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Le déficit démocratique et l’utilisation des réseaux sociaux pour y faire face

, par Frederick van Mierlo, Traduit par Maïté Graisse

Les eurosceptiques mais aussi les fédéralistes associent volontiers « déficit démocratique » et Union européenne. Les premiers préconisent une sortie de l’UE. Les deuxièmes, pour leur part, pensent qu’une intégration accrue est la marche à suivre.

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Des débats quant à l’existence même d’un déficit démocratique agitent encore le monde universitaire. Moravcsik et Majone, deux savants réputés dans le domaine des Études européennes, en nient l’existence, mais pas pour les mêmes raisons. Leurs arguments, selon lesquels l’UE est jugée de manière injuste par rapport à des idéaux de démocratie que même les États-nations n’ont pas atteints, sont restés lettre morte. Le fait que tant d’individus considèrent le fonctionnement de l’UE comme trop complexe et non démocratique aura un impact sur l’avenir de l’Europe. D’après le Premier ministre britannique, David Cameron, le consensus démocratique est « presque inexistant » au Royaume-Uni.

Le problème du consensus démocratique n’est pas nouveau. En effet, l’UE avait inclus dans le traité de Lisbonne (entré en vigueur le 1er décembre 2009) l’initiative citoyenne européenne (ICE), et ce, afin de répondre à ceux qui critiquaient son manque de légitimité démocratique. Pour être la première ICE, Fraternité 2020 doit collecter un million de signatures avant le 1er novembre 2013. Ensuite, elle pourra faire entendre sa voix à la Commission européenne. Dans ce contexte, les médias sociaux sont très vite devenus le forum privilégié des débats politiques.

Une légitimité démocratique véritable et durable ne peut être établie qu’après une réforme radicale des institutions qui constitutionnaliserait un pouvoir exécutif européen directement élu et le placerait sous le contrôle du Parlement européen. Bien que cette vision réaliste montre de temps à autre des signes de concrétisation, elle demeure en grande partie un rêve lointain. Toutefois, la présence sur le Web de l’UE pourrait combler le fossé entre les citoyens européens et les décisions tant contestées par M. Cameron.

Le pouvoir de 243 millions de visages

Facebook compte désormais plus d’un milliard de membres actifs. Environ 243 millions d’entre eux vivent sur le Vieux Continent et 193 millions d’utilisateurs habitent un pays de l’UE. Autrement dit, 4 citoyens européens sur 10 se connectent régulièrement sur ce site. Ce nombre significatif explique la présence visible des institutions européennes sur la toile.

Le Parlement européen, vu qu’il représente les citoyens de l’Union, est l’institution qui a la page Facebook la plus interactive et la plus complète. Les visiteurs peuvent trouver le profil de tous les députés en cherchant par pays et/ou par couleur politique. Suivre vos députés est un des meilleurs moyens d’être au courant de leurs activités et de partager leurs frustrations quant au comportement de l’eurosceptique Nigel Farage à la Commission pêche.

De plus, un forum de discussion permet aux utilisateurs de poser des questions à des députés très médiatisés, y compris au Président du Parlement européen, Martin Schultz. Cependant, vu le nombre de fautes de frappe on se doute que notre interlocuteur n’est pas M. Schultz en personne, mais plutôt un stagiaire qui aurait bu une bière belge de trop la nuit précédente. Par ailleurs, la possibilité de chatter avec vos représentants et de laisser des commentaires soulève certaines interrogations. Qui lit les commentaires ? Qui les rédige ? Les prend-on au sérieux ? L’âge moyen des utilisateurs de Facebook est d’à peine 22 ans, ils ne sont donc pas représentatifs de la population. Mais malgré cela, si l’UE encourage les commentaires, elle se doit de les considérer comme dignes d’attention. Sinon, elle devrait désactiver les commentaires et réduire la page à un annuaire des députés européens.

Les limites des médias sociaux

Toujours est-il que le meilleur moyen de faire entendre sa voix est encore l’envoi d’une lettre ou d’un courriel en bonne et due forme au député en question. En effet, l’espace de 140 caractères prévu par Twitter ou les messages Facebook qui se retrouvent tout en bas de la page (« grâce » au Journal Facebook…) ne sont pas l’idéal pour exprimer clairement ses préoccupations. De même, une réponse en un mot à une question sur l’énergie nucléaire ne fait pas vraiment avancer le débat. Quoi qu’il en soit, le caractère public des représentants européens sur les médias sociaux peut être utile pour rester informé, favoriser un sentiment d’implication et offrir aux citoyens une meilleure vue d’ensemble de leurs activités.

Il ne faut pas oublier que la prudence est de mise quand on s’aventure sur Internet. Dans le monde des médias sociaux, tout se passe à un rythme d’enfer. Pour certains, l’apprentissage a été assez rude. Twitter en particulier est la bête noire de plus d’un député aux doigts trop rapides. Jusqu’à peu, M. Cameron lui-même s’en méfiait, car selon sa célèbre formule, « too many tweets make a tw*t » (N.d.T. trop de tweets et ta réputation est cuite). J’ai ici un point commun avec M. Cameron : nous nous sommes tous deux récemment convertis à Twitter. Malgré ses défauts, la capacité de ce microblog à maintenir les citoyens engagés et informés est sans précédent.

Procrastination productive

Beaucoup de gens passent une bonne partie de leur temps en ligne. En Europe, la moyenne est de plus de 27,5 heures par mois. Facebook fait partie intégrante de notre quotidien et son utilisation est aussi naturelle que de se brosser les dents ou boire son café le matin. Facebook est source de procrastination, c’est pourquoi les employeurs l’interdisent et certains étudiants suppriment leur compte pendant les périodes d’examens. Suivre l’actualité sur Facebook serait une façon de rendre productive la procrastination. Alors connectez-vous et informez-vous ! Aujourd’hui par exemple, j’ai appris que l’UE cherche à la fois à intensifier sa présence sur le net et à aider les citoyens à garder le contrôle de leur vie privée. Devinez où j’ai trouvé cette information… Sur Facebook bien sûr !

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Article initialement paru ici

Vos commentaires

  • Le 7 mars 2013 à 19:34, par Marteil En réponse à : Le déficit démocratique et l’utilisation des réseaux sociaux pour y faire face

    Je suis complètement contre facebook et twitter. Je ne vous montrerai donc pas mas trombine sur gravatar. Je ne crois pas que les commentaires sur le net, dont les 4/5 sont imbéciles, fassent avancer les idées. Il faut réfléchir et pas seulement dégoiser . Si le sort de L’Europe dépend des trucs « gratuits » (vous en êtes dûrs ?) et « indolores » (ça dépend pour qui !) que sont les dits résaux sociaux alors je n’ai rien à faire au me-f. La démocratie, même participative ne se fait pas en jouant. La seule chose sur laquelle je vous donne raison, c’est sur le déficit plus qu’évident de démocratie en Europe : CE, PE, CESE etc...Quels sont ceux qui veulent lacher un peu de pouvoir pour le pauvre peuple idiot (non par nature mais par manque d’éducation) ? MAM22

  • Le 7 mars 2013 à 22:46, par Valéry En réponse à : Le déficit démocratique et l’utilisation des réseaux sociaux pour y faire face

    Encore faut-il que les institutions s’y mettent : quand on voit que les mails de protestations contre le délire liberticide qu’une poignée de députés ont introduit dans un rapport auraient été bloqués par les services du Parlement on se dit qu’il y a du boulot (ils ne peuvent pas apprendre aux assistants parlementaires à configurer un filtre automatique plutôt ?) : https://christianengstrom.wordpress.com/2013/03/07/european-parliament-censors-citizens-trying-to-contact-meps/

  • Le 8 mars 2013 à 09:32, par Fabien Cazenave En réponse à : Le déficit démocratique et l’utilisation des réseaux sociaux pour y faire face

    @Marteil : calmons-nous quelques secondes... Être complètement contre des outils comme Facebook et Twitter ne veut rien dire en soi. Les réseaux sociaux ne sont utilisés que parce qu’ils répondent à une évolution d’une grande partie de la société et qu’ils répondent à un comportement. On peut donc mettre la tête dans le sable en pleurant sur cette évolution ou l’accompagner en proposant une réflexion sur son utilisation.

    Enfin sur votre dernière phrase, je suis un peu étonné que vous ne citiez pas plutôt les Etats membres qui sont ceux qui bloquent l’évolution vers une Europe plus démocratique...

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