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L’Union européenne a-t-elle perdu son leadership en matière climatique ?

, par Adrian Meyronnet

La semaine dernière, un accord désigné comme « historique » a été signé entre Barack Obama et Xi Jinping. Celui-ci prévoit que les Etats-Unis et la Chine s’engagent de façon inédite à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Est-ce que cette décision est liée de près ou de loin au paquet climat-énergie 2030 conclu fin octobre entre les Etats européens ? Décryptage.

Barack Obama et Xi Jinping ont signé la semaine dernière une série d’engagements historiques dans la lutte contre le réchauffement climatique, les deux plus grands pollueurs de la planète seraient-ils à un tournant de leur politique environnementale ? - U.S. Embassy The Hague

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L’annonce d’un accord en matière climatique signé entre les deux plus grandes puissances mondiales, s’il ne fut pas unanimement salué, a été reprise par tous les médias. Il fait suite au Sommet sur le climat qui s’est tenu à New York en septembre dernier et dans lequel plus de 130 gouvernements (dont les Etats-Unis et la France), compagnies (Unilever, McDonald’s, Nestlé) et groupes représentant la société civile, se sont engagés à réduire de moitié la déforestation d’ici à 2020 et à y mettre fin d’ici à 2030.

Cet accord vient aussi – et surtout – après celui conclu entre les 28 Etats membres de l’Union européenne lors du Conseil européen des 23 et 24 octobre, dit « paquet climat-énergie 2030 », et qui prévoit dans les grandes lignes une réduction d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990 ; que la part des énergies renouvelables atteigne 27 % du mix énergétique et que 27 % d’économies d’énergie soient réalisées.

Un coup d’épée dans l’eau ?

Le hic, avec les accords conclus lors des dernières semaines, c’est qu’ils ne sont pas contraignants. Aussi, ceux qui ont salué l’accord européen se sont peut-être trop vite réjouis : seul l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre sera effectivement contraignant. Pour les autres, ce ne sera pas le cas. Quant à la question de la déforestation évoquée au Sommet sur le climat de New York, outre le caractère non-contraignant, l’absence du Brésil autour de la table fut préjudiciable, étant donné qu’il s’agit du pays qui connaît la déforestation la plus importante au monde. Enfin, concernant l’accord sino-américain, la Chine s’est engagée de façon très floue, en fixant le pic de ses émissions autour de 2030, avec l’intention « d’essayer d’y arriver plus tôt ».

Pour autant, on peut saluer que les questions climatiques soient mises à l’agenda. D’autant que le paquet climat-énergie 2030 représente une progression significative et se substituera au plan des 3x20 (20 % de diminution des gaz à effet de serre, 20 % d’énergies renouvelables et 20 % d’économies d’énergie d’ici à 2020) adopté en 2009. Il ne faut cependant pas oublier que les volontés de l’Union européenne étaient déjà ambitieuses à Copenhague en 2009 et se soldèrent par un échec : l’Union européenne souhaitait réduire de 20 % l’émission de GES en 2020, avec la possibilité d’aller jusqu’à 30 % si d’autres pays s’alignaient sur elle, mais elle ne fut pas suivie.

En outre, il est bon de savoir qu’environ la moitié des émissions de gaz à effet de serre sont produites par les Etats-Unis (17 %) et la Chine (30 %) à eux seuls, lorsque l’Union européenne (émettrice à hauteur de 11 %) pèse peu dans la balance climatique. Cette donnée est fondamentale et explique la marginalisation croissante de l’Union européenne sur les questions climatiques, notamment à Copenhague en 2009.

Vers un regain de leadership pour l’Union européenne en matière climatique ?

Le paquet climat-énergie 2030 s’inscrit globalement dans une certaine continuité pour l’Union européenne, qui a de longue date fait de la question climatique son cheval de bataille et se situe à l’avant-garde. La volonté européenne est d’autant plus puissante que les dernières échéances ne sont pas à mettre à son crédit et qu’elle joue désormais sa crédibilité : échec de Copenhague dont on attendait monts et merveilles, tout comme à Durban en 2011, ou à Rio en 2012, où aucun accord ne fut conclu. Le fait de parvenir à un accord avant la Cop20 qui aura lieu à Lima cette année, un an avant la Cop21, qui se tiendra à Paris en décembre 2015, est symptomatique d’une véritable volonté européenne de reprise en main en la matière.

A ce titre, quelle que fût l’importance de l’accord conclu entre la Chine et les Etats-Unis, toujours est-il que de façon symbolique, il fait suite à celui passé entre les pays européens. Par conséquent, on peut y voir en filigrane un semblant de leadership européen sur ces questions. D’autant plus que, outre cet accord, Barack Obama s’est engagé quelques jours plus tard à verser 3 milliards de dollars au Fonds vert pour le climat (Fonds lancé en 2011 à Durban et destiné à aider les pays en développement à s’adapter aux effets du réchauffement climatique), suivi par le Japon, qui s’engageait à hauteur de 1,5 milliards de dollars en marge du G20. Par effet de cascade, le 16 novembre furent inscrits dans le communiqué final du G20 qu’une « action forte et efficace » sur le réchauffement climatique devra être menée, ainsi que la nécessité de trouver un protocole d’accord international lors de la Cop21.

La réussite des négociations l’an prochain à Paris dépendra grandement de deux données : la position concomitante des pays européens et la garantie de l’alimentation du Fonds vert avant la fin 2014. L’enjeu est double pour l’Union européenne : d’une part, il est interne car il s’agit de dépasser les dissensions entre les pays, notamment avec la Pologne, pays produisant 90 % de son électricité grâce au charbon, et de loin le plus hostile à un objectif ambitieux, dont l’ancien premier ministre, Donald Tusk, préside actuellement le Conseil européen ; d’autre part, il est externe, en ce qu’il questionne la capacité d’influence de l’Union européenne et qu’il engage son leadership sur ces questions.

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