
Il est ainsi presque déconcertant de comparer les programmes présentés par les deux principales coalitions pour les élections politiques italiennes du 9 et 10 avril 2006.
D’un côté « l’Unione » (la coalition de gauche, menée par Romano Prodi) de l’autre, la « Casa delle Libertà » (la coalition de droite) avec - à sa tête - le Premier ministre actuel : Silvio Berlusconi.
D’un côté, une prise de conscience de l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui l’Europe et la recherche de solutions pour vraiment l’en sortir… De l’autre, un silence embarrassant et une accusation à peine voilée faite à l’euro : monnaie unique désignée comme responsable principale de l’actuel marasme économique italien.
Pour l’« Unione » : « Pour l’Europe : en avant, toutes ! »
Alors évidemment, s’il fallait choisir (en ayant en tête les seuls intérêts européens…) le choix serait facile.
Le programme de l’« Unione » est convaincant. Très convainquant même, lorsqu’il affirme que « La politique européenne de l’Italie doit s’inspirer des valeurs qui sont à l’origine du dessein pour une Europe fédérale, forte et unie ». Aujourd’hui, face aux changements radicaux de l’ordre international « l’Europe n’est pas une partie du problème : c’est sa principale solution. »
La relance du processus constitutionnel européen est au cœur du programme de la gauche italienne. Son « plan » s’articulant en quatre phases. Quatre phases durant lesquelles l’Italie s’emploierait à retrouver, au sein de l’UE, sa fonction aujourd’hui perdue d’État catalyseur pouvant rendre possible la mise en place d’accords politiques ambitieux et de consensus forts entre petits et grands Etats.
Première phase (2006/2007) : il s’agirait là - durant la « période de réflexion » - de dire « Non au statu quo, non au Traité de Nice » et de démontrer la nécessité d’une profonde réforme institutionnelle. Ainsi que de présenter des propositions concrètes de réformes au Conseil européen de Juin 2006.
Deuxième phase (2007/2009) : il s’agirait de relancer le processus constituant en ayant pour objectif final en vue que l’Europe se dote d’une Constitution.
Troisième phase (horizon 2009) : il s’agirait de faire en sorte que cette Constitution soit soumise au vote populaire, via un referendum pan-européen, à l’occasion des élections européenne de 2009.
En attendant il est proposé que l’Europe adopte - grâce à un accord inter-institutionnel - la partie « Vie démocratique » de l’actuel Traité constitutionnel européen (ainsi que toutes les dispositions touchant au rôle des Parlements nationaux).
Sur le plan économique le programme de l’Unione en appelle aussi aux coopération renforcées ouvertes : notamment autour de la zone euro (afin d’améliorer la gouvernance économique européenne…) en agissant sur les politiques fiscales et sociales des Etats concernés. Ce sont là quelques-unes des propositions les plus intéressantes contenues dans le programme de l’Unione.
Ce qui surprend le lecteur, davantage encore que la force des propositions, c’est le credo qui les sous-tend : la gauche italienne ne croyant décidément pas à la thèse selon laquelle l’intégration européenne mine les acquis sociaux (ou qu’elle soit responsable de la crise qui secoue aujourd’hui l’Europe…).
Certes, il est plus aisé pour elle de rejeter la faute sur le gouvernement actuel que sur l’Union européenne (qui fut « gouvernée » pendant cinq ans par son actuel champion…). Néanmoins, le long programme de la gauche italienne ne se limite pas à disculper l’Union européenne de toute responsabilité : il présente l’intégration européenne comme la seule solution aux problèmes posés, ainsi que la relance de l’intégration politique comme le préalable à toute évolution ultérieure.
Pour la « Casa della Libertà », un seul coupable : l’euro !
Évidemment, on est loin de ce type d’analyse lorsqu’il s’agit de regarder le programme de la « Casa delle Libertà ». Programme dans lequel l’Europe n’est tout simplement… pas au programme ! Sauf à seul titre d’introduction, afin d’attribuer à la mise en place mal gouvernée de l’euro toutes les difficultés qui ont frappé l’économie et les consommateurs italiens depuis lors.
Se dédouaner en pointant l’Europe du doigt et finalement faire bien peu de cas des difficultés actuelles (qui permettent finalement de ne pas fissurer une coalition très disparate et déjà divisée lorsqu’il s’agit de seulement parler d’Europe…) : voila donc le credo européen de la droite italienne.
Mais que fallait-il attendre de plus de la part d’une coalition qui n’a eu de cesse de renier l’héritage européen de l’Italie ? Que fallait-il attendre d’un Premier ministre qui, devenu président du Conseil européen, avait décidé d’insulter publiquement le représentant du Parti Socialiste Européen, Martin Schultz, en le traitant de « Kapo », dans l’enceinte du Parlement européen ? Que fallait-il espérer d’un gouvernement qui s’est acharné, après l’avoir supporté dans ses rangs quelques années, à proposer Rocco Buttiglione au poste de Commissaire européen pour remplacer un Mario Monti pourtant unanimement apprécié de ses pairs pour ses qualités et son indépendance.
Vous voulez relancer l’intégration européenne ? Votez Unione !
Il est peut être navrant d’en arriver à une telle conclusion après une analyse qui se voulait neutre de deux programmes politiques. Mais, décidément, le choix italien, même s’il ne porte guère ici que sur un programme (qui comme tous les programmes a vocation à être plus ou moins oublié le lendemain des élections…) est un choix somme toute assez facile à faire : d’un côté, le choix de l’Europe… De l’autre, le choix du populisme.
Les effets du berlusconisme ont été dramatiques, tant sur l’économie que sur la structure même de la société italienne. Mais c’est peut être au niveau de la représentation politique que le phénomène Berlusconi a provoqué le plus de ravage. Avec une droite inexistante derrière le Cavaliere et un Prodi européen à la tête d’une coalition fragile, l’électeur européen, de gauche ou de droite, n’a guère le choix et un seul moyen d’expression : l’Union.





