Carton rouge : Laurent Wauquiez joue à l’europhobe

, par Vincent Doillet

Carton rouge : Laurent Wauquiez joue à l'europhobe
Laurent Wauquiez est candidat à la présidence du parti Les Républicains. CC - UMP Photos

Invité à réagir aux propositions du Président de la République pour l’Europe, Laurent Wauquiez a inventé de toute pièces une prétendue critique d’Angela Merkel à l’encontre d’Emmanuel Macron. L’homme à la parka rouge n’en est pas à son premier coup d’essai et est un récidiviste de l’europhobie primaire. Pour notre rédacteur Vincent Doillet, ses propos sont symptomatiques de la rupture avec l’Europe d’une partie de la droite française.

En ces temps de refondation de la droite française, un homme semble émerger au milieu des décombres laissés par la précédente génération. Son nom : Laurent Wauquiez. L’homme à la parka rouge et à la chevelure poivre et sel fut un temps, certes très bref, ministre des affaires européennes sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Cela nous donne donc deux bonnes raisons de nous intéresser aux convictions de l’homme du Puy-en-Velay. Celui-ci veut s’imposer en tant que premier opposant à Emmanuel Macron. Cela justifie-t-il pour autant d’inventer une réaction hostile d’Angela Merkel au discours du Président Français à la Sorbonne ? [1] A l’évidence, pour Laurent Wauquiez, qui a parfaitement assimilé la formule de François Mitterrand pour qui la démocratie est « le droit institutionnel de dire des bêtises », la fin justifie les moyens, même les plus minables.

L’homme qui voulait « tout changer »

En 2014, celui qui était alors député UMP a commis un livre intitulé « Europe, il faut tout changer ». Dans ce brulot, il dénonçait pêle-mêle « l’arnaque d’Erasmus », la « passoire de Schengen » ou bien encore une Union à 6, excluant de facto 13 membres de la zone euro. [2] Une telle proposition pourrait faire sourire quand on sait qu’il est impossible d’exclure un Etat de la zone euro sans son consentement. Et d’ailleurs, comment expliquer aux Estoniens, Finlandais ou Slovènes, qui ont accepté bien des efforts pour accéder à la monnaie unique, qu’ils doivent en partir pour satisfaire au bon vouloir du tempétueux auvergnat ? Certes, de nombreux fédéralistes préconisent une Europe à plusieurs vitesses dont le noyau dur serait la zone euro mais celle-ci doit être prise en compte dans son entièreté. L’Europe qui exclut, ce serait donc là le rêve de Laurent Wauquiez ?

Quand Wauquiez copie sur les europhobes

Le mythe du plombier polonais a la vie dure… Si dure que le Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a tenté de faire appliquer une « clause Molière » dans la construction, qui impose aux ouvriers de parler français. [3] Une personne honnête intellectuellement ne peut qu’être atterrée par la bêtise d’une telle invention. Imaginons un instant la Finlande imposer le fait de parler finnois sur le chantier de l’EPR aux ouvriers français. On imagine aisément notre homme s’indigner de l’atteinte aux droits des français. Cette décision, non seulement sans fondement pratique, a été fort justement jugée illégale par le Préfet qui l’a estimée contraire aux textes européens. Le Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes n’en n’a eu cure et a maintenu son texte. Cet épisode est révélateur de l’attitude générale de Laurent Wauquiez à l’égard de l’Union européenne et des libertés fondamentales reconnues dans les textes depuis les origines de la construction européenne.

De tels discours s’inscrivent dans le cadre général d’une droite française qui semble renouer avec les grandes heures de l’appel de Cochin lancé en 1978 par Jacques Chirac. Ce dernier fustigeait la soumission du gouvernement français à « Bruxelles » et des intérêts français à l’ancêtre de l’Union européenne.

Les Républicains et l’Europe : la rupture ?

La droite française paraît revenue quarante ans en arrière dans son ensemble. En effet, parmi les autres candidats à la présidence du parti Les Républicains, citons Florence Portelli qui affirme que les jurisprudences du Conseil d’Etat notamment, ont tué la souveraineté française et fustige le fonctionnement bureaucratique de l’UE [4], reprenant par là-même les antiennes des plus europhobes. Plus souverainiste encore, citons Julien Aubert, député du Vaucluse, qui souhaite quant à lui inscrire dans la Constitution la primauté du droit français sur le droit européen. Le candidat à la présidence de son parti fait ainsi un magnifique bras d’honneur à cinquante ans de jurisprudence européenne et française, feignant d’ignorer que le Conseil d’Etat considère toujours la Constitution comme norme suprême. [5]

De tels « responsables » politiques ne peuvent que nous rendre inquiets face à la ligne politique de l’un des principaux partis politiques français et membre du Parti Populaire Européen, aujourd’hui majoritaire au Parlement européen. Souhaitons tout même bonne chance aux candidatures de Laurence Saillet et Maël de Calan qui revendiquent le fait d’incarner une droite ouverte et européenne, à mille lieues du souverainisme populiste de Madame Portelli et de Messieurs Wauquiez et Aubert qui profitent d’une porosité de plus en plus évidente entre le noyau dur de Les Républicains et les partis europhobes.

Vos commentaires

  • Le 5 octobre à 11:49, par Bernard Giroud En réponse à : Carton rouge : Laurent Wauquiez joue à l’europhobe

    Il est quand même curieux que nombre de nos hommes politiques,ces élus qui souhaitent nous représenter et préserver nos intérêts soient obtus à ce point. Piètre niveau, manquant à ce point d’imagination et de vision réaliste, charpentée et logique.. Il est probable que la raison primordiale, c’est qu’ils se sentent trop faibles pour ne viser avant tout qu’une élection rapide, taraudés par la peur de disparaitre, insignifiants. Mais qu’est-ce qui est le plus insignifiant, sinon d’aller devant ses semblables, exacerber leurs rancœurs et leurs incompréhensions. Le haut de l’affiche nous montre alors,un rétropédaleur, plutôt qu’un conciliateur-inventeur.

    Inventer, pour tous, veut dire mieux vivre et avancer au moyen d’une logique calculée qu’un bon élu devrait apprendre à maitriser avec les autres acteurs de son niveau sans complexe, ni arrogance. Les fondamentaux spirituels sont tous là pour qui les comprend bien.

    Bien sur que l’on ne peut accepter longtemps que l’Allemagne enfonce à ce point la limite tolérable du pourcentage d’exportation recommandée, sans laisser de la place au voisin ; C’est exact. Mais pour cela , je le répète, il faut agir à la hauteur, au bon niveau être capable d’en discuter et hausser le niveau du dialogue, de la volonté et de la résolution, aux véritables décideurs ; Il y faut donc concertation et mise en cause des véritables parties prenantes ;

    Dans cette discussion , cette confrontation, il faut ètre capable de garder la tète froide, et avoir le souci de l’intérêt réel à cours, moyen et long terme de chaque partie. C’est là qu’évidemment on reconnait la capacité et l’envergure de celui qui se veut responsable, respectueux visionnaire de la démarche commune à la dimension qu’il faut.

    Les événements qui surgissent en d’autres lieux, sur d’autres parties du territoire européen nous montre à quel point nous avons besoin de gens de valeur, de hauteur de vue, optimistes et prudents à la fois.

    Nous tous, alors, corps social acteur, pourrions retrouver pleine confiance en la suite.

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