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La Turquie, un « partenaire stratégique » à la candidature ambiguë

, par Alexandra Volou

Une démarche supplémentaire est sur le point d’être franchie dans cette longue marche de la Turquie, la rapprochant de son voisin européen, et visant à « un photo-finish » d’intégration dans l’Union européenne. Les eurodéputés lors de leurs débats dans l’hémicycle strasbourgeois ont apporté une réponse généralement homogène à la question susvisée : la Turquie est, actuellement, un acteur très important quant à la résolution de la crise des réfugiés en Europe, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est pas encore en état d’adhérer à l’Union.

Nicolas Schmit, ministre luxembourgeois du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire, en charge des relations avec le Parlement européen pendant la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union, a plaidé devant le Parlement européen pour un partenariat renforcé avec la Turquie. Le Conseil européen de la semaine dernière a entériné les formes de cette coopération active. - © European Union 2015 - European Parliament

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  • Etudiante gréco-chypriote à la Faculté de Droit de Strasbourg, membre des Jeunes Européens - Strasbourg.

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La Turquie, « un partenaire stratégique de l’Europe »

Le message de La Turquie, « un partenaire stratégique de l’Europe » Le message de Nicolas Schmit, ministre luxembourgeois en charge des relations avec le Parlement européen pendant la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union, était clair et ferme : l’Europe est face à un défi qui est commun à celui de la Turquie. Ce véritable défi n’est autre que le flux massif de réfugiés, des personnes essayant d’échapper de la folie terroriste et à la guerre civile. Le Moyen-Orient est un chaudron bouillonnant ; une Syrie dévastée par la crise politique et la menace terroriste, ce virus qui se propage de manière inquiétante, et qui contamine rapidement les territoires du Yémen à la Libye, du Mali à l’Afghanistan.

« La Turquie est véritablement un partenaire stratégique pour l’Europe » affirme Nicolas Schmit. L’Europe doit travailler en partenariat avec la Turquie pour gérer ces crises, et notamment la crise syrienne, qui affecte de façon directe le périmètre européen, y compris la Turquie, située aux confins de l’Asie et de l’Europe. La position géographique (et politique) de la Turquie, incite l’Union à renforcer davantage leur coopération en matière de politique de migration et de frontières. En août 2015, la Turquie a accueilli le plus grand nombre de réfugiés, avec près de 2 millions de personnes, des Syriens et des Irakiens principalement.

Les organisations humanitaires condamnent la réaction, ou l’inertie plutôt, de la communauté internationale, tandis que des pays comme le Liban et la Turquie assument des fardeaux aussi lourds. Une urgence humanitaire d’une telle ampleur pour les pays limitrophes, au motif qu’ils partagent des frontières avec un pays en guerre, implique des aides importantes par tous les pays du monde.

Cet effort turc sera donc soutenu par l’Union européenne, qui débloque une somme importante de 176 millions d’euros en vue de soutenir l’aide aux réfugiés dans ces pays. La décision du Conseil de renforcer cette aide, avec le soutien des pays membres de l’Union, vise également à un financement de l’effort turc, même si le montant exact est encore sur la table des négociations, puisqu’il dépendra du progrès à plus long terme de la gestion de la crise par le gouvernement turc.

Il est aussi certain que la Turquie est capable d’aider essentiellement l’Union quant aux flux migratoires illégaux et notamment, contre les réseaux de passeurs, qui sont à l’origine des morts par milliers aux portes de l’Europe.

Cette coopération suppose, toutefois, des négociations, des dialogues politiques, qui actuellement peuvent s’avérer significativement plus délicats considérant l’instabilité politique déplorable en Turquie, notamment après l’attentat d’Ankara il y a quelques jours, qui est venu endeuiller la campagne des législatives.

De surcroît, l’idée lancée selon laquelle cette coopération exige un assouplissement considérable de la politique de visas, et plus précisément « une libéralisation du régime des visas » entre la Turquie et l’Union, a suscité l’insurrection d’un grand nombre d’eurodéputés au sein de l’hémicycle.

L’adhésion turque à l’Union européenne, une chimère ?

Le message émis par une majorité d’eurodéputés était plus qu’éloquent : la Turquie a un casier judiciaire loin d’être vierge. Reconnaissons également que la situation des droits de l’Homme en Turquie devient de plus en plus alarmante. Ces deux éléments ont été mis en exergue, et constitueront, selon moi, une barrière considérable quant aux négociations d’adhésion avec le pays, officiellement candidat depuis 1987.

Un génocide arménien toujours non reconnu par les autorités turques, une question chypriote toujours « en cours de résolution », « éternellement reportée à demain ». Dossiers comme tels, ou les différends en mer Egée, sont constitutifs d’une image de la Turquie négative, que retient l’attention des partenaires européens dans le cadre de leurs relations diplomatiques.

Qui plus est, en étant l’un des pays les plus condamnés par la Cour européenne des droits de l’Homme, en combinaison avec des violations impossibles à négliger pour la communauté internationale, la Turquie ne constitue guère un pays candidat attirant. Les violations graves comme la condamnation de plusieurs journalistes, ainsi que des artistes et de simples citoyens turcs « pour insulte » à la personne d’Erdoğan, ancien premier ministre et aujourd’hui président de la République turque ; la répression violente des mouvements de protestation pacifiques ; le bafouement systématique du droit de se réunir ; les violations du droit à la vie, à la liberté (de toute nature) et à la sûreté ont été nombreuses. La censure des sites internet, très pratiquée en Turquie, la fait figurer en tête « du palmarès » des pays les plus répressifs en matière de liberté individuelle et de liberté de la presse.

Last but not least, les politiques turques doivent s’inscrire dans le respect des valeurs qui définissent l’État de droit, la démocratie et les droits de l’Homme, et par cela, je me réfère plus précisément au respect des droits individuels et collectifs des minorités.

D’aucuns pourraient prétendre, non sans raison, qu’un pays violant de cette manière systématique et provoquante les valeurs de l’Union européenne, ne pourrait constituer d’aucune manière un partenaire sérieux à cette organisation politique.

Le contexte du processus d’adhésion de la Turquie et le critère culturel

La Turquie est située pour sa majeure partie (96 %) en Asie, en Anatolie. La question du critère géographique, même si pas encore posée, pourrait constituer un véritable obstacle à l’adhésion de la Turquie à l’Union.

Toutefois, l’enjeu principal de ce sujet réside dans l’admission de l’adhésion par les autres membres de l’Union, qui présente un caractère intuitu personae. En d’autres termes, l’adhésion reste discrétionnaire, et malgré un possible remplissement des conditions objectives, l’adhésion peut se heurter à la réticence des pays membres. Un critère culturel est véritablement en voie d’émergence.

De mon point de vue, cette candidature et ce processus d’adhésion de la Turquie à l’Union peuvent constituer une véritable incitation à de profonds changements institutionnels et démocratiques dans ce pays. Nul doute qu’une évolution en profondeur des mentalités est nécessaire pour parvenir à ces changements structurels, afin qu’un nouvel état d’esprit et de droit se concrétise.

Cependant, faisons cette procédure d’adhésion la véritable pierre angulaire de cet édifice démocratique et humanitaire, qui fût longtemps en voie de construction en Turquie.

Voir en ligne : Photo : CC

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P.-S.

Source complémentaire :
- Nicolas Schmit devant le Parlement européen.

Vos commentaires

  • Le 20 octobre 2015 à 18:23, par Lame En réponse à : La Turquie, un « partenaire stratégique » à la candidature ambigüe

    De mon point de vue, cette candidature et ce processus d’adhésion de la Turquie à l’Union peuvent constituer une véritable incitation à de profonds changements institutionnels et démocratiques dans ce pays.

    La Turquie c’est :
    - un gouvernement islamiste sous contrôle d’une dictature militaire engagé dans la persécution des Kurdes (quid des valeurs déclaratoires de l’UE ?) ;
    - un pays qui refuse de reconnaître/menace plusieurs Etats membres de l’UE (Quid de la solidarité entre les Etats membres ?)
    - un allié circonstanciel de Daech, sa participation (décorative) à l’OTAN étant une circonstance aggravante ;
    - un Etat dont l’intérêt pour le projet européen se limite aux subventions et l’accès au marché commun.

    Autant dire que la Turquie n’est pas plus prête à adhérer à l’UE que le Maroc à la CEE

    L’appartenance à l’UE ne garantit nullement un comportement vertueux. Pour exemple, il suffit de se remémorer les réformes constitutionnelles douteuses de Victor Orban en Hongrie. L’idée que la Turquie se changerait en Etat respectable du seul fait de son adhésion à l’UE est donc absurde.

    Au lieu d’envisager de faire rentrer n’importe qui dans l’UE, les institutions européennes feraient mieux d’arrêter de critiquer les Etats membres qui tentent de freiner le flux migratoire comme la Hongrie. Après tout, le traitement des migrants en Hongrie n’est pas pire que celui que leur imposera la Turquie si elle tient ses promesses.

    Si la Turquie veut coopérer avec l’UE, elle peut le faire dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée (UPM) dont elle est un Etat membre. L’UPM, c’est pas du pipo : Le Maroc s’en accommode très bien.

  • Le 21 octobre 2015 à 11:09, par Miko En réponse à : La Turquie, un « partenaire stratégique » à la candidature ambiguë

    - « une somme importante de 176 millions d’euros », une somme « importante » dis-tu ? les coûts à la Turquie, et uniquement à la Turquie de ces réfugiés a été pour l’instant de plus 4 milliards d’€. 176 millions n’a rien d’important du tout, c ’est uune somme dérisoire.

    - « l’un des pays les plus condamnés par la Cour européenne des droits de l’Homme » selon quelle source ? faut prendre en compte la taille de la population aussi peut-être non ?

    - « La Turquie est située pour sa majeure partie (96 %) en Asie ». Ca c’est toi qui le dit. Pour certains l’Europe s’étend jusqu’ au Mont Ararat, et d’après ton critère « de 96% en Asie » Istanbul (coeur du pays et plus de 20 millions d’habitants) est un Europe.

    - Concernant les violations des droits de l’Homme, c’est sur que la France, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie ... sont tous des pays exemplaires en la matière, où il n’existe que peu de violations de la CEDH

    j’aurai voulu reprendre chacune de tes phrases et les corriger. Mais pas le temps

  • Le 16 mai à 13:23, par VOLOU En réponse à : La Turquie, un « partenaire stratégique » à la candidature ambiguë

    Miko,

    - En ce qui concerne votre premier point, je vous répond non pas selon les données actuelles, vu que l’article a été publié en octobre 2015 : si nous considérons que l’aide accordée à la Grèce était de 300 millions d’euros en mars, qui n’est pas un pays tiers, mais un membre, qui devait être soutenu par les autres Etats membres selon les dispositions du règlement Dublin III, OUI, 176 millions d’aide financière à la Turquie, sans l’existence d’un accord préalable à l’époque, n’est pas une somme dérisoire. Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/03/02/migrants-bruxelles-degage-en-urgence-300-millions-d-euros-pour-la-grece_4875167_3214.html

    - Concernant les condamnations, je vous assure que la taille du pays n’a aucun rapport avec le nombre des condamnations. Je dirai que vous êtes malheureusement très désinformé. Et non, ce n’est pas moi qui le dit, la Turquie et la Russie sont les deux pays les plus condamnés pour la période 1959 à 2014 selon les rapports de la CEDH. Je vous invite de consulter les pages 181 à 183 du rapport officiel  :http://www.echr.coe.int/Documents/Annual_report_2014_FRA.pdf

    - Last but not least, la Turquie est considérée comme un pays asiatique, oui, et cela selon tout livre de géographie. Mais vu que je vous ne lisez pas de livres évidemment, je vous poste un site assez officiel qui le dit,facile à lire et à comprendre : http://www.statistiques-mondiales.com/asie.htm

    Je vous remercie de votre commentaire, mais je vous propose de vérifier vos propos avant de publier un commentaire, vu que vous exposez votre ignorance au public qui vous lit.

  • Le 10 juin à 11:10, par Ronan En réponse à : La Turquie, un « partenaire stratégique » à la candidature ambiguë

    A propos de la Turquie « in » ou « out » l’Europe (géographique).

    Ne pas oublier que les « continents » sont des constructions « culturelles », et non pas des faits de « nature ». Et que leurs limites sont complètement arbitraires, et – au cours de l’histoire – certainement pas fixistes ou intangibles.

    Ainsi, l’Europe « au départ » (i.e : aux « Temps antiques », éclairés en cela par les érudits gréco-romains d’alors…) (Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Europe#Acceptions_anciennes_de_l.27Europe_g.C3.A9ographique ) c’était avant toute chose - selon l’auteur - la Crète, ou juste une petite province thrace, ou carrément tout l’ « Erèbe » (continent « sombre » situé au nord de la méditerranée, pour ce que les Anciens en connaissaient...). Avant de devenir, par la suite, toute la « Pars occidentalis » latinophone de l’Empire romain (comprenant même, alors, toute l’Afrique du nord, jusqu’aux confins sahariens…).

    Et n’oublions pas – entre autres exemples - qu’il fallut attendre une décision politique du Tsar de Russie Pierre le grand (début XVIIIe siècle) pour que les Géographes (tout d’abord russes, ensuite seulement leurs collègues européens…) (Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Vassili_Tatichtchev ) acceptent de placer la frontière orientale de l’Europe sur les Monts Oural plutôt que sur le cours du fleuve Tanaïs / Don (décision parfaitement arbitraire et aucunement inscrite, jusqu’alors, dans quelque tradition que ce soit…). L’objectif de cette « décision politique » étant alors de faire de la Russie (jusqu’alors dédaignée par les Occidentaux, puisque par eux perçue comme « asiatique »…) un « pays européen » de plein droit.

    La Russie (la Turquie ?!) en sont-elles pour autant « en » Europe ?! Là, c’est – en fait – surtout, où que se placent le territoire et/ou les frontières de ces Etats, un problème de nature politique.

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