Les étudiants espagnols face au plan Bologne (1/2)

, par David Castaner

Les étudiants espagnols face au plan Bologne (1/2)

La Grèce, la France, l’Espagne… Les étudiants européens sont en colère. Mais en colère contre quoi ? Pour l’Espagne les slogans parlent d’eux-mêmes : « Non au plan Bologne ! », « Arrêtons Bologne ! », « Bologne nous fait reculer ». Ces étudiants, qui de novembre 2008 à janvier 2009 ont occupé des facultés et participé à des manifestations au moins une fois par semaine exigent du gouvernement de Zapatero qu’il n’applique pas le plan Bologne.

Or ce plan est une directive européenne ratifiée par plus de quarante pays du continent et que l’Espagne a acceptée en 1999. D’abord le plan Bologne vise à créer un espace européen d’enseignement supérieur (EEES) unifié, dès lors on pourrait croire que le refus espagnol est un refus de l’européisation de l’enseignement espagnol. Il ralentit et décrédibilise l’application du plan Bologne et place l’État espagnol en porte-à-faux. En fait, les plaintes des étudiants ne portent presque jamais sur l’Union européenne.

Pourquoi les étudiants espagnols s’opposent-ils donc au plan Bologne ? S’opposer au plan Bologne est-ce s’opposer à la construction européenne ? Les problématiques que les plans d’enseignement ont posées nous apprennent-elles quelque chose sur l’avenir des institutions européennes ?

Pourquoi s’opposent-ils au plan Bologne ?

Les raisons principales sont au nombre de trois : allongement de la durée des études, augmentation du prix des études, peur de l’intervention des entreprises dans la gestion des facultés et des programmes.

En effet, alors qu’en Espagne la durée moyenne des études supérieures est de quatre ans, le système licence-master imposera au moins cinq ans d’études supérieures. Surtout, le nombre d’heures de cours, le nombre de travaux à la maison et de devoirs augmentera considérablement, puisque pour acquérir les ECTS un étudiant est censé devoir étudier quarante heures par semaine. Selon les opposants au plan Bologne, cela empêchera les étudiants issus des catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées d’étudier, puisque pour eux, le temps dédié au job étudiant est vital pour rester à la fac.

D’ailleurs le prix des études supérieures aura le même effet, puisque selon eux, le coût d’application du plan Bologne sera tel que les étudiants devront payer jusqu’à deux mille euros de plus pour leurs immatriculations. Si on ajoute à cela le fait que le projet espagnol compte supprimer la plupart des bourses – l’Espagne est à la queue de l’Europe en matière de distribution d’aides étudiantes – pour les remplacer par des prêts devant être remboursés lors du premier travail stable de l’étudiant, il est possible que leur crainte d’élitisation de la faculté ne soit pas si fausse.

Il ne s’agirait pas d’ailleurs d’une élitisation intellectuelle mais sociale, seuls les plus favorisés pouvant se permettre une plus longue formation, et donc l’atteinte de postes de travail mieux qualifiés. Dernière peur des étudiants espagnols, et qui semble être le mot d’ordre dans la plupart des revendications étudiantes européennes : l’entrée des entreprises dans la faculté. Le plan Bologne incite d’ailleurs à la coopération entre les entreprises et les universités pour atteindre un niveau digne des grandes universités américaines, comme si leur niveau était la conséquence de leur mode de gestion. Les entreprises pourraient diriger alors certains aspects de l’enseignement universitaire. Entre autres, les étudiants dénoncent la professionnalisation à laquelle ils seront soumis dans les deux dernières années d’études.

Que ces arguments soient justes ou pas, nous pouvons faire un constat : rien sur le principe d’équivalence des diplômes, rien sur l’augmentation de la mobilité, rien en définitive contre l’européisation du système éducatif.

Plus sociales qu’éducatives, leurs revendications pourraient pourtant tourner vers l’anti-européisme s’il s’avérait que l’Union européenne remet en cause les principes de la social-démocratie qui a tant fait pour voir naître l’Europe moderne.

Cet article se base sur des éléments abordés au Conseil de Réflexion des Jeunes Européens Universités de Paris.

Illustration : photographie du drapeau espagnol à Madrid. Auteur : César Astudillo. Source : Wikimedia.

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Vos commentaires

  • Le 23 mars 2009 à 07:48, par Fabien En réponse à : Les étudiants espagnols face au plan Bologne (1/2)

    Comme en France, ceux qui sont contre la réforme « LMDE » (comme on disait en France) sont ceux qui sont contre tout.

    Effectivement, cela vire souvent à un sentiment anti-européen car ces organisations refusent tout changement. Bref, j’ai l’impression d’avoir lu un compte-rendu des peurs de Sud et de l’Unef.

    Voilà bien une preuve que « l’Europe » existe bien : on a des anti-tout partout. Le conservatisme a encore des beaus jours devant lui.

  • Le 24 mars 2009 à 05:48, par Martina Latina En réponse à : Les étudiants espagnols face au plan Bologne (1/2)

    S’il existe un domaine prioritaire pour l’harmonisation européenne, c’est bien l’université, donc les études supérieures dans leur ensemble : les ECTS, ou crédits d’enseignement valables dans toute l’Europe et créés par le processus de Bologne, favorisent déjà davantage la mobilité des étudiants à travers l’Union Européenne.

    Il s’agit donc également, et d’urgence, d’harmoniser les réformes universitaires ainsi que les conditions sociales des étudiants européens. L’Union placée sous le signe d’EUROPE, la jeune navigatrice malgré elle, qui à son insu nous donna non seulement son nom, mais aussi son courage face à l’avenir comme à l’inconnu, le mérite bien : car, nous le savons, EUROPE est synonyme de LARGES VUES !

  • Le 27 mars 2009 à 10:00, par hélène En réponse à : Les étudiants espagnols face au plan Bologne (1/2)

    Perdon pour les fautes orthographiques, je suis espagnole, et il me reste un peu de niveau écrit en francais.

    J’ai trouvé un erreur

    « En effet, alors qu’en Espagne la durée moyenne des études supérieures est de quatre ans, le système licence-master imposera au moins cinq ans d’études supérieures »

    C’est pas vrai, en Espagne la durée moyenn des études supérieures est de 5 ans, avec Bologne ils vont passer à 4 ans. Avant on avait des études de 3 ans (Diplomaturas) et des études de 5 ans (Licenciatura), avec bologne on va avoir 2 ans Licence, et 4 ans Master. Il y a des universités qu’on adapté déja le plan, et ce qu’ils sont fait ce de mettre dans 4 ans le même nombre de matiéres que quand il y avait 5 ans, alors, ça veut dire que pour une même matiere, on va avoir moins d’heure.

    Déja les etudes en Espagne sont trés dures, il faut une moyenne de 7 ans pour faire une Licenciatura, et normalement les etudients ne peuvent pas travailler au même temps parce que ils n’ont pas le temp, les heures d’etudie sont interminables.

    Je ne suis pas en favoir de Bologne, ni en contre de Bologne, je pense que le probléme en Espagne n’est pas l’anti-européisme, le probléme c’est que il nous manque des informations sur Bologne Le systeme educative universitaire en Espagne a une bonne qualité, les etudes sont trés dures, et pourtant le gen sors de l’université très bien pret pour le marché du travail, le gen a peur que avec le nouveau systeme l’université va perdre sa qualyté.

  • Le 29 mars 2009 à 09:59, par Marianne la cérétane En réponse à : Les étudiants espagnols face au plan Bologne (1/2)

    Les objectifs de cette réforme sont louables mais ce qu’expriment ces étudiants, c’est la peur de l’avenir...Non ? S’ils avaient la certitude que les études menaient à un emploi de leur choix adapté à leurs capacités, ils ne seraient pas dans la rue....Il faut donc des mesures financières qui accompagnent ces modifications d’organisation des études plus adaptées au monde de l’emploi (tout en veillant à garder une certaine distance vis à vis de l’entreprise).De plus, ces manifestations sont-elles l’expression d’une majorité ??? Je ne crois pas puisque des votes d’acceptation ont eu lieu dans les universités (avec des représentants des étudiants). Quant aux ECTS qui prennnent en compte le travail personnel, les travaux pratiques, etc, c’est une bonne chose. Les études ne peuvent pas s’effectuer en dilettante !

  • Le 29 mars 2009 à 17:17, par daron En réponse à : je recherche plus d’info sur erasmus

    salut a tous je suis etudiant camerounais etranger en espagne cariere d’ingenierie indutrielle et je voudrai savoir comment faire pour integrer erasmus pour pouvoir terminer avec ma cariere car j’ai besoin de soutien financier et mon gouvernement n’en donne pas si vous en savez je vous prie de me faire un sms stedaron chez hotmail.fr merci

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