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Plaidoyer pour de vrais partis européens

, par Arnaud Huc

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« Nous avons besoin d’une union basée sur les citoyens » déclarait Guy Verhofstadt à la suite du discours de J-M Barroso sur l’Etat de l’Union. Voilà maintenant plus de 60 ans que l’Europe s’est lancée dans la voie de l’union et force est de constater que si de grandes avancées ont été faites depuis 1951 le projet politique quant à lui, suit un développement beaucoup plus laborieux.

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Auteurs

  • Étudiant en Science Politique à l’Université de Montpellier.

En effet suite à l’échec du projet Spinelli, pourtant adopté par le Parlement européen en 1984, ce sont les Etats plutôt que les citoyens et leurs représentants qui ont mené la construction européenne, empêchant de fait l’émergence d’un échiquier politique européen. Pourtant pourrons nous construire une Europe fédérale sans les partis européens qui correspondent à l’émergence d’une conscience politique européenne ?

Sans partis européens, pas de vie politique européenne

Aujourd’hui nous nous contentons, faute de mieux, de partis « européens » qui sont en réalité des rassemblements, des melting-pots, de différents partis nationaux partageant plus ou moins vaguement les mêmes idées. Ces partis présents au Parlement européen, dont la cohésion est souvent faible, restent fragiles car les clivages intérieurs y sont forts. Ainsi, si le PS français, et le SPD allemand sont tous deux membres du Parti socialiste européen, ils ont cependant des idées assez éloignées puisqu’en effet le SPD s’apparente plus à un parti social-démocrate tandis que le PS français se maintient dans un socialisme qu’on pourrait considérer comme étant plus traditionnel.

Il est clair que la vie politique européenne, qui n’est encore qu’embryonnaire, ne peut se contenter de coalitions de partis nationaux répartis sur l’échiquier européen selon un clivage économie sociale/économie libérale. Ce clivage n’est pas pertinent à l’échelle européenne. En effet, en épluchant le site du Parlement européen on constate que des partis comme le PS et l’UMP, qui s’opposent pourtant à l’échelle nationale, votent à 80% ensemble. Cet exemple montre bien que ce n’est pas le critère socialisme/libéralisme qui gouverne le Parlement européen comme il pourrait gouverner les parlements nationaux.

La vie politique à l’échelle européenne ne peut donc pas être qu’une exportation des partis nationaux à une échelle plus grande. Le clivage, la ligne de rupture, au niveau européen ne se situe pas au niveau social ou économique mais au niveau de l’engagement européen. Les partis politiques européens de demain doivent s’opposer sur leurs engagements pour l’Union européenne. L’échiquier politique devant représenter les partis eurosceptiques d’un côté et europhiles/fédéralistes de l’autre.

Sans une clarification de l’espace politique européen selon cet axe europhilie/euroscepticisme, il sera impossible au sein du Parlement européen, d’avoir de réels débats quant à l’orientation que doit prendre la construction européenne, pire ce sont les citoyens européens qui se détourneront du débat européen tant celui ci leur rappellera leurs querelles nationales.

Sans partis européens, un risque de désamour des citoyens

Le taux de participation aux élections européennes ne cesse, notamment en France, de chuter depuis 1979, date de la première élection du Parlement européen. Les eurosceptiques attribuent ce désintéressement à la construction européenne en elle même, pourtant cet argument qui relève du populisme n’est pas recevable, en effet selon les sondages récents la majorité des citoyens ont encore une vision positive de la construction européenne.

Dans ce cas, à quoi est due cette baisse de participation continue depuis 30 ans ? S’il ne faut pas oublier qu’il existe un problème de lisibilité et de compréhension de l’action européenne, souvent par manque de communication, une des causes principales peut être recherchée dans l’absence de partis réellement européens.

En effet, les partis nationaux qui participent aux élections européennes sont souvent flous quant à leurs visions de la construction européenne. Il faut le dire, une bonne part des candidats sur les listes des grands partis français se présente pour avoir une place au chaud, alors qu’ils se contrefichent des thématiques européennes. Ce sont souvent les perdants des élections nationales uninominales qui se présentent sur les listes européennes pour être élu sans efforts. Ces pratiques scandaleuses minent le débat européen qui devrait entourer ces élections, pire il fait croire aux citoyens que cette élection n’est pas un enjeu.

Face à ces pratiques choquantes des partis nationaux, des partis réellement européens permettraient de recentrer le débat lors de ces élections sur l’Europe. Leurs listes seraient constituées de gens convaincus, défendant des idées soient fédéralistes, soient eurosceptiques.

L’élection de 2014 doit être la première d’une nouvelle vie politique européenne

Il serait absurde de remettre en cause le rôle des partis nationaux dans les débats et les élections nationales. Néanmoins à l’échelle européenne, il faut que se créent des vrais partis européens. Le prochain cap c’est 2014, les élections qui se tiendront à cette date pourraient marquer le renouveau du débat politique au sein de l’Union européenne. A condition que des partis soient capables de porter à l’échelle européenne les débats de demain.

Il ne faut pourtant pas se leurrer, le seul parti qui ne soit pas issu de la coalition de plusieurs partis nationaux européens est aujourd’hui le parti fédéraliste européen. Un seul parti c’est bien peu, et il est clair que sans un sursaut de la part des personnes concernées par les questions européennes, il sera difficile de voir émerger une vraie vie politique européenne.

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Vos commentaires

  • Le 5 octobre 2012 à 19:18, par Pietro De Matteis En réponse à : Plaidoyer pour de vrais partis européens

    Bonjour Arnaud, Bonjour á tous,

    merci pour cet article. Vous avez tout á fait raison. Pour développer une vrais « sphère politique européen » il est nécessaire d’avoir des vrais partis politiques européens capable de parler aux gens et transformer leur préoccupations et leur aspirations en politiques et en « visions d’avenir ». Celle-là c’est la façon la plus directe de rapprocher les citoyens européens á l’Europe, et de leur montrer pourquoi et comment travailler ensemble est utile pour notre vie des tous les jours (surtout dans ce moment de crise !)

    La création de vrais partis politiques européens est donc un pas inévitable si nous voulons une Europe démocratique, étant donné qu’il ne peut pas y avoir de démocratie représentative s’il n’y a pas de parti. Penser que les partis nationaux puissent devenir « européens » par simple association en occasion des élections Européens s’est démontré une illusion. Au même temps, la proposition de la Commission visant à améliorer la capacité des partis politiques européens à représenter les citoyens de l’UE n’est pas encore assez ambitieuse.

    C’est pour achever la création d’une vrais sphère politique européen que nous travaillons au sein du European Federalist Party/Parti Fédéraliste Européen , un vrais parti politique Européen représenté dans 10 pays de l’Union Européen et aussi en Asie et Amérique du Nord.

    Je vous invite á visiter notre site internet et notre page Facebook pour plus d’information.

    Amitiés fédéralistes

    —  Pietro De Matteis, PhD (Cantab) Co-President European Federalist Party

  • Le 16 octobre 2012 à 17:53, par JDEM En réponse à : Plaidoyer pour de vrais partis européens

    Congrès du Parti démocrate Européen à Chypre ce week-end avec François Bayrou, Francesco Rutelli (et peut-être même le futur premier ministre lituanien Viktor Uspaskich).

  • Le 16 octobre 2012 à 22:28, par Julien-223 En réponse à : Plaidoyer pour de vrais partis européens

    « (et peut-être même le futur premier ministre lituanien Viktor Uspaskich). »

    Je croyais que le Darbo Partija était sorti du Parti démocrate européen en mai ?

  • Le 13 novembre 2012 à 09:05, par Pierre Dieumegard En réponse à : Plaidoyer pour de vrais partis européens

    Effectivement, pour promouvoir une politique européenne, il faut des partis européens, de droite ou de gauche, fédéralistes ou non.

    Je me permets de signaler quand même qu’en dehors du parti fédéraliste européen, il existe Europe-Démocratie-Espéranto, qui agit aussi fondamentalement au niveau de l’Europe, et qui ne présente de candidats qu’aux élections européennes (voir http://www.e-d-e.org/). Même si c’est un groupuscule dont le nombre de voix est ridicule par rapport aux grands partis traditionnels, EDE met en évidence une difficulté fondamentale de la démocratie européenne : la multitude des langues. Comment être « unie dans la diversité » lorsque les discours des uns sont incompréhensibles par les autres ?

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