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L’Italie et l’immigration en Méditerranée : d’une question nationale à l’action européenne ?

, par Viola Ridolfi

« L’indifférence est l’anti-chambre du mal ». C’est avec cette phrase que le sénateur Luigi Manconi a ouvert le débat « Immigrazione, sfida all’accoglienza », soit « immigration, le défi de l’accueil », qui s’est tenu le 5 juin à Rome, place Montecitorio. Que de la rhétorique ?

Au sommet européen d’avril, les chefs d’Etat avaient observé une minute de silence en mémoire des migrants, victimes des naufrages en Méditerranée. Cependant, les gouvernements peinent à s’entendre sur une politique migratoire commune pour faire face à l’urgence. - European Council President

Auteurs

  • Etudiante italienne en deuxième année de Droit et Sciences politiques à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, j’ai toujours eu un intérêt très poussé pour la politique et l’actualité, en particulier celles de mon pays, de la France et de l’Union européenne.

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L’immigration, une des pages noirs de la politique italienne

La rencontre du 5 juin s’inscrit dans une série d’événements très précis qui ont investi la politique italienne et européenne. La question des migrants n’est pas nouvelle. On la retrouve dans les quotidiens italiens depuis longtemps. D’habitude, après un naufrage ou un épisode violent dans l’un des camps d’accueil dans le Sud de l’Italie, il y a un effet de cliquet qui semble contaminer tous les journaux et les programmes à la télévision : ainsi pendant une semaine on parle que de ces événements tragiques, le gouvernement promet une myriade des mesures avec l’engagement de les mettre en pratique. Oui, l’emphase générale dure une semaine, parfois deux.

Jusqu’à très récemment l’arrivée chaque jour des migrants provenant de la Libye, de la Syrie et d’autres territoires en guerre faisait partie de l’une des pages noires de la politique italienne.

Pendant des années, l’Italie a été laissée seule face à immigration massive, immigration pourtant vers l’ensemble des pays de l’Union européenne et non pas seulement vers la péninsule.

L’Italie avait du prendre en charge économiquement l’énorme coût de l’opération Mare Nostrum, près de 9 millions d’euros par mois, qui sécourait les migrants en péril depuis 2013 et jusqu’en novembre 2014. Evidemment inefficace, l’Union européenne en 2014 s’était occupée d’une partie des dépenses en remplaçant Mare Nostrum par l’opération Triton gérée de Frontex, néanmoins encore insuffisante.

Une ouverture des frontieres européennes à l’Italie ?

La situation déjà tragique a explosé ce dernier 18 avril quand pendant la nuit, un chalutier de 950 migrants a fait naufrage en mer adriatique pendant la traversée vers les côtes italiennes.

Cette tragédie a éveillé les consciences assoupies des politiciens, mais cette fois c’est la Commission européenne qui a pris la situation en main, avec rapidité et sérieuse volonté d’agir.

Ainsi, le 27 mai, elle a présenté sa feuille de route en matière de politique migratoire de l’Union. Le plan anti-immigration coordonné par le président Junker, prévoit plusieurs dispositifs de mise en oeuvre sur deux plans parallèles : d’une côté sur le fondement de l’article 78 paragraphe 3 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), un programme de relocalisation au profit des Etats membres qui « se trouvent dans une situation d’urgence caractérisée par un afflux soudain des ressortissants des pays tiers », une répartition de la charge de gestion des migrants entre les différents Etats membres selon leur capacité d’accueil, de l’autre une lutte systématique contre les trafics des migrants.

Selon les conditions de l’article 78 paragraphe 3 TFUE (situation d’urgence et circonstances exceptionnelles), les deux Etats relevant de l’application de cet article sont l’Italie et la Grèce. Ceux-ci pourront bénéficier d’une redistribution des 40 000 demandeurs d’asile (24 000 pour l’Italie et 16 000 pour la Grèce) dans les autres Etats membres selon un système des « quotas » basés sur des critères analytiques comme la population ou le PIB du pays.

En parallèle, la Commission s’est engagée dans la lutte contre les passeurs et l’immigration clandestine, pour lesquelles le jeu avec les vies humaines est devenu un business lucratif et incontrôlé.

Le réveil d’une réelle volonté d’agir

L’agenda sur l’immigration proposée par la Commission combine ainsi plusieurs mesures parallèles pour s’occuper efficacement de ce problème auquel l’Italie ne pourrait pas faire face toute seule.

Lors du débat politique qui s’est tenu le 5 juin à Rome, place Montecitorio, le député Mario Marazzitti a rappelé la situation désastreuse des camps d’accueil dans le Sud de l’Italie, ainsi que la nécessité de légaliser les voyages des migrants pour combattre les trafiquants et la création d’une base de donnée européenne pour mieux gérer les demandes d’asile.

Ainsi, la question de l’immigration en Italie engendre d’autres conséquences, dont la montée du populisme poussé de Matteo Salvini, leader de la Ligue Nord (mauvaise copie du FN lepenien), car « la campagna elettorale passa, l’odio rimane », « la propagande électorale passe mais la haine reste », a rétorqué le sénateur Luigi Manconi. Une haine tellement disproportionnée qu’elle a autorisé certains membres de la Ligue Nord à faire le lien entre immigration et terrorisme...

Comme l’a affirmé le sous-secrétaire à la présidence du Conseil des Ministres, chargé des Affaires européens, Sandro Gozi, le plan d’urgence européen « n’est pas un menu, mais, c’est un paquet qui doit rester ensemble », c’est-à-dire que si les propositions d’urgence de la Commission permettent d’améliorer les choses, il faut à côté une réponse des gouvernements nationaux sur la longue durée. Mieux vaut tard que jamais.

Le gouvernement italien in primis devrait s’engager à collaborer ponctuellement et sérieusement avec la Commission européenne sur ce dossier : sous le nom « d’immigration », il y a une multitude de vies humaines en danger et la vie humaine n’est pas une question subsidiaire.

Voir en ligne : Photo : CC

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