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L’Europe des corporations : le cas des taxis ?

, par Ferghane Azihari

Malgré les accusations fantaisistes d’une Europe jugée trop libérale, les déboires du transport urbain peer-to-peer dans les États les plus riches du vieux continent montrent que celui-ci n’a aucune culture de la libre-entreprise.

Après de nombreuses protestations de la part des taxis et plusieurs mesures restrictives, le groupe Uber pop a décidé cesser ces activités en Europe après la mises en examen des directeurs d’Uber pop France et d’Uber pop Europe. - Damian Morys CC-BY

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La révolution du peer-to-peer

Comment les taxis sont-ils devenus en Europe, voire dans le monde entier, la caricature du corporatisme primaire ? Après tout, leur monopole ne choquait pas plus que ça jusqu’à très récemment. Cette prise de conscience collective, nous la devons à de multiples entreprises qui opèrent sur le marché des transports en facilitant la rencontre de l’offre et de la demande tout en permettant aux particuliers qualifiés de s’improviser auto-entrepreneurs.

En effet, ceci est permis grâce à l’utilisation des nouvelles technologies qui neutralisent la plupart des coûts d’entrée sur les marchés, ce qui a pour effet immédiat de démocratiser l’entrepreneuriat. Ainsi aujourd’hui, n’importe quel individu détenant une voiture peut librement subvenir à ses besoins en transportant des individus. Librement ? Enfin…pas tout à fait.

Corporatisme primaire et mafia légale

Qu’est-ce qu’une mafia ? Le Larousse se contente de parler d’une « association de malfaiteurs ». La mafia est en effet une organisation criminelle qui n’hésite pas à nuire à autrui en utilisant la violence pour défendre ses intérêts économiques. Maintenant, qu’est-ce qu’un taxi ? Dans la plupart des pays européens, la profession de taxi est protégée par un privilège gouvernemental qui s’appelle la licence.

L’État qui détient le monopole de la violence légale a donc la possibilité de limiter le nombre de professionnels sur ce marché. Ainsi une véritable chasse aux sorcières s’est ouverte contre les particuliers qui osent subvenir pacifiquement à leurs besoins en utilisant une voiture. Du Portugal jusqu’en Allemagne en passant par quelques cantons suisses, les corporations de taxis espèrent toutes instrumentaliser la puissance publique pour nuire aux particuliers, lesquels se voient désormais menacés par des sanctions pénales.

La partie visible de l’iceberg

Si je vous parle de tout ça, c’est pour rendre compte du fait qu’il n’y a aucune différence de nature entre un groupe mafieux et une corporation avide de monopoles qu’elle obtient via l’utilisation de la puissance publique. L’avantage de la corporation tient à ce qu’elle bénéficiera de la légalité et donc de l’appui des autorités quand la mafia stricto sensu sera généralement en confrontation avec le pouvoir politique (quoi que certains penseurs vous diront que persister à criminaliser certaines activités – comme le marché des drogues – revient exactement à protéger les mafieux).

Les taxis sont loin d’être la corporation la plus spoliatrice. Seulement, ce sont ses privilèges qui sont aujourd’hui sous le feu des projecteurs. Mais si ces privilèges sont aussi nuisibles sur un marché aussi anodin que le transport urbain, alors on n’ose pas imaginer ce qu’il en est sur des marchés plus élitistes et plus concentrés (voir par exemple le cas des banques, ou du secteur pharmaceutico-médical).

Du reste, ces distorsions ne sont pas délétères uniquement vis-à-vis de la liberté individuelle. En entravant la démocratisation des circuits de production, elles sont la source d’une injuste répartition des richesses. C’est pourquoi la dé-monopolisation des activités économiques, si elle veut être juste, doit s’inscrire dans un projet global de société. Seulement, est-ce vraiment ce que veulent les élites politiques ?

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