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Des gardes-frontières européens pour répondre à la crise migratoire

, par Clément Lefèvre

Une initiative audacieuse et cohérente de la Commission européenne devrait être une ébauche de solution au marasme ambiant. Elle consiste à contourner l’incapacité générale de fournir une réponse adaptée à la crise des migrants en communautarisant la protection des frontières extérieures pour préserver Schengen. Encore faudrait-il que les Etats membres consentent à partager leur compétence dans ce domaine.

Le Parlement européen pousse les Etats membres a doté l’Union européenne d’un corps de gardes-frontières européens. - maso notarianni (CC/Flickr)

Auteurs

  • Vice-président des Jeunes Européens- Lille métropole, étudiant en droit européen.

L’année 2015 et ce début d’année 2016 ne semblent avoir eu de cesse de faire voler en éclat la solidarité européenne. Un flux migratoire mal géré, impulsé par le tourbillon médiatique à la suite de la mort du petit Aylan, met aujourd’hui en péril les fondamentaux de l’Union. La faute à une succession malheureuse d’événements, à la floraison des replis nationalistes, à un lien fantasmé entre immigration et djihad, et peut être également à un manque de courage politique des dirigeants.

On a coutume de reprocher à l’Europe ce pour quoi elle n’a pas compétence. Dans la crise des réfugiés, les critiques se sont mises à pleuvoir quant à l’inaction de « Bruxelles ». Les instances européennes, et non la ville, ne disposent pourtant d’aucune délégation de compétence relative à la surveillance et la protection des frontières extérieures. Tout au plus, l’agence Frontex incarne les réticences des Etats membres à abandonner cette compétence, en ce qu’elle constitue l’arsenal européen dont relève la matière. Et pour cause, ce nain budgétaire d’environ 240 millions d’euros par an, ne dispose que de quelque 400 agents permanents, auxquels s’ajoutent des forces mobilisables sur la base du volontariat des Etats. Chaque Etat soumis à une déficience grave dans la protection de ses frontières extérieures, et mettant par conséquent en péril l’intégrité de l’espace Schengen, a évidemment tout le loisir de refuser toute intervention.

Des contrôles communs, une idée qui ne date pas d’hier

Devant une telle impuissance, la Commission a déterré une vieille idée, autrefois portée par François Mitterrand et Helmut Kohl : la mutualisation des services de contrôle des frontières extérieures. L’avancée se déclinerait en deux volets, l’un technique et l’autre juridique. Le budget de Frontex serait décuplé pour atteindre 322 millions d’euros. Frontex aurait par ailleurs la possibilité d’agir sans l’assentiment des Etats concernés en cas de déficience grave reconnue dans la protection des frontières extérieures. Avec ce plan, le personnel permanent de Frontex passerait de 400 à 1000 hommes. L’institution d’un corps de gardes-frontières européen pourrait ainsi se révéler être le vecteur d’une application uniforme des standards chers à l’Union, ainsi que de la conduite d’une politique cohérente en matière d’immigration et d’asile. On imagine en effet sans peine les « écarts » perpétrés -entre autres- par les agents hongrois de Viktor Orbán et leur interprétation discutable des droits et libertés individuels.

Bien sûr, les forces dépêchées dans les régions concernées seraient tenues de se conformer à la loi du pays d’accueil et d’obéir aux autorités locales. Mais même en ces conditions, le projet se heurte aux égoïsmes nationaux, comme souvent lorsqu’il s’agit de proposer plus d’Europe aux nations européennes. Là où les bonnets d’âne de la fédéralisation dénoncent un processus anti-démocratique, l’Allemagne ou la France restent prudent en envisageant des interventions « à l’initiative de la Commission, en liaison avec les Etats. »

Cette mesure très certainement bénéfique à l’intégrité du territoire, à préserver ce qu’il reste de l’espace Schengen comme à la santé de l’Union pourrait être décidée au cours de l’année par les vingt-huit États membres. Ce sera l’occasion pour eux d’agir en leaders et penseurs long-termistes, plutôt qu’en une piètre génération d’héritiers des fondateurs de l’Europe.

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P.-S.

Cet article est paru dans l’édition lilloise du Taurillon, le Ch’Taurillon.

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