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Les Jeunes Écologistes, pour « un gouvernement fédéral européen » !

, par Iris Passy

Alors que les différents partis écologistes ont longtemps peiné pour se faire entendre au sein de la gauche française, la thématique écologiste a gagné du terrain dans le débat public depuis les élections européennes de 2009. Wandrille Jumeaux, récemment élu secrétaire fédéral des Jeunes Écologistes aux côtés de Fanny Dubot, répond aux questions du Taurillon.

Auteurs

Le Taurillon : En France, on a vu les partis écologistes acquérir une place plus importante dans le débat politique au moment de leur association avec une thématique politique européenne. Pourquoi avoir lié les deux problématiques, notamment dans le choix du nom du parti « Europe Ecologie », puis choisi de conserver ce nom lors de la fusion qui a donné l’actuel « Europe Ecologie-Les Verts » ?

Wandrille Jumeaux : L’écologie politique est un projet dans lequel l’idéal européen a une place importante. Les écologistes ont une vision claire de l’Europe qu’ils souhaitent : c’est une Europe sociale, une Europe de la paix, une Europe fédérale et une Europe des régions. Nos valeurs et nos idées nous conduisent à porter et à défendre le projet de construction européenne depuis plus d’un demi-siècle (mais pas à n’importe quel prix). C’est donc assez naturel pour les écologistes d’associer écologie et Europe, car pour nous l’échelon européen (tout comme le niveau régional) est un échelon propice à la construction de notre projet politique, notamment au niveau économique et environnemental, domaines dans lesquels l’action isolée d’une petite entité n’a que peu d’effets.

Le choix du nom Europe Ecologie – Les Verts est donc le fruit de nos valeurs, de nos conceptions de l’Europe mais aussi de notre succès aux dernière élections européennes.

Le Taurillon : Pensez-vous que l’Ecologie puisse faire partie en quelque sorte d’un bloc de valeurs culturelles communes aux Européens ?

Wandrille Jumeaux : L’écologie en tant que telle n’est pas une valeur. L’écologie se construit par contre sur un certain nombre de valeurs – autonomie, responsabilités, solidarité – auxquelles aspirent tous les peuples européens. De même, l’écologie se construit sur la base d’un constat aujourd’hui partagé par la majorité des Européens : nous ne pouvons plus continuer à vivre avec un tel système économique et financier, injuste et non durable. Alors oui, d’une certaine manière l’écologie fait partie des valeurs culturelles communes aux Européens.

Le Taurillon : L’idée européenne, telle qu’elle a été pensée depuis les pères fondateurs, repose sur un pilier : la démocratie libérale. Cela vous semble-t-il compatible avec vos valeurs, plutôt antilibérales ?

Wandrille Jumeaux : Nous ne sommes pas antilibéraux. Certes, nous portons une vision critique du libéralisme économique, du libre-échange, du capitalisme productiviste et de ses incidences environnementales, mais nous partageons également certaines valeurs du libéralisme politique, comme pour les principes de libertés et de responsabilités individuelles ou des droits fondamentaux. Il n’y a donc pas d’incompatibilité absolue. La véritable question est plutôt : quelle démocratie pour notre continent ? Un vrai pouvoir partagé entre les peuples et régulé par des institutions démocratique ou une démocratie à la botte des puissances économiques et financières ?

Le Taurillon : Athènes, Madrid, Paris, Bruxelles, Rome… Le mouvement des Indignés, qui s’est propagé ce printemps et cet été principalement en Europe, vous paraît-il être le reflet d’une crise de la société et de la démocratie qui est spécifique à l’Europe ?

Wandrille Jumeaux : Oui, il y a une crise sociétale et démocratique en Europe, mais nous ne pensons pas qu’elle est spécifique à l’Europe. Les révoltes dans les pays arabe et méditerranéens ainsi qu’en Chine montrent bien qu’il y a des crises démocratiques partout sur notre planète. Elles prennent par contre des formes différentes en fonction des situations, histoires et cultures locales.

La crise européenne est par contre différente de celle des pays arabes dans le sens où nous ne sortons pas de décennies de dictature. Et c’est justement là le plus grave. Car malgré la paix, la démocratie, le développement et une certaine prospérité, les peuples européens ne s’y retrouvent pas et aspirent à un nouveau modèle de société, tandis que dans le même temps d’autres pays s’inspirent de notre modèle pour avancer. C’est là toute spécificité de la crise en Europe, nous ne pouvons nous tourner vers aucun pays, vers aucune culture pour tenter de trouver des réponses à nos questions.

Il revient aux Européens de réinventer un nouveau modèle de développement adapté à nos aspirations (démocratiques et sociales notamment) mais aussi à notre culture et aux contraintes environnementales croissantes.

Le Taurillon : Un débat a agité le monde, et particulièrement l’Europe, après la catastrophe de Fukushima : celui sur le nucléaire. L’Allemagne et la France entre autres ont fait des annonces diamétralement opposées en la matière, également critiquées. Selon vous, est-il possible de construire une Europe de l’énergie verte et comment régler la question du nucléaire civil ?

Wandrille Jumeaux : Sur cette question comme pour d’autres, nous croyons à une solution européenne. Mais le dire et y croire ne suffit pas. Sur le nucléaire, nous pouvons tout de même observer que la France est à contre-courant du mouvement plus global de sortie du nucléaire et que sa politique peut radicalement changer dès 2012, en cas de participation des écologistes à un gouvernement. Il est donc réaliste et imaginable de penser à un plan européen de sortie du nucléaire civil.

Sur les énergies vertes, nous pensons qu’une politique communautaire dynamique et ambitieuse peut voir le jour à horizon 2015, sur le modèle de la PAC lancée dans les années 1960. Les défis énergétiques et environnementaux sont l’occasion de relancer une Europe des projets !

Le Taurillon : A la suite de la crise financière et des errements récents des bourses, vous avez publié un communiqué qui indiquait que pour vous la solution se jouait au niveau européen. Pensez-vous qu’il est nécessaire de désigner un « ministre de l’économie » européen, et que nous avons besoin de davantage de fédéralisme en matière économique ?

Wandrille Jumeaux : Sur la question économique comme en matière de politique énergétique, nous croyons aux solutions européennes. Nous ne sous-estimons pas les difficultés qui pourront émerger de discussions européennes sur ces questions, mais le principe d’efficacité et de réalité nous oblige à trouver des solutions durables à l’échelle de notre continent. Il ne faut pas oublier que la grande majorité du commerce des pays européens se fait avec d’autres pays européens. C’est pour cela que l’avenir passe selon nous par des politiques d’harmonisation fiscale et sociale entre les pays européens et qu’un Ministre européen de l’économie serait un outil précieux pour avancer sur cette voie.

Cette proposition est surtout une première étape vers la constitution d’un gouvernement fédéral européen que nous appelons de nos vœux.

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Vos commentaires

  • Le 29 août 2011 à 13:38, par Aymeric L. En réponse à : Les Jeunes Écologistes, pour « un gouvernement fédéral européen » !

    Comment proposez une Europe fédérale, lorsqu’on ne parvient même pas à s’appliquer le fédéralisme à soi-même ?

    « Solidarité », « idéal européen », « gouvernement fédéral », on a envie d’y croire.

    Et pourtant, profondément européens au niveau national, les Verts le sont-ils vraiment au niveau européen ?

    On prétend que le Parti Vert Européen (PVE) est le seul véritable parti européen, le seul à avoir un vrai programme, une vraie dynamique européenne, une vraie cohérence.

    Or il n’en est rien. On y trouve bien sûr des leaders pro-européens (Cohn-Bendit, Fischer, Özdemir) et des partis nationaux pro-européens. Mais on y trouve aussi des courants très eurosceptiques.

    Surtout, le PVE fonctionne toujours comme une confédération de partis nationaux. Il n’a aucune dynamique fédérale :
    - Toutes les décisions se prennent à l’unanimité des partis members, là où le PSE a fait de la majorité qualifiée la règle ;
    - Le parti ne prévoit pas d’avoir son candidat à la présidence de la Commission, contrairement au PPE et au PSE ;
    - Il ne permet aucune forme d’adhésion individuelle, même ouvrant des droits minimes, alors que des partis comme EUDemocrats, l’ECPM et le PSE permettent l’implication directe des simples militants dans le parti européen.
    - Et comme beaucoup d’autres, son « programme » demeure une liste de bonnes intentions.

    Enfin, il est remarquable qu’à chaque fois qu’une position pro-européenne est prise au sein de ce parti, c’est au nom du parti national. C’est vrai ici, ce le fut également .

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