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Comment l’idée européenne a été dévoyée

, par Ferghane Azihari

La légitimité de la construction européenne ne réside pas, comme l’affirme la majorité des pro-européens, dans l’impuissance des États-nations qu’il faudrait combler à l’échelle continentale. Elle réside au contraire dans la nécessité de combattre ces formes de pouvoir qui agressent les libertés individuelles. En ce sens, force est de constater que la bureaucratie européenne n’incarne plus l’idéal européen.

Barroso a douché à plusieurs reprises les espoirs des indépendantistes écossais ou catalans. - © European Union 2011 PE-EP/Pietro Naj-Oleari

Auteurs

Pourquoi l’intégration du continent européen ?

Les pro-européens répondent généralement à cette question en rappelant à quel point la mondialisation aurait altéré la consistance des souverainetés nationales. L’intégration européenne serait donc un moyen de retrouver à l’échelle du continent le pouvoir politique que les États ont perdu à leur échelle. Ces derniers ne seraient plus capables de satisfaire les impératifs de régulation de la vie collective pour mettre en œuvre une certaine forme de justice sociale. Ils seraient totalement dépassés par certains phénomènes économiques tels que l’hégémonie des structures multinationales privées.

Le problème de ce discours tient à ce qu’il est aux antipodes de la pensée des pères fondateurs et qu’il prend à contrepieds la réalité autour de cet objet politique qu’est l’État-nation.

Retour aux sources : Le Manifeste de Ventotene

« La civilisation moderne a posé comme fondement le principe de la liberté, en vertu duquel l’homme ne doit pas être un simple instrument pour autrui mais un centre autonome de vie. Sur cette base, on a instruit un grandiose procès historique à l’encontre de tous les aspects de la vie sociale soupçonnés de ne pas s’y conformer ».

C’est en prison que Spinelli, Eugenio Colorni et Ernesto Rossi écrivent ces mots qui constituent le premier paragraphe d’un manifeste aux ardeurs révolutionnaires pour une « Europe libre et unie ». Lorsque ces derniers appellent à l’unité de l’Europe, ce n’est pas parce qu’ils considèrent que les États-nations sont devenus impuissants. Au contraire. Le manifeste dénonce avec son vocabulaire particulier la soif de pouvoir des institutions nationales, lesquelles porteraient en elles les germes de « l’impérialisme capitaliste » [1]. La puissance publique européenne est envisagée comme un moyen possible pour dépasser et déconstruire ces formes de pouvoir devenues de véritables outils d’oppression des peuples.

Le mythe de l’impuissance des États-nations

La soi-disant impuissance des États-nations ne constitue ni plus ni moins qu’un mythe en décalage avec les réalités sociales et politiques. Ces derniers n’ont jamais été aussi puissants et intrusifs. Quand une population comme les Français vit sous l’empire de près de onze mille lois – dont certaines dépassent les deux cents pages – et de cent trente mille décrets, on ne peut pas parler d’impuissance de l’État-nation sans frôler le ridicule et ce, d’autant plus quand certains États captent plus de la moitié des richesses produites par le pays. Les puissances publiques sont paradoxalement considérées comme des contre-pouvoirs vis-à-vis des acteurs économiques dominants quand elles ne sont en réalité que les pantins de ces derniers. Autant de considérations qui infirment les constats qui, selon la plupart des pro-européens, fondent la justification de l’Union européenne.

L’Union européenne s’est détournée de ses objectifs

L’idéal de déconstruction des États-nations a été confié à une institution contrôlée par ces mêmes États. Sans surprise, il ne faut pas attendre très longtemps avant de voir cet objet dévoyé. L’Union européenne n’affaiblit pas les États. Elle les renforce en reproduisant à l’échelle continentale le même capitalisme de connivence qui caractérise les instances nationales. De la politique agricole commune à la règlementation financière en passant par le commerce international, l’Union ne sait rien faire d’autre que rajouter des barrières au profit des élites établies quand son rôle devrait au contraire consister à promouvoir leur abolition.

Ces politiques corporatistes ne sont-elles pas le reflet de la structure intergouvernementale de l’Union ? On pourrait en effet émettre l’hypothèse selon laquelle une Europe fédérale aurait plus intérêt à abolir les barrières nationales qu’une Europe intergouvernementale. Cependant, force est de constater que si certains processus décisionnels sont fédéralisés, ce n’est pas pour autant qu’ils servent forcément les libertés individuelles. Si l’on prend l’exemple du débat sur le rapport Réda, force est de constater que la principale instance transnationale qu’est le Parlement européen n’est pas nécessairement disposée à uniformiser la lutte contre les rentes de situation artificielles à l’échelle continentale.

Que faut-il attendre des institutions européennes au regard de la protection des libertés individuelles ?

Pas grand chose même si paradoxalement, un retour à la pleine compétence des États-nations serait probablement catastrophique. Il y a toutefois un domaine dans lequel l’Union européenne semble faire son travail malgré elle. Elle reste une formidable force d’attraction vis-à-vis des régionalismes et des indépendantismes, lesquelles constituent sans doute un des leviers les plus puissants pour déconstruire les instances nationales. « Malgré elle », en effet, puisque ces régionalismes ont beau être attirés par la structure institutionnelle de l’Union, a priori plus respectueuse de la diversité des revendications sociales que le centralisme des États, ils ne cessent néanmoins d’être découragés par le discours officiel bruxellois, ouvertement hostile à l’éclatement des « vieilles nations ». Rien d’étonnant quand la bureaucratie européenne reste malgré tout à la solde des États-membres.

Voir en ligne : Photo : CC

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Notes

[1Comprendre par là le capitalisme de connivence

Vos commentaires

  • Le 11 mai 2015 à 19:22, par Mathieu Henceval En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    Très bon article ! Cependant, la puissance des Etats-nations n’est’elle pas de plus en plus artificielle (même si l’Etat produit 11000 lois). Intrusif : oui, mais puissant ? Dans 20 ans, quel Etat membre de l’UE sera encore dans le G8 ?

    Le problème est que le message d’une « Europe, continent en paix » ne semble plus faire recette auprès les jeunes générations d’européens. Pascal Lamy écrit « La mémoire d’un passé, si atroce fut’il, ne fait pas un avenir ». Sans oublier que la paix n’est jamais acquise pour toujours, nous devons réinventer le message européen. Je crois que seule une Europe fédérale sera capable de relever les plus grands défis : civiliser la mondialisation et défendre les valeurs et acquis européens, lutter contre le changement climatique....

  • Le 12 mai 2015 à 00:57, par El gaucho francés En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    Tout d’abord, je vous rejoins pour dire qu’il est faux de penser que « faire l’europe » servrait à être plus gros dans le but d’être plus prospère car il n’existe strictement aucune corrélation entre la superficie d’un pays et sa prospérité (http://hpics.li/607e6c2).

    « La puissance publique européenne est envisagée comme un moyen possible pour dépasser et déconstruire ces formes de pouvoir devenues de véritables outils d’oppression des peuples. » Sur ce point, je suis en désaccord. Je vous invite à regarder ça : (https://youtu.be/1Atyvt9TlcQ?t=75 entre 01:15 et01:39) où on apprend que Jeam Monnet considérait les peuples comme facteurs de guerre et qu’il fallait donc leur enlever tout pouvoir.

    « L’Union européenne n’affaiblit pas les États. » le principe à la base de l’UE est justement de transférer des pouvoirs hors del’échelon nationale. C’est donc faux de dire que l’UE n’affaiblit pas les Etats. Pour rappel, voici les pouvoir transférés à l’UE : http://ec.europa.eu/citizens-initiative/public/competences/faq?lg=fr

    « l’Union ne sait rien faire d’autre que rajouter des barrières au profit des élites établies » La raison en est simple : comme l’UE doit tenir compte de 28 intérêts nationaux dvergents (rien que ça !), elle ne peut en satisfaire aucun. Comme la politique a horreur du vide, ce sont les lobbys qui s’y mettent : http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/05/07/bruxelles-les-lobbies-a-la-man-uvre_4412747_4350146.html

    Plus généralement, concernant les libertés publiues, je vous invite à regarder cette vidéo : https://youtu.be/AJD8k-FPeRc

    @Mathieu Henceval : N’est-ce pas une bonne chose ? Je ne trouve pas très sain que des gens acquiescent à un projet uniquement parce qu’ils ont peur.

  • Le 12 mai 2015 à 11:16, par Alexandre Marin En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    @El gaucho francés

    Il ne s’agit pas dire parce qu’on est plus gros, on est plus fort. On parle simplement du constat que les Etats-nations n’ont plus les moyens d’exercer leurs souverainetés nationales respectives et de peser sur les affaires du monde comme elles le faisaient autrefois. Notre puissance militaire est inexistante car notre armement n’a pas changé depuis les années 1970. Notre puissance diplomatique est un vestige et les atouts qui constituent notre puissance (comme le siège de sécurité au conseil de sécurité des Nations Unies) correspondent à des réalités de 1945 qui ont bien changé avec l’arrivée des pays émergents. La mondialisation impose à l’Europe de s’unir pour reconquérir la souveraineté perdue par les nations, en matière fiscale, sociale, industrielle, écologique, énergétique, de lutte contre la fraude et la criminalité transnationale, etc.

    Sur le deuxième point : Marie-France Garaud n’est pas une source fiable, et ses opinions sur Jean Monnet sont d’une objectivité très douteuse. Elles s’appuient sur des archives hypothétiques qui auraient été ouvertes, et qui dévoileraient un grand complot, sans que celui qui prétendait les avoir étudiées ait pu fournir le moindre document prouvant ses dires. Puis, à supposer qu’il l’ait dit, et pensé (ce qui reste à démontrer), les institutions européennes n’ont pas pris comme parole d’évangile tous les dires de Jean Monnet.

    Non l’UE n’affaiblit pas les Etats, car les pouvoirs transférés hors de l’échelon national s’exercent par des décisions qui doivent être approuvées par la majorité qualifiée des Etats, quand ce n’est pas l’unanimité comme en matière diplomatique.

  • Le 12 mai 2015 à 11:18, par Alexandre Marin En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    Quant à votre quatrième paragraphe, il part du principe que la France ne devrait satisfaire qu’un intérêt, et que donc les lobbies y seraient absents. J’ajoute que la France a failli faire capoter le mécanisme d’union bancaire à cause des lobbies bancaires qui ont fait pression sur l’exécutif français (ce qui montre que l’Europe ultra-libérale face à l’Etat-providence n’est qu’un cliché). Les lobbies ne comprennent pas que les grosses entreprises, il y a aussi les associations de consommateurs, les ONG, etc. Il est important de s’enquérir des différents points de vue des acteurs du milieu que l’on veut légiférer. Le problème, ce ne sont pas les lobbies, ce sont leur gestion,et leur transparence. En France, on a choisi de faire comme s’ils n’existaient pas. Résultat, on ferme les yeux sur les phénomènes d’influence et sur les conflits d’intérêt. En Europe, on a choisi de les reconnaître pour les encadrer. Le résultat n’est toutefois pas parfait, loin de là. Les négociations sur le TAFTA par exemple sont ouvertes au lobbies des grandes entreprises, mais pas aux associations qui représentent le reste de la société civile.

    Mais toutes les normes de protection des consommateurs de protection de la concurrence entre les entreprises, ou d’investissement dans la recherche viennent de l’U.E, secteurs capitaux de nos vies quotidiennes dans lesquels les Etats-nations s’étaient largement désinvestis au profit de grandes entreprises nationales, plus soucieuses de leurs intérêts que de ceux de leurs compatriotes.

  • Le 14 mai 2015 à 18:08, par El gaucho francés En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    « Etats-nations n’ont plus les moyens d’exercer leurs souverainetés nationales respectives et de peser sur les affaires du monde comme elles le faisaient autrefois. »Je ne vois pas pourquoi, la suisse y arrive bien.

    « Notre puissance militaire est inexistante car notre armement n’a pas changé depuis les années 1970. » Cela est dû à un choix délibéré de détruire notre puissance millitaire. (et encore, pour la France, ça va mais d’autres sont totalement démillitarisés) Surtout, nous avons décidé de nous soumettre à l’oTAN. Je rappelle le paragraphe 2 de l’article 42 du TUE : "2. La politique de sécurité et de défense commune inclut la définition progressive d’une politique de défense commune de l’Union. Elle conduira à une défense commune, dès lors que le Conseil européen, statuant à l’unanimité, en aura décidé ainsi. Il recommande, dans ce cas, aux États membres d’adopter une décision dans ce sens conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. La politique de l’Union au sens de la présente section n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre." Pour plus de précision, je vous enjoins à regarder cet interview de Regis Chamagne, ancien colonel de l’armée de l’air et récompensé en stratégie aérienne : https://youtu.be/9yFiMFHMWI0

    Pour la puissance diplomatique, c’est aussi délibéré. Par exemple, sur la francophonie, je rappelerai que : _Sarkozy a défendu une vision racialiste du monde dans son discours de Dakar _que lors du sommet de 2008 au québec, il n’avait passé que quelques heures, à la consternation de l’ensemble des pays de la francophonie, pour aller faire le beau devant son maître américain. _Beaucoup de pays non francophones ont été admis (Arménie, Quatar,...), ce qui a détruit l’idée même de solidarité francophone. _la loi Fioraso permet à des établissement français de faire leurs cours entièrement en anglais. _que la francophonie est maintenant dirigée par l’ex représentante de la Reine d’angleterre ! _...

  • Le 14 mai 2015 à 18:09, par El gaucho francés En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    « La mondialisation impose à l’Europe de s’unir pour reconquérir la souveraineté perdue par les nations, en matière fiscale, sociale, industrielle, écologique, énergétique, de lutte contre la fraude et la criminalité transnationale, etc. » Ce que tu appelles la mondialisation, ce sont des ouvertures asymétriques, c’est à dire que les pays tiers n’ont pas accepté les ouvertures auxquelles, nous, nous avons consenti. Et cela nous a été imposé par ... l’UE : _article 32 du TFUE _article 63 du TFUE _accord de Marakech (je précise que seul l’UE est présente à l’OMC) De plus, être souverain à plusieurs ne veut strictement rien dire : si l’on doit demander l’avis à un tiers, on est pas libre de disposer de soi-même.

    « Elles s’appuient sur des archives hypothétiques qui auraient été ouvertes, et qui dévoileraient un grand complot, sans que celui qui prétendait les avoir étudiées ait pu fournir le moindre document prouvant ses dires » Tu accuses donc Mme Garaud d’être complotiste ?! A cela je te dirais : _Mme Garaud a été ministre, elle connaît donc les arcanes du pouvoir _Jean Quatremer, dans la suite de la vidéo, confirme ses dires _Tous ceux qui ont étudié l’histoire de la construction européenne le savent. Ex : http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/1356047/Euro-federalists-financed-by-US-spy-chiefs.html _des très pro-européens l’ont dit : ex Tommaso PADOA-SCHIOPPA, Ministre de l’Economie et des Finances italien (2006-2008), ancien membre du directoire de la Banque Centrale Européenne et Président du think-tank Notre Europe « La construction européenne est une révolution, même si les révolutionnaires ne sont pas des conspirateurs blêmes et maigres, mais des employés, des fonctionnaires, des banquiers et des professeurs »(…)« L’Europe s’est formée en pleine légitimité institutionnelle. Mais elle ne procède pas d’un mouvement démocratique »(…)« Entre les deux pôles du consensus populaire et du leadership de quelques gouvernants, l’Europe s’est faite en suivant une méthode que l’on pourrait définir du terme de despotisme éclairé. » _...

  • Le 14 mai 2015 à 18:09, par El gaucho francés En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    « Non l’UE n’affaiblit pas les Etats, car les pouvoirs transférés hors de l’échelon national s’exercent par des décisions qui doivent être approuvées par la majorité qualifiée des Etats, quand ce n’est pas l’unanimité comme en matière diplomatique. » 1) si c’est à la majorité, les états minoritaires voient des décisions imposées contre l’avis du peuple. 2) Je t’invite à re-regarder la répartion des pouvoirs :http://ec.europa.eu/citizens-initiative/public/competences/faq?lg=fr a) pour les compétences exclusives, les institutions communautaires décident seules b) pour les compétences partagées, elles ont le derniers mots, on ne peut donc pas dire que les états ont le pouvoir.

    Pour le lobbyisme, je pense personnellement que la représentation nationale, comme son nom l’indique, doit représenter le peuple. En conséquence, aucune institution ne devrait avoir le droit d’essayer qu’il travaillent à leur intérêt propre. (c’est d’ailleurs l’article 3 de la Déclaration des Droit de l’homme et du citoyen) Mais je ne suis pas naïf, je sais que ça existe en France. Cependant, dans ce cas-là, l’intérêt national fait contrepoids, ce qui n’est pas vrai dans le cas de l’UE.

    « Mais toutes les normes de protection des consommateurs de protection de la concurrence entre les entreprises, ou d’investissement dans la recherche viennent de l’U.E, secteurs capitaux de nos vies quotidiennes dans lesquels les Etats-nations s’étaient largement désinvestis au profit de grandes entreprises nationales, plus soucieuses de leurs intérêts que de ceux de leurs compatriotes. » C’est normal, les compétences transférées à l’UE soit interdisent aux Etats d’agir, soit compliquent énormément leur action. (relis ça :http://ec.europa.eu/citizens-initiative/public/competences/faq?lg=fr) Tout ce qui est pris au niveau communautaire,je ne vois pas ce qui empêcherait les Etats de le prendre.

  • Le 15 mai 2015 à 11:29, par Alexandre Marin En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    « Je ne vois pas pourquoi, la suisse y arrive bien ».

    La Suisse n’est pas souveraine. Même si elle jouit d’une influence culturelle indéniable, qu’elle a un modèle politique original, et une certaine tradition diplomatique, elle n’a pas de réel poids politique. C’est pourquoi, elle a du céder sur le terrain bancaire, par exemple, face aux pays européens. Qui plus est, économiquement, elle est soumise aux règles européennes puisque la grande majorité de son commerce se fait avec l’U.E, et elle a toutes les difficultés du monde à essayer de négocier pour que l’Europe maintienne ses relations commerciales avec elle après la votation de févirer 2014 sur la libre circulation des Européens en Suisse, ce qui conduit à des difficultés économiques importantes.

    Quant à la défense, c’est le deuxième plus gros budget de la France après l’éducation. Et pourtant, malgré les efforts financiers déployés,il n’y a toujours pas assez de moyens pour se moderniser, comme le font les pays qui disposent d’un budget militaire important, comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine ou l’Inde, alors que d’autres problèmes politiques, économiques, et sociaux appellent des investissements importants. C’est pourquoi, plutôt que de consacrer un budget militaire important, mais pas assez conséquent pour moderniser notre armée, on a tout intérêt à mettre en commun au niveau européen notre effort militaire, à la fois pour faire des économies, pour avoir une armée moderne et efficace, et pour ne pas que l’O.T.A.N soit dirigée exclusivement par les Etats-Unis.

    Quant à la puissance diplomatique, la francophonie est le seul exemple de rayonnement diplomatique de la France dans le monde. C’est pourquoi, je pense que même dans une Europe diplomatique, elle devrait continuer à être compétente pour passer des accords culturels et dans le cadre de la Francophonie (idem pour d’autres pays comme l’Espagne pour l’Hispanophonie). Le Québec est compétent dans ces domaines, pourquoi pas la France ? Mais pour le reste, la France a perdu son influence diplomatique en 1940. Certes, en 1945, elle était la cinquième puissance mondiale, mais loin derrière les Etats-Unis et l’URSS. Le constat de l’impuissance du Royaume-Uni et de la France était définitif lors de la nationalisation du Canal de Suez et de la décolonisation, au milieu du XX° siècle. Donc, pas de volonté délibérée de s’anéantir.

  • Le 15 mai 2015 à 11:50, par Alexandre Marin En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    « Ce que tu appelles la mondialisation, ce sont des ouvertures asymétriques, c’est à dire que les pays tiers n’ont pas accepté les ouvertures auxquelles, nous, nous avons consenti. Et cela nous a été imposé par ... l’UE : _article 32 du TFUE _article 63 du TFUE _accord de Marakech (je précise que seul l’UE est présente à l’OMC) ».

    L’UE est certes seule présent à l’OMC, mais les conventions qu’elle signe sont soumis à l’accord de l’unanimité des Etats-membres. Donc, l’UE ne nous impose rien. Les Etats-nations européens seuls ont le choix de s’isoler économiquement ou d’accepter des ouvertures que d’autres Etats plus puissants pourraient ne pas accepter. Alors que si l’UE refuse certaines conventions, du fait de son poids économique considérable, ces conventions perdraient toutes raison d’être. En matière économique, une Europe souveraine serait un leader économique, dont le rôle serait prépondérant. Si les Etats-nations décident seuls, ils seront condamnés à suivre le pas imposé par les Etats-Unis et les pays émergents.

    Il ne s’agit pas d’être souverain à plusieurs. Il s’agit de rendre l’Union européenne souveraine, en faisant élire ses dirigeants par suffrage universel direct ou indirect (via les élections pour le Parlement européen). Ses dirigeants prendraient des décisions sans attendre une décision unanime des 28 pays, mais en fonction de l’accord d’une majorité de députés (représentant les citoyens), et de sénateurs (représentant les Etats), élus par les citoyens.

    Pour ce qui est de Marie-France Garaud, elle s’appuie sur un article dont l’auteur prétend avoir trouvé la preuve que l’U.E était un complot des USA. Donc, il s’agit de « complotisme ». Or, l’auteur ne fournit aucun des documents qu’il prétend avoir trouvé dans des archives, pourtant ouvertes. Il a dit avoir trouvé des preuves, mais ne les a pas produites. Marie-France Garaud a certes été ministre, mais si tous nos ministres étaient des surdoués, ça se saurait. Quant à ce qu’a dit M.Padoa sur le « despotisme éclairé », le traité de Rome a été adopté en 1957 par référendum, tout comme le traité de Maastricht.

  • Le 15 mai 2015 à 12:14, par Alexandre Marin En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    « Je t’invite à re-regarder la répartion des pouvoirs :http://ec.europa.eu/citizens-initiative/public/competences/faq?lg=fr a) pour les compétences exclusives, les institutions communautaires décident seules b) pour les compétences partagées, elles ont le derniers mots, on ne peut donc pas dire que les états ont le pouvoir. »

    Certes, mais les institutions européennes les plus importantes sont intergouvernementales, et tranchent à l’unanimité des Etats pour les questions importantes. Donc ces institutions exercent leurs compétences partagées et exclusives sous le contrôle de la totalité des Etats.

    Pour le lobbyisme, l’intérêt national ne fait pas davantage contrepoids au sein de la représentation nationale qu’à la représentation européenne, qui défend l’intérêt général des citoyens européens. D’ailleurs, sans l’Europe, les multi-nationales auraient des moyens de chantage puissants en menaçant d’isoler la France, ou quelque autre Etat-Nation. Il suffit, pour s’en rendre compte, de constater qu’Amazon en paye pas d’impôts en France, la fiscalité n’étant pas une compétence européenne ce qui nuit considérablement à une concurrence équitable avec nos vendeurs locaux. Idem, l’Irlande a octroyé des avantages considérables à Apple et à d’autres multi-nationales américaines. L’Union européenne est moins exposée à ces menaces dans la mesure où, en tant que première puissance économique mondiale, elle est un marché indispensable aux multi-nationales. Les pressions, qui existent, sont moindres. L’exemple récent est Google qui risque une amende de 6 milliards d’euros pour infraction aux règles européennes de concurrence. En 2004, la commission avait condamné Microsoft a 1 milliard d’euros d’amende pour les mêmes motifs. La France est incapable d’imposer ses propres règles pour les multi-nationales, présentes sur son territoire, comme le montre l’exemple d’Amazon.

    Quant aux règles de protection des consommateurs, la libre circulation impose à l’U.E de légiférer, elle est d’ailleurs l’endroit au monde où les consommateurs sont mieux protégés. Les Etats ne peuvent pas légiférer car les différences entraveraient cette libre circulation. En matière de protection sociale et de retraite, ce sont les Etats qui légifèrent, et c’est un chaos, dont les victimes sont les travailleurs qui ont travaillé et payé leurs impôts dans plusieurs pays européens, et qui se retrouvent avec une toute petite retraite, et parfois privés de toute protection, d’où la nécessité d’une véritable harmonisations sociale pour remédier à cette injustice.

  • Le 24 mai 2015 à 14:10, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Comment l’idée européenne a été dévoyée

    A son tour, se faisant juge du dévoiement par d’autres de l’idée européenne, Ferghane s’approprie cette même idée au nom d’une conception totalisante, et donc réductrice, de la subsidiarité dont il s’est fait le champion. Je lui conseille en effet la lecture d’un récent opus paru en avril dernier intitulé « Un messager pour l’Europe. Plaidoyer contre les nationalismes » (Editions Buchet Castel) du journaliste autrichien Robert MENASSE.

    Un essai décapant, mais très lucide, dont Le Taurillon devrait aussi s’emparer.

    Que nous rappelle ce journaliste engagé, peu suspect d’une quelconque appartenance identitaire germanique avec le grand frère allemand ? que l’objectif initial des pères fondateurs était de « COMMUNAUTARISER LES CADRES DE VIE, mais de DIFFERENCIER LES VIES GRACE A LA SUBSIDIARITE » (p.92).

    Subsidiarité, Ferghane, oui, mais à sa juste place, APRES la mise en place d’un cadre commun.

    Grâce (?) à Sarko, grâce à Cameron, grâce à Merkel, nous avons oublié cela !

    Ne l’oublie pas, Ferghane, tel est notre combat commun et tel est le prix de notre fidélité aux De Gasperi, Monnet, Schuman, Spaak...

    L’idée européenne est trop belle pour être massacrée par des considérations d’arrière - boutique

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