [8], via la Crète et l’Egée - des cultures et brillantes civilisations du proche Orient antique…

Puisse l’actuel « Taurillon » - webzine européen ’’jeune, européen et fédéraliste’’ - en être le digne héritier, à l’image de ce célèbre taureau de la légende qui, autrefois, portait alors Europe vers sa destinée…

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Vignette de bande dessinée (voir ci-dessous)

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Texte tiré des « Métamorphoses » d’Ovide (II, 833-875).

Voir en ligne : Une autre version du texte

CC by-nd


- A lire :

L’article consacré à la légende d’Europe sur wikipédia.

A propos du mythe d’Europe dans la littérature, lire ici.

A propos des Amours de Zeus-Jupiter, sur wikipédia.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est une reproduction d’une fresque murale représentant l’enlèvement d’Europe (site de Pompéi) : un document tiré de l’Encyclopédie en ligne wikipédia.

La vignette de Bande dessinée ici utilisée - ci-dessus, dans le corps du texte - est tirée de l’album « Jean Monnet, bâtisseur d’Europe » de MMme Catherine Cazalé (scénario) et Jeanne Puchol (dessin), un ouvrage pour la jeunesse récemment publié aux éditions de l’AN2.

Notes

[1] Europe, i. e, étymologiquement : la princesse ’’au large visage’’ ou ’’aux grands yeux’’, sic.

[2] Ovide, i.e : Publius Ovidius Naso, fameux poète latin du début de notre ère et des tous débuts de l’époque impériale, contemporain de l’Empereur (Octave) Auguste. Lire la fiche le concernant sur wikipédia.

[3] Cf. épisodes précédants…

[4] Mercure (en latin), i. e : Hermès ; chez les grecs : Dieu des marchands (et des voleurs), Messager des dieux ; sur wikipédia : ici et .

[5] Pallas, i. e : Pallas Athénée, ou Athéna chez les grecs, Minerve chez les latins ; Déesse de la sagesse armée ; sur wikipédia : ici et . Et ’’les campagnes que protège Pallas’’, i. e : l’Attique, région de la Grèce d’aujourd’hui et d’alors située autour d’Athènes, ville dont la déesse Athéna est la divinité ’’polliade’’ (i. e : divinité ’’patronne’’).

[6] Jupiter (en latin), i. e : Zeus, chez les grecs ; Roi des dieux ; sur wikipédia : ici et .

[7] La ’’Sidonie’’, i. e : la région de la ville de Sidon, partie méridionale de la Phénicie de l’époque : pays des villes de Béryte (actuelle ville de Beyrouth), Byblos (actuelle ville de Djebaïl), Tyr (actuelle ville de Soûr), Sidon (actuelle Saïda), etc. Bref : actuel Liban et actuelle Syrie côtière ; pour approfondir, à lire : sur wikipédia

[8] Les Phéniciens : peuple sémitique du proche Orient antique dont le territoire de l’époque correspond à peu près au Liban et à la Syrie côtière d’aujourd’hui. Peuple de commerçants, les Phéniciens sont l’un des tous premiers peuples de l’Antiquité à naviguer dans les deux bassins de la Méditerranée - oriental et occidental - et à y installer durablement des comptoirs commerciaux, telle - en Tunisie actuelle - la future brillante cité de Carthage…

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