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L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

, par Ferghane Azihari

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Le fait national est incompatible avec le projet européen. Les fédéralistes les plus conservateurs qui s’attachent à le nier font preuve d’une touchante naïveté. En ce sens, les nationalistes radicaux ont bien raison de s’affoler à propos de la fin des nations, qui comme le rappelle le père du nationalisme français, Ernest Renan, ne sont en rien éternelles. De leur côté, les fédéralistes ont tort d’essayer de contredire les nationalistes radicaux sur ce sujet car cela tend à conforter le caractère dramatique de ce fait alors qu’il est salutaire. Assumons donc pleinement le fait que le projet européen vise la dissolution des États-nations.

Entre nation et construction européenne, faut-il choisir ?

Auteurs

« Le paradoxe de l’Europe est que sa plus spectaculaire invention, l’État-nation, est aussi ce qui l’empêche d’exister comme telle. » - François Furet cité dans Paul Sabourin, l’État-nation face aux Europes.

« Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. » - Ernest Renan dans Qu’est ce qu’une nation ?

Raison ou nation ? Il faut choisir !

L’Europe ne sera jamais une nation. Cela impliquerait un nationalisme européen, ce qui serait délétère pour le projet fédéraliste. Les pères fondateurs ne se sont pas attachés à s’attaquer aux multiples nationalismes pour en reproduire un à l’échelle du continent. Cette perspective serait totalement irrationnelle et procéderait de la même démarche xénophobe et liberticide que nous nous attachons à condamner à l’échelle de nos États respectifs. Dans ces conditions, il semble que l’Union va devoir trouver un autre fondement politique plus rationnel que le nationalisme afin de transcender la multiplicité des appartenances culturelles. Seul le patriotisme constitutionnel correspond à ce besoin. Il s’agit de fonder la société politique européenne sur des valeurs libérales telles que le constitutionnalisme, la démocratie, l’état-de-droit ou encore les droits de l’Homme, des valeurs trans-partisanes et universelles qui servent la liberté de l’individu. Autant dire tout de suite que ce fondement politique n’a aucune chance de prospérer à l’échelle continentale si celui-ci n’est pas appliqué avant toute chose à l’échelle des membres qui composent l’Union européenne.

L’abolition du nationalisme est indispensable à la prospérité du fédéralisme

Il est impossible de construire une Europe rationnellement fondée si les entités qui la composent se fondent elles-mêmes sur des idéologies irrationnelles. La nation est en effet une construction idéologique en vue d’établir une communauté dont le patrimoine historique et culturel doit justifier l’établissement d’un État qui la chapeaute. Une telle démarche est bien évidemment irrationnelle et cela pour plusieurs raisons. La première tient à ce que la détermination du contenu et du contour dudit patrimoine historique relève d’une démarche nécessairement arbitraire. Et pour cause, toutes les civilisations ont noués à des degrés divers des liens d’interdépendances historiques et culturelles entre elles. La deuxième raison tient à ce qu’une telle vision tend à faire de l’État une fin en soi alors qu’il ne s’agit que d’un vulgaire outil au service des libertés individuelles et dont l’utilité ne peut être que relative. La troisième tient à ce que le nationalisme est consubstantielle à la xénophobie en ce qu’il légitime la discrimination civile et politique du fait de l’identité culturelle d’un individu. Autant d’éléments qui font que le nationalisme est une insulte à la raison.

L’abolition du nationalisme dissoudra les États européens

Les États européens sont aujourd’hui irrationnellement fondés. Il est donc fort probable qu’introduire de la rationalité dans le débat politique (la même qui doit justifier le fédéralisme européen) altère l’autorité des soi-disant « vieux » États, ce qui doit mener inéluctablement vers leur dissolution en ce qu’ils n’ont vraisemblablement aucune raison d’être. Revenons un instant sur le patriotisme constitutionnel. Il s’agit bien de fonder la société sur des valeurs rationnelles telles que la liberté, la démocratie, l’état-de-droit, les droits de l’Homme ainsi que tout ce qui découle de ces principes. Or le fait est que la persistance des « vieux » États mine l’effectivité des principes susmentionnés. Il est évident que la fragmentation des États en communautés politiques plus petites conforterait l’effectivité des valeurs démocratiques. Plus une communauté politique est petite, plus elle est respectueuse de la diversité des réalités individuelles et sociales et corrélativement de l’idéal démocratique. La fragmentation des États européens rapprocherait les territoires des institutions internationales et conforterait donc la liberté des individus qui s’y trouvent. C’est pourquoi un fondement politique rationnel signerait l’arrêt de mort des États que nous connaissons aujourd’hui. Cela rejoint un peu la pensée de Rousseau quand il parle de la taille d’une démocratie, en disant que plus elle est grande, moins l’individu a de poids dans la prise de décision, alors qu’il est obligé dans les mêmes termes par la loi. De quoi conforter la nécessité d’appliquer scrupuleusement la subsidiarité sans quoi notre démocratie continentale en formation n’aurait aucun intérêt pour les libertés individuelles.

La dissolution des États européens est indispensable à la prospérité du fédéralisme

Résumons. L’Europe ne peut que solliciter la raison humaine si elle veut acquérir sa propre légitimité. Cela n’est possible que si les États qui composent cette union se décident à introduire de la rationalité dans leur propre système politique. Or cette rationalité conduira inévitablement au démantèlement des États irrationnellement fondés. Le projet fédéraliste passera donc nécessairement par la disparition des « vieilles » entités politiques que nous connaissons aujourd’hui. On peut finalement considérer que ce processus a déjà commencé lorsque l’on constate que la plupart des partis régionalistes, autonomistes et indépendantistes sont généralement très europhiles. La plupart d’entre eux font partie de l’Alliance libre européenne, une confédération européenne de partis politiques qui siègent avec les Verts au Parlement européen et qui appellent implicitement à une Europe fédérale dans leur manifeste en soutenant par exemple un accroissement des prérogatives des institutions transnationales telles que le Parlement par rapport à l’inter-gouvernementalisme, y compris pour les questions constitutionnelles. Face à cette perspective, les euro-conservateurs paniquent en faisant des amalgames trompeurs, comme si l’Europe ne pouvait pas digérer les régionalismes qui affaiblissent les nations alors qu’elles ne sont que des avortons de deux siècles, ce qui est insignifiant au regard de l’histoire du vieux continent. Loin de constituer le socle principal de la construction européenne, les nations ne sont aucunement indispensables à la poursuite de notre projet politique. Au contraire, leur disparition est la condition de son succès, en particulier si l’on considère l’énonciation de Jean Monnet selon laquelle « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes ».

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Vos commentaires

  • Le 8 novembre 2014 à 08:24, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Excellent article. Il est sain de montrer comment le projet européen rompt radicalement avec l’idéologie nationaliste qui a plongé notre continent dans la guerre à de trop nombreuses reprises.

    Encore faut-il rappeler que le fédéralisme implique également la préservation de la diversité et que celle-ci est garantie par l’autonomie des États au sein de la fédération.

    L’imposture du nationalisme consiste à faire croire que l’identité d’une communauté, son particularisme, ne peut être préservé qu’à travers un État national. C’est cette imposture que le fédéralisme démonte.

  • Le 8 novembre 2014 à 14:33, par shaft En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Par suppression du nationalisme je suppose que vous voulez dire supprimer les partis que vous qualifiez de nationalistes ?

    En vous lisant je ne peux m empecher de penser au passé. Vous parlez de fidélité envers la constitution ? A une époque certains étaient fidèles a une race... en employant le même schéma intellectuel

    Europa macht frei

  • Le 8 novembre 2014 à 15:25, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Il s’agit d’être fidèle à des valeurs démocratiques, pas à une Constitutio. Toutes vos autres remarques sont par conséquent impertinentes pour ne pas dire hors de propos.

  • Le 8 novembre 2014 à 16:32, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Un excellent article, vraiment, tant sur le forme ( sa clarté, sa cohérence, son souci de pédagogie - dont on a tant besoin ! ), que sur le fond. La raison, le bon « sens » ( dans ses deux...signifiés, d’ailleurs, en ce compris la direction à prendre) commande aussi de prendre aussi en compte la dimension temporelle : le pro-jet prendra du temps. Des matières, et donc aussi des compétences, feront l’objet d’une fédéralisation plus rapide que d’autres ( l’approvisionnement énergétique, la sécurité extérieure et la diplomatie, la défense de l’environnement, la lutte contre la fraude fiscale (Luxleak en témoigne) et les délocalisations...

    Comme le disait le grand BOILEAU qu’il me plaît de citer ici : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ».

    Merci, Monsieur Azihari !

  • Le 8 novembre 2014 à 18:18, par shaft En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Il n y a pas besoin de promouvoir l europe pour défendre la démocratie.Les États nations que vous voulez voir disparaître le peuvent

  • Le 9 novembre 2014 à 00:41, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Le fait est que la dissolution des Etats-nations, ou plutôt devrais-je dire, leur fragmentation en multiples entités politiques, conforterait l’effectivité des valeurs démocratiques. Vous ne pouvez pas nier cela. Après est-ce une raison suffisante pour vouloir la fin des nations ? Pour moi, oui.

  • Le 10 novembre 2014 à 16:40, par Alain En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Quelle vision d’horreur :
    - la gouvernance par la rationalité aurait poussé Churchill a accepté l’offre de paix de Hitler en 1940 ....
    - la fragmentation apporte certes plus de démocratie locale mais tue la démocratie dite fédérale (déjà qu’un pays avec un parlement ayant aussi peu de pouvoirs que le parlement européen, déjà l’absence de droit d’initiative, serait traité de démocratie bidon ...), donc plus de pouvoir pour décider d’un rond-point mais aucun pour empêcher les entrées en guerre
    - c’est exactement ce que veut l’oligarchie internationale, des communautés démocratiques petites et sans vision commune, leur laissant le champ libre sur tout sous couvert d’un « parlement interétatique » miné par la corruption
    - c’est par leur union, et pas par leur fragmentation, que des peuples ont fait quelque chose de grand, comme il n’est pas vraisemblable de créer un peuple européen dans un avenir à moyen terme, il ne faut pas détruire le ciment existant

    L’Europe actuelle est d’une inefficacité et incompétence inversement proportionnelle aux salaires de ses fonctionnaires : la cour des comptes européennes a révélé que 93% du budget était affecté d’erreurs « matérielles » et que 7 Mia avaient été dépensés sur des projets n’ayant rien à voir avec la destination des budgets correspondants !!!!

    Si c’est l’objectif final de la construction européenne, il faut souhaiter son échec. Aucune civilisation, aucun pays ne s’est construit sur une page blanche annihilant ce qui la précédait, il y a toujours eu assimilation du passé, pas éradiquation

  • Le 10 novembre 2014 à 23:41, par Shaft En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Ce que vous proposez va à l’encontre de la volonté des peuples, qui dans le contexte de la mondialisation ont besoin deu cadre national pour se retrouver et se rassurer. En vidant les nations de leurs substance, vous proposez ni plus ni moins de jeter une allumette sur un barril de poudre

  • Le 11 novembre 2014 à 10:02, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    @Alain,

    Si par « peuple » européen, vous entendez une forme de nation à l’échelle du continent, ce n’est pas mon objectif. Le sentiment d’appartenance à l’échelle continentale doit être fondée sur des valeurs démocratiques. Je ne vois pas vraiment le rapport avec Hitler. Où suis-je en train de nier la nécessité de s’unir ? Je fais l’apologie d’une démocratie continentale depuis le début. Simplement, j’estime que cette démocratie, pour être la plus représentative possible, doit s’accompagner de la fragmentation des nations, ce qui ne revient pas à nier l’héritage historique et culturel des peuples européens.

    Fort heureusement, l’héritage des peuples européens ne se résume en rien à de vulgaires instances bureaucratiques. Laissons « le passé » à l’historien, pas au législateur ;)

    @Shaft, Certes les peuples européens sont encore nationalistes dans leur grande majorité. Et donc ? Le nationalisme a un début et il aura probablement une fin. Il faut simplement s’attacher à réformer les aspects institutionnels qui entretiennent les nationalismes qui, loin d’être inhérents aux peuples d’Europe, ne sont que des artifices inculqués par les institutions.

  • Le 11 novembre 2014 à 11:59, par Fabien Cazenave En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    @Shaft : toujours intéressant de noter que vous présentez la volonté des peuples comme quelque chose de défini pour l’éternité... Les citoyens ont autant besoin du cadre national que local ou européen. Les nations n’ont pas toujours existé et pourtant vous en fait l’horizon indépassable, bizarre.

  • Le 11 novembre 2014 à 13:01, par tnemessiacne En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    "Fort heureusement, l’héritage des peuples européens ne se résume en rien à de vulgaires instances bureaucratiques. Laissons « le passé » à l’historien, pas au législateur ;)"

    Allez expliquer ça au peuple de 1789 qui a abolit la monarchie pour la république puis la démocratie en Europe, et en 1848 seconde république etc...

    Je pense que ces "vulgaires instances bureaucratiques" ne le sont pas pour tout le monde. Notre démocratie et nos institutions se sont fondées au prix de nombreux sacrifices. Dommage que vous méprisiez ce peuple.

  • Le 11 novembre 2014 à 13:20, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    C’est dingue quand même. Cette manière de faire l’amalgame entre l’Etat français et l’histoire de France. Vous savez. Si demain les administrations françaises disparaissent, l’histoire demeure hein ! La culture latine ne s’est pas éteinte avec la fin de l’Empire Romain ! Culture/Histoire et bureaucratie ne sont pas liées !. Cessez d’invoquer nos « ancêtres » pour justifier l’emprise d’un État...Cela n’a vraiment aucun sens, je vous le promets :) A moins que vous soyez certains que la fragmentation des États en entités politiques plus petites incorporées dans une démocratie continentale nous rendrait moins libres ?

  • Le 12 novembre 2014 à 09:35, par hamelin En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Tous vos propos vont à l’encontre de ce pourquoi l’Europe a été faite.

    En faisant simple et court :

    La devis « Unie dans la diversité » résume parfaitement le sens et le fondement même de l’Europe, auquel nous sommes nombreux à aspirer.

    Tenter de gommer le nationalisme, signifierait interdire la pratique de notre langue, renier notre drapeau et nos valeurs. Choses totalement impensables et infaisables même en instaurant un régime totalitaire.

    Une Europe fédérale sans états nations ça ne serait plus du fédéralisme mais plutôt quelque chose de comparable à un empire, Hors l’Europe à déjà connu cela par le passé et cela na jamais fonctionné.

    Par contre, le principe d’états-unis à l’image du fédéralisme des USA, peut parfaitement s’appliquer à l’Europe à condition de promouvoir un nationalisme européen et non pas en cherchant à détruire le nationalisme d’état qui se renforce à chaque fois que Bruxelles lui porte un coup.

  • Le 12 novembre 2014 à 10:12, par shaft En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Fabien

    La majorité des peuples européens ne veulent pas de cette vision federale de l Europe, c est un fait.Vous combattez l Etat Nation de toutes vos forces , c est un fait que j observe chaque fois que je lis vos articles Malgré le refus dont j ai parlé, vous persistez à vouloir faire avancer l Europe à marche forcée par le fédéralisme

    Comme Ferghane, sans doute,vous allez accuser les chefs d Etats d immobilisme ou de nationalisme. Mais reconnaissez qu en fait ce sont leurs electeurs que vous condamnez A tous, ce n est pas en abreuvant l opinion publique d arguments massues géopolitique s ou economiques que vous ferez avancer votre cause. TINA menera l Europe à sa perte

  • Le 12 novembre 2014 à 10:20, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    @Hamelin

    Hélas, le texte fondateur du fédéralisme européen qu’est le Manifeste de Ventotene fait de la nation l’ennemi public numéro 1 en remarquant brillamment que la nation pervertit la fonction de l’Etat en renversant les rapports sociaux légitimes : l’individu devient un moyen et l’Etat une fin. Ce devrait être l’inverse. Encore une fois, cessons par pitié de confondre l’institution étatique avec l’histoire de notre pays...La culture française est suffisamment riche pour prospérer en dehors du cadre de l’Etat français. Cette tendance qui consiste à faire d’une administration la gardienne d’une culture, d’une langue et d’une histoire est symptomatique de l’imposture nationaliste.

    @Shaft Les opinions publiques françaises ne sont en rien contre une démocratisation de l’Europe. Les Français sont même en faveur de l’ouverture leur citoyenneté aux ressortissants de l’UE et cela en dépit du fait qu’ils ont été endoctrinés toute leur vie par des institutions nationalistes ;) De quoi être optimiste, non ?

  • Le 12 novembre 2014 à 15:40, par Alain En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    @ la réponse de Ferghane Azihari à mon commentaire : Il est nécessaire de mieux lire les commentaires avant d’y répondre :

    - Je faisais référence à Churchill, pas à Hitler, après la bataille de France il reçu une offre de pais de Hitler laissant à l’Angleterre tout son empire (sauf les anciennes colonies allemandes) et la rationalité - qui, si j’ai bien compris, est la ligne de conduite que vous adoptez - aurait dû conduire Churchill à accepter cette offre, en effet rationnellement l’Angleterre seule face à l’Allemagne maître du continent européen avait peu de chance de l’emporter et tous les risques de perdre beaucoup. Mais Churchill a refusé et poussé son peuple à la résistance et aux sacrifices ; il ne l’aurait pas fait en adoptant votre ligne de conduite.

    - Quand au terme de fragmentation c’est bien vous qui l’utilisez pour décrire la dissolution des états et l’augmentation de la démocratie, ce n’est pas compatible avec une union des dits fragments (il n’existe aucun exemple dans l’histoire de fragmentation terreau d’une union) ; mais effectivement les « élites » les plus riches agiront à ce niveau européen que les peuples auront déserté

    - Vous avez raison de dire que l’héritage des peuples n’est pas dans les instances bureaucratiques, mais un état n’est pas non plus ces instances ; les instances ne sont que le résultat de la volonté du peuple de rester uni (et séparé des voisins), vouloir leur dissolution c’est vouloir la dissolution de ces communautés. Et lorsqu’il y a effectivement un mouvement pour une telle dissolution (Ecosse, catalogne, Flandre, Italie du Nord) c’est toujours guidé par la disparition du vouloir vivre ensemble et de la nécessité de solidarité. Ce qui aura été dissous à une certaine échelle ne pourra être recréé à plus grande échelle avant longtemps. cela donnera le champ libre à l’ « élite » pour gouverner entre elle et on aura créer la dictature la plus aboutie, celle dont on ne s’aperçoit même pas, on l’on peut - comme dit dans un article que j’ai lu récemment - changer les dirigeants mais pas la politique

  • Le 12 novembre 2014 à 16:35, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Je ne reprendrai pas votre premier paragraphe totalement hors de propos.

    Pour ce qui est des deux paragraphes suivants :

    Vous faites de l’Etat l’alpha et l’oméga des liens de solidarité sociale. J’ai tendance à penser que la solidarité la plus aboutie est celle qui s’inscrit en dehors du monopole de la violence légitime. Or les indépendantismes n’abhorrent nullement l’idée d’une société politique européenne aux assises résolument contractuelles. En l’espèce, les indépendantismes favoriseraient une meilleure participation à l’échelle continentale. De quoi finalement conforter le vivre-ensemble.

  • Le 13 novembre 2014 à 03:03, par Alexandre Marin En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    « La majorité des peuples européens ne veulent pas de cette vision federale de l Europe, c est un fait. »

    Cette vision fédérale de l’Europe n’a guère été proposée, il est donc difficile de dire si les peuples européens y adhèrent ou non.

    « Or les indépendantismes n’abhorrent nullement l’idée d’une société politique européenne aux assises résolument contractuelles. En l’espèce, les indépendantismes favoriseraient une meilleure participation à l’échelle continentale. De quoi finalement conforter le vivre-ensemble. »

    Pour avoir vécu deux ans en Espagne, et y avoir étudié le système des Communautés autonomes, qui demeure une des avancées majeures de l’ère post-franquiste, j’ai aussi une idée de ses faiblesses. Pour ce qui est du cas de la Catalogne, l’indépendantisme n’est nullement régionaliste et pro-européen, mais complètement nationaliste. Certes, ses partisans veulent que la Catalogne adhère à l’Union européenne, mais c’est au même titre qu’ils veulent la voir siéger aux Nations Unies, c’est à dire au titre d’un Etat-Nation siégeant au sein du concert des Nations. Et cette volonté de créer un Etat indépendant ne date pas d’hier. Pour l’anecdote, au début du XVII° siècle, la Catalogne a vraiment quitté l’Espagne pour rejoindre le Royaume de France. Elle y est restée une dizaine d’années avant de réintégrer l’Espagne. Et sans forcément devenir indépendantiste, chaque Communauté Autonome a voulu se comporter comme un Etat, et a, par exemple, construit un aéroport dans son territoire. Résultat : la majorité des aéroports ont coûté très cher, sont inutiles parce qu’aucun avion n’y atterrit, et souvent ne sont pas entretenus, sans parler des dégâts environnementaux.

    Pour autant, s’il est vrai que les Communautés Autonomes en Espagne ont bien plus de pouvoirs que les Landërs en Allemagne, c’est très bien comme ça. Toutes les régions d’Europe devraient avoir un degré d’autonomie et de compétences politiques et législatives similaire aux Communautés Autonomes d’Espagne.

  • Le 13 novembre 2014 à 08:08, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Lors d’une conférence organisée il y a quelques mois, un officiel catalan a publiquement déclaré qu’il était pour une Europe fédérale. De quoi tempérer tes propos quand on connait la tradition anarchiste en Espagne. De plus, évoquer une anecdote du 17ème siècle quand l’idéologie nationaliste s’affirme beaucoup plus tard ne fait qu’apporter de l’eau à mon moulin.

    Mais Alexandre, pourquoi vouloir à tout prix refuser aux régions le droit à une complète souveraineté ? A t’entendre, l’unité des nations est une fin en soi.

  • Le 13 novembre 2014 à 13:22, par Temrah En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Mais votre vision de la nation comme fondement « irrationnel » de la vie collective est elle-même irrationnelle, puisque fondée sur une négation de l’histoire et la croyance en un « européen nouveau » que le fédéralisme permettrait d’engendrer, de la même manière que le communisme était censé produire un homme nouveau délivré de toutes ses attaches antérieures, de tous les liens subjectifs et subtils qui composent l’attachement à un pays, à une région, à « quelque part ».

    La rationalité devient dangereuse quand elle s’érige comme finalité d’un processus politique. Les Européens ne sont pas un (des) peuple(s) neuf(s) au même titre que les Américains, qui peuvent se fondre et se reconnaître dans un « patriotisme constitutionnel » complètement abstrait. Vos « nécessairement », vos « inévitablement », vos « finalement » font froid dans le dos. Votre appel à la rationalité politique absolue a quelque chose de glaçant. On sent chez vous une certaine forme d’exaltation méprisante (les nations comme « avortons » de l’histoire). On ne « dénationalise » pas les peuples, on ne détruit pas les référents objectifs et subjectifs d’une collectivité pour lui substituer quelque chose de nouveau ou de perçu comme « meilleur ». A ce titre-là, il faudrait aussi dissoudre les grandes religions, remettre en cause les fondements romantiques et irrationnels du sionisme, etc.

    La rationalité politique doit tenir compte de la sentimentalité et de la subjectivité des peuples. En la broyant, elle créera les conditions d’une nouvelle barbarie...

  • Le 13 novembre 2014 à 14:25, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Loin de moi l’idée de nier l’histoire des peuples, je demande simplement à ce qu’on cesse de confondre politique et histoire de la même manière que l’on a cessé de confondre politique et religion.

    Cordialement votre.

  • Le 14 novembre 2014 à 14:36, par tnemessiacne En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Vous ne pensez pas que le droit est fondé sur l’histoire ?

    Notre droit remonte de l’Empire romain, même avant.

    Je pense que vos idées tournent surtout en réaction à des attitudes qui excluraient ceux qui ne sont pas français ou ceux qui ne sont pas européens. En luttant contre la xénophobie vous voulez détruire tous les fondements. Enfin bon je serai ravi d’entendre encore vos arguments.

  • Le 14 novembre 2014 à 14:44, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Evidemment que le fonctionnement de nos sociétés contemporaines est le fruit d’un certain héritage historique ! Personne ne nie cela. Je m’attaque simplement à l’idée qui énonce que ce patrimoine est la justification de l’État quand au contraire sa seule raison d’être réside dans la protection des libertés individuelles et corrélativement de l’ordre collectif...Ne vous laissez pas avoir par cette imposture qui s’attache à utiliser l’Etat pour personnifier l’histoire !

  • Le 15 novembre 2014 à 21:12, par thomas En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Peut-être qu’il serait bon un jour d’arrêter de penser en dehors des réalités et faire de la politique pour de vrai, en s’intéressant à la vie des gens au lieu de les assommer avec des concepts compris uniquement par ceux qui les formulent. Preuve de l’imposture intellectuelle que cela représente, les fédéralistes européens, champions autoproclamés de l’universalisme, défendent une conception de la nation similaire à celle des racistes « décomplexés »... Les pères fondateurs Schumann et Hallstein s’inscrivaient bien dans cette logique d’ailleurs. Le premier ayant été un ardent munichois, partisan de la capitulation devant l’armée allemande en 1939-40 et votant des pleins pouvoirs à Pétain. Le second ayant été un nazi convaincu, avant d’être un grand artisan de la construction européenne...

    Si les citoyens français sont attachés à leur nation et à leur République, c’est sans doute parce que l’Etat républicain est encore un peu porteur de démocratie, de vivre-ensemble et de solidarité malgré les défauts du système politique français et la liquidation du modèle social français par l’Europe à l’heure de Berlin. Voila le sens du patriotisme républicain, bien loin du « patriotisme constitutionnel », concept bidon inventé par des juristes intellos pour avoir l’air plus malins que tout le monde.

  • Le 26 novembre 2014 à 18:26, par Yves COLLIN En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Il est important de remettre quelque peu les pendules à l’heure dans des moments de perturbations idéologiques dommageables pour l’ensemble des citoyens existants.

    La notion de nation n’est en effet pas une invention d’Europe.

    Elle est par exemple réputée avoir pris naissance en France aux temps anciens de Philippe Auguste notamment à la bataille de Bouvines de 1214 connue comme victoire des troupes royales françaises contre Jean sans terre menant une coalition de certains seigneurs territoriaux avec le soutien du Saint Empire d’Otton IV.

    Celle-ci permet dès lors la prédominance politique de la Couronne sur ses vassaux.

    Cette forme de centralisation du pouvoir est une constante humaine et Ernest Renan n’a certainement pas tort lorsqu’il exprime sa vision d’avenir car le fonctionnement actuel de l’UE est proche en réalité de celui d’une confédération.

    C’est donc au contraire l’Etat Union par transfert de compétences qui voit le jour lors des premiers Traités ayant créé la Communauté.

    Ceux-ci aboutissent aujourd’hui au fédéralisme qui les avait primitivement promus comme solution économique et militaire pour la paix après les deux effroyables boucheries que furent les guerres mondiales initialement commencées par Napoléon III et Guillaume de Prusse en 1870 et où,après la défaite de Sedan,notre future République perd l’Alsace Lorraine (à l’époque Moselle).

    Ainsi la création de l’union en Europe est celle des Etats-membres.

    Ceci est précisément extrêmement différent,les législations nationales étant dès cet instant écartées au profit du droit communautaire qui s’applique de façon uniforme,autonome et directe dans le chef de chacun des Etats-membres.

  • Le 27 novembre 2014 à 12:21, par Ferghane Azihari En réponse à : L’Europe est un projet de dénationalisation et tant mieux !

    Dans la mesure où la nation moderne est une invention du nationalisme qui, lui, est un courant politique du 19ème siècle, je vois mal comment on peut raisonnablement évoquer des éléments issus de la période médiévale :)

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