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L’européisme de Dacian Cioloș, Premier ministre roumain

, par Maria Popczyk

En janvier, le Premier Ministre roumain Dacian Cioloș a rencontré les étudiants de Sciences Po venus de Dijon pour parler des bienfaits de l’intégration européenne. Ancien commissaire européen et chef du gouvernement depuis novembre 2015, Dacian Cioloș a insisté sur la nécessité d’un dialogue international, mais aussi intercitoyen.

Dacian Cioloș, Premier ministre roumain, tente de stabiliser le gouvernement après plusieurs crises politiques dans le pays, qui se débat toujours avec ses problèmes de corruption. - European People’s Party (CC/Wiki).

Auteurs

  • Etudiante franco-polonaise ayant grandi avec l’approfondissement de l’Union européenne. Impliquée dans les affaires françaises et polonaises en raison d’un parcours scolaire binational, s’intéresse à la construction d’un réseau toujours plus fort entre les jeunes de l’Union européenne.

« L’Europe, c’est abattre des murs et construire des ponts »

« L’Europe, c’est abattre des murs et construire des ponts. » Ainsi Dacian Cioloș a-t-il commencé son intervention. Son pays, la Roumanie, a voulu rejoindre l’Union européenne attirée par des valeurs comme la paix, la prospérité, la liberté et la démocratie. Avant 2007, le pays a dû suivre un long « processus de maturation » ; en effet, l’adhésion à l’Union a été l’un des prétextes pour une transformation économique et sociale.

Grâce aux changements nécessaires à l’adhésion, dont répondre aux critères de Copenhague, et à l’adhésion elle-même, l’économie roumaine s’est relancée, et a atteint un taux de croissance de 3 à 4% par an. Nouvelles infrastructures, services publics rénovés ont fait leur apparition. La transition politique roumaine est passée par l’émergence de nouveaux partis, des privatisations et la construction progressive d’un Etat de droit. Actuellement, deux millions de Roumains travaillent dans d’autres Etats membres de l’Union européenne.

Les bienfaits de l’intégration européenne sont ressentis par une grande partie des Roumains : 60% d’entre eux se disent favorables à l’Union européenne. Cette réussite est sans doute due à la façon dont le pays s’est transformé – contrairement à d’autres pays membres d’Europe centrale et orientale, la Roumanie a mené des réformes très lentes, mais plus profondes.

La perception de l’Union en évolution

Avant d’exposer son propre point de vue au sujet de la forme qu’elle devrait prendre, Dacian Cioloș a d’abord fait un bref récapitulatif des différentes manières dont l’Union européenne était perçue par ses membres.

Les leaders des années 1990 étaient de véritables visionnaires : il fallait construire une Europe fondée sur l’histoire et la culture communes, s’unir car le conflit n’a pas permis de résoudre les problèmes. Selon le Premier ministre roumain, la crise de 2008 était le moment où les institutions de l’Union auraient dû finaliser le processus d’assimilation des 12 nouveaux membres, afin d’éviter la frustration de certains pays qui lui reprochent aujourd’hui d’être trop administrative et procédurale, mais pas suffisamment politique.

« L’Union européenne doit descendre de Bruxelles vers les Etats membres »

« L’Union européenne doit descendre de Bruxelles vers les Etats membres. » C’est de cette manière que Dacian Cioloș résume la nécessité de retrouver le dialogue entre les peuples. Pour guérir l’Union bureaucratique et lui assurer une plus grande lisibilité, il faudrait un leadership européen. De plus, si communication il y a, « nous nous comprenons mieux et pouvons trouver l’essence de l’Union européenne : un projet de vie ensemble ».

Rester dans l’Union ou s’isoler ?

En ce qui concerne l’appartenance ou non à l’Union européenne, sujet actuellement en vogue, Dacian Cioloș propose simplement de s’imaginer le scénario jusqu’au bout : s’il n’y avait pas d’union, il y aurait certes moins d’obligations, cependant il faudrait aussi accepter de vivre sans voyager librement par exemple.

Crise des réfugiés : que dire de la solidarité ?

L’invité de Sciences Po Paris répond à cette question par une nuance : on ne peut pas dire que les Etats membres de l’Union européenne qui refusent d’accueillir les immigrés manquent de solidarité. Les comportements vis-à-vis de cette crise montrent simplement que le processus d’intégration n’est pas allé jusqu’au bout. La crainte des pays d’Europe centrale et orientale vient du fait qu’ils n’ont pas eu, contrairement à la zone méditerranéenne de l’Union, l’occasion d’être en contact avec ces populations. Il leur manque donc une ouverture culturelle. Mais pas seulement : la migration territoriale étant assez limitée en Europe centrale et orientale, il manque une ouverture administrative – que l’Europe occidentale a déjà.

Enfin, l’accusation de manque de solidarité est critiquable, car les décisions concernant la politique d’accueil des réfugiés ont été imposées aux membres orientaux de l’Union : il ne s’agit pas du fruit d’un compromis.

Ainsi les tensions proviennent d’une diversité culturelle, du manque d’une administration capable de maîtriser l’accueil de nouvelles populations et du fait que les choses n’ont pas été suffisamment discutées. Le dialogue est donc nécessaire : « Ce problème doit être géré au niveau européen, mais chacun doit avoir l’impression d’avoir été entendu ».

Le projet européen doit-il aboutir à une fédération ?

Le Premier ministre roumain considère que la forme de l’Union européenne ne doit pas être un point de départ mais le fruit d’un processus : on ne peut donc pas décider dès maintenant à quoi devrait ressembler l’Europe. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas assez d’Europe, de projets collectifs des Etats. L’Europe a actuellement besoin d’un projet de société duquel pourra ensuite découler un modèle politique. Il est vrai que cela se complique à 28 – qui dit plus forte diversité, dit gouvernance plus complexe, mais « la beauté de ce projet consiste à trouver des solutions pour vivre ensemble ».

Un gouvernement technocrate en Roumanie, jeune démocratie ?

Le gouvernement de Dacian Cioloș a effectivement été formé dans l’urgence, à la suite d’un scandale à dimension nationale. Le Premier ministre précédent, Victor Ponta, avait démissionné après une série de manifestations dénonçant la corruption, manifestations qui ont réagi à l’incendie meurtrier d’une discothèque, dont le propriétaire s’arrangeait avec l’administration sur les normes de sécurité de l’établissement. Le gouvernement a perdu la confiance de la population. L’actuel Premier ministre n’est plus issu de la majorité parlementaire, il a été désigné par le président Klaus Iohannis. Cela peut sembler à première vue peu démocratique.

Cependant, le Premier ministre roumain parle d’une « solution transitoire » : il est à la tête d’un gouvernement transpartisan pour renouer le dialogue avec la population ; il faut passer par cette étape en attendant l’émanation d’une nouvelle classe politique et un regain de confiance dans les partis.

Trouver un « modus vivendi »

A la question « l’Europe par les Etats membres ou par les institutions européennes ? », Dacian Cioloș répond « L’Europe, c’est les Etats membres » - pour transformer une Union très administrative en union des pays membres, il faut dépasser la volonté de défendre sa spécificité contre les autres. Quant à l’euroscepticisme croissant, le Premier ministre roumain invite à dépasser les limites de notre imagination par le dialogue entre Européens pour y répondre.

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