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« Hisser des murs ne nous protégera pas »

, par Jérôme Quéré

Dans une tribune, Jérôme Quéré, président des Jeunes Européens - France, défend la libre-circulation des citoyens européens au sein de l’espace Schengen, un principe clé clairement menacé par certains dirigeants nationaux. Cette tribune intervient dans le cadre de la campagne #DontTouchMySchengen de la JEF Europe, qui s’accompagne d’une série d’actions partout en Europe.

La campagne #DontTouchMySchengen, menée par les Jeunes Européens Fédéralistes, se déploie partout en Europe, sur le terrain comme sur les réseaux sociaux. - JEF Europe

Auteurs

Ma génération a grandi dans un espace sans frontières intérieures. L’espace Schengen, cadre de la liberté de circulation, est un acquis fondamental de la construction européenne. Aujourd’hui, cet espace de liberté est en danger. S’il est nécessaire de débattre et d’améliorer le fonctionnement de Schengen, sa disparition serait un drame et signerait le déclin de l’Union européenne. C’est pourquoi, partout en Europe, les Jeunes Européens se mobilisent pour le défendre.

« La crise qu’affronte l’Union est réelle, seule la mise en commun des volontés politiques et des moyens financiers nationaux peut l’endiguer efficacement. »

Deux situations effraient aujourd’hui les Européens : l’arrivée de plus d’un million de migrants en 2015 sur le territoire européen – dont un nombre important de réfugiés fuyant la guerre – et la menace terroriste. L’espace Schengen est alors montré du doigt. « Supprimons Schengen, nous réglerons nos problèmes ». Ce raisonnement simpliste est non seulement faux, mais également très dangereux. Il remet en cause les fondements de l’Union européenne, un espace de liberté, de sécurité et de justice, partagé par des peuples réunis afin de promouvoir la paix et la prospérité.

La solution : aller plus loin dans l’intégration européenne

Depuis l’été 2015, la Hongrie, l’Allemagne, la France, pour ne citer qu’eux, ont rétabli les contrôles à leurs frontières intérieures. L’espace Schengen n’a pas pour autant disparu. Cette procédure est prévue par les traités. Elle déplace uniquement le problème, ne le règle aucunement. Gardons en mémoire qu’hisser des murs à la va-vite ne nous protégera pas. Pour agir efficacement, une seule solution : aller plus loin dans l’intégration européenne. Pour cela, actionnons dès aujourd’hui trois leviers d’action.

Trois leviers d’actions

Développons les centres européens d’accueil des demandeurs d’asile, communément appelés « hotspots ». Les pays du sud de l’Europe ne doivent plus traiter seuls la majorité de ces demandes alors que les migrants, économiques comme réfugiés, se dirigent majoritairement vers les pays du Nord. Ces centres directement gérés par l’Union européenne, au sein d’une politique d’asile continentale, permettront de garantir le respect des droits de l’Homme. Un devoir. Souvenons-nous avec quelle horreur nous découvrions ces images - parmi d’autres - des forces de l’ordre hongroises, filmées jetant eau et vivres à des réfugiés par-dessus les grilles fermées d’un camp surpeuplé.

« Encore une fois, les dirigeants européens se trompent d’échelon pour agir. »

Renforçons le futur corps européen de gardes-frontières et luttons ensemble, sur terre et en mer, contre les passeurs. Envisagé par la Commission depuis décembre 2015, ce corps aurait notamment pour mission de contrôler systématiquement toute personne entrant dans l’espace Schengen. Nous ne pouvons que déplorer les faibles moyens prévus (effectif de 1000 agents d’ici à 2020). Nous constatons encore une fois que les dirigeants européens, demandeurs de plus de sécurité, tergiversent et n’agissent que faiblement.

En matière de sécurité encore, la création d’un parquet européen, prévue par les traités actuels, faciliterait la lutte contre les crimes transfrontaliers. Leurs auteurs n’ont que faire des frontières ou du pré-carré de souveraineté nationale défendu par les chefs d’État et de gouvernement. Reposant sur une force d’enquête et d’investigation, cette instance aurait compétence sur les crimes ayant un caractère transfrontalier, dont le terrorisme et le trafic d’armes.

L’Europe, outil pour rapprocher les peuples, non les opposer

Pour conclure, rappelons simplement que l’Union européenne est à un moment clé de son histoire. Soit elle laisse enfler la montée des populismes nationaux et des régimes sécuritaires, soit nous nous accordons la chance d’une action commune et efficace. Les Jeunes Européens ont choisi leur camp et sont prêts à défendre leurs valeurs, une Europe riche de ses différences, outil pour rapprocher les peuples, et non les opposer.

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P.-S.

#DontTouchMySchengen : la campagne

Du 1er au 6 février, les Jeunes Européens se mobilisent sur le terrain, partout en France et dans les plus grandes villes européennes, pour défendre l’espace Schengen. Sur le web, plus d’un million de personnes ont d’ores et déjà été sensibilisées grâce à la campagne Thunderclap. Vous aussi, rejoignez le mouvement !

Retrouvez cette tribune sur le site des Jeunes Européens - France.

Vos commentaires

  • Le 6 février à 15:58, par Juju En réponse à : « Hisser des murs ne nous protégera pas »

    Donc il y a un drame humanitaire, 1,1 million de réfugiés, et l’Europe se vautre dans une espèce de pornographie politique : confiscation des avoirs des migrants, propositions de l’AfD de tirer sur femmes et enfants, pendant qu’hors d’Europe, une quinzaine de pays hébergent, eux, des millions de réfugiés sans broncher. On aurait aimé des mots plus durs à ce sujet. Non. Les Jeunes européens restent au niveau macro-politique (Schengen), et proposent des camps (hotspots), des garde-frontières qui regardent les papiers à l’entrée, et un procureur, pour poursuivre... qui ?

    Passons. Le problème n’est pas simple.

    Mais il y a un autre enjeu qui fait les gros titres, depuis une semaine. Le Brexit. Et là, silence radio...

  • Le 10 février à 12:03, par Catherine En réponse à : « Hisser des murs ne nous protégera pas »

    Votre constat est réaliste et pertinent, certaines de vos propositions aussi. Mais vous devriez vous pencher un peu plus sur ce que sont réellement des hotspots (quels que soient les moyens qu’on y mettrait), leur origine (qui en dit long) et ce même s’ils devaient être gérés par l’UE, sur les limites des gardes-frontières, mais aussi sur ce qu’est être réfugié, la réalité d’un parcours de réfugié et ce que cela implique. Vous en conclurez assez vite d’une part que les hotspots et les garde-frontières ne sont pas compatibles avec le droit d’asile, loin s’en faut, et que hospots et contrôles renforcés aux frontières extérieures de l’Europe ne feraient qu’enfermer un peu plus l’Europe dans une forteresse : nous ici, les autres ailleurs. De là on comprend bien que votre rapprochement des peuples ne concernent alors que les peuples européens, à l’exclusion de tout autre. Quant aux passeurs, ils n’existent en aussi grand nombre que parce que justement on interdit toute circulation légale et sûre aux personnes dans le besoin.

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