
Au sortir de la guerre qui a ravagé l’Europe entière, l’idée d’une Fédération européenne séduit de nombreux intellectuels et hommes politiques. Les divergences qui persistent chez les partisans de la construction européenne concernent davantage les moyens que la fin, qui ne peut être qu’une Fédération. L’Europe ne peut en effet vraisemblablement pas s’unifier pacifiquement et constituer rapidement un État unitaire, susceptible de garantir la paix. Pour autant, la souveraineté absolue des nations européenne est à l’origine du désastre auxquel viennent d’assister impuissantes les populations de toute l’Europe. Le modèle fédéral, permettant à la fois de préserver les différentes identités qui composent le continent européen mais limitant les souverainetés des États apparaît comme une synthèse efficace.
Pourtant, dès 1957, avec la signature du traité de Rome et la création de la Communauté économique, qui revient sur de nombreuses avancées institutionnelles prévue la Communauté européenne de Charbon et d’Acier, et surtout après l’échec de la Communauté européenne de défense, première étape pour l’instauration d’une Union politique, la construction européenne s’écarte progressivement de son objectif premier.
Il faudra attendre les années 70 et la décision d’élire démocratiquement les parlementaires européens pour que l’Europe s’oriente de nouveau vers la construction d’une entité fédérale. La création de l’euro et de la Banque centrale européenne, l’autonomisation du droit communautaire, le renforcement des procédures décisionnelles démocratiques, le développement de la citoyenneté européenne, sont autant d’éléments qui viennent renforcer le caractère fédéral de l’Union.
Il s’agit avant tout d’un choix idéologique. Deux idées principales soutiennent l’argumentation des fédéralistes :
- Tout d’abord, la conscience que la paix est un bien nécessaire au progrès, l’état de paix est une condition sine qua non au développement de l’homme.
- Ensuite, l’idée que cet état de paix ne peut être garanti que par des institutions qui doivent être démocratiques.
La souveraineté absolue des nations est un frein décisif au développement de la démocratie car il place l’intérêt national systématiquement au dessus de l’intérêt des européens ou de l’humanité.
Aujourd’hui, les proeuropéens défendent généralement le projet européen en faisant valoir la nécessité de défendre les intérêts européens face aux géants chinois, indien, américain ou russe. Le fédéralisme qui aboutirait aujourd’hui à un renforcement de la présence européenne sur la scène internationale apparaît sans doute comme une solution. Pourtant, il est significatif de noter que l’idée fédérale s’est développée à une époque où la conscience d’un monde globalisé était moins grande qu’aujourd’hui. Les pères fondateurs furent-ils clairvoyant au point de prévoir les formidables bouleversements qui allaient se produire et auxquels leur projet permettait si bien de faire face ?
Je ne le pense pas. Il me semble que le modèle fédéral apparaît aujourd’hui encore séduisant car il repose sur des idées qui constituent le fondement de toute vie en société. Pour mieux nous en convaincre relisons Proudhon et les premières lignes « Du principe fédératif » : « La théorie du système fédératif est toute nouvelle : je crois même pouvoir dire qu’elle n’a encore été présentée par personne. Mais elle est intimement liée à la théorie générale des gouvernements, parlons plus juste, elle en est la conclusion nécessaire ».
Si l’Union européenne veut demain continuer à représenter un facteur de progrès et de développement pour l’homme, il serait bon que nous aboutissions rapidement à cette « conclusion nécessaire ».


