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Mariya Gabriel : « Le groupe des Etats d´Afrique, des Caraïbes et du Pacifique est un partenaire important pour l’Union européenne »

, par Andy Ramorasata

A la suite de l’Assemblée parlementaire paritaire entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), qui s’est déroulée à Strasbourg le mois dernier, Mariya Gabriel, vice-présidente du PPE et membre de la délégation à l’Assemblée parlementaire paritaire UE-ACP, revient sur les différents enjeux inhérents au partenariat entre les pays de l’Union et les pays ACP.

En cette Année européenne du développement, l’Assemblée paritaire ACP-UE aura un rôle central à jouer, étant au coeur des négociations sur les initiatives pour le développement, les objectifs mondiaux et les droits de l’Homme. - Frans de Wit

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Le Taurillon : Comment pouvez-vous définir plus précisément le groupe des pays ACP et sa relation avec l’Union européenne, qui reste assez méconnu des citoyens européens ?

Mariya Gabriel : Le groupe des Etats d´Afrique, des Caraïbes et du Pacifique est un partenaire important pour l’Union européenne. Il correspond à une organisation instituée grâce à l´Accord de Georgetown en 1975. Dès la première année de la création du groupe ACP, une forte coopération avec l’Union européenne a été instaurée, via la première Convention de Lomé. Cette convention a été ensuite révisée environ tous les cinq ans, avant d’aboutir à l’Accord de Cotonou, signé le 23 juin 2000. Cet accord, également révisé à deux reprises, régit nos relations actuelles. Aujourd’hui, il lie 78 Etats ACP et 28 Etats de l’Union européenne, faisant ainsi de ce partenariat une force certaine dans le contexte international.

La relation UE-ACP se traduit par des institutions communes, comme le Conseil des ministres, le Comité des ambassadeurs et l’Assemblée parlementaire paritaire (APP). L’APP, composée de 78 députés européens et d’un représentant de chacun des 78 Etats du groupe ACP, est une institution unique en son genre. En effet, elle est la seule assemblée internationale, où des parlementaires se réunissent régulièrement, en l’occurrence deux fois par an, afin de promouvoir et de discuter des questions relatives à l’interdépendance Nord-Sud.

Il est aussi déterminant de rappeler que cette coopération UE-ACP n’est pas figée et s’adapte en fonction des circonstances et des enjeux liés aux deux parties, ce qui explique les nombreuses révisions qui ont eu lieu depuis le début de la coopération. Le cadre du traité de Lisbonne, qui consacre notamment la solidarité et l’aide au développement des pays du Sud comme un signe d’identité de l’Union européenne, doit également nous permettre de renforcer nos relations et de faire en sorte que les défis et enjeux de notre partenariat soient mieux mis en valeur.

Le Taurillon : Justement, quels sont les grands enjeux du partenariat entre l’Union européenne et les pays ACP ?

Mariya Gabriel : Les grands enjeux du partenariat entre l’Union européenne et les Etats ACP sont multiples. La résolution de l’APP sur les conséquences du traité de Lisbonne sur le partenariat ACP-UE rappelle que ce partenariat est fondé sur un panel complet de domaines capitaux, incluant le développement, la prévention des conflits, la sécurité, la stabilité et la défense des droits de l’Homme. Ces grands défis représentent de véritables défis communs aux deux parties. C’est ensemble que nous pourrons répondre, par exemple, aux problématiques actuelles liées à la migration, aux questions humanitaires et aux droits de l’Homme, quand plus de 3000 migrants sont morts en 2014 en tentant de rejoindre l’Europe par la Méditerranée et quand le trafic d’être humain prolifère à la périphérie de cette région. La radicalisation religieuse et les questions sécuritaires en découlant constituent également des enjeux contemporains que les Etats ACP et de l’Union européenne doivent traiter conjointement dans les plus brefs délais.

Concernant les enjeux à venir, j’en distingue quatre essentiels :

• Tout d’abord, l’adoption d’un nouveau programme de développement pour l’après-2015, succédant aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). L’Union européenne et les Etats ACP ont agi conjointement pour tenter d’atteindre les OMD et doivent continuer dans cette logique.

• Puis, la finalisation de la programmation du 11e Fonds européen de développement (FED), qui subventionne des projets visant à promouvoir le développement économique, culturel et social des Etats ACP. Le Parlement européen a notamment permis que les projets relatifs à l’agriculture soient considérés comme une priorité.

• Ensuite, la poursuite des pourparlers par rapport aux Accords de partenariat économique (APE), accords devant permettre l’avènement d’un environnement économique propice au développement durable. Des avancées ont pu être observées cette année, mais bon nombre d’Etats ACP restent réticents quant à leur signature.

• Enfin, la réflexion sur les relations UE-ACP à l’horizon 2020, c’est-à-dire à l’expiration de l’Accord de Cotonou. Ensemble, il nous faut déterminer dans quelles mesures nous souhaitons que notre partenariat évolue, pour répondre aux défis d’un contexte international fortement changé depuis la signature de l’Accord de Cotonou.

Dans la conjoncture actuelle, nous pouvons observer que la transformation économique dans les Etats ACP est à l’œuvre. Afin de poursuivre dans cette voie, je suis persuadée que les efforts doivent être conduits avant tout de l’intérieur. Cependant, la complexité des conditions de certains Etats ACP témoigne de l’importance fondamentale de notre partenariat, comme le montre par exemple la situation des pays touchés par le virus Ebola.

Le Taurillon : En tant qu’eurodéputée bulgare, comment voyez-vous votre rôle par rapport aux pays ACP et dans l’Assemblée parlementaire paritaire UE-ACP ?

Mariya Gabriel : L’influence que doivent acquérir les nouveaux Etats membres de l’Union européenne sur les politiques externes, et notamment sur les relations UE-ACP, représente un véritable défi. En effet, je pense que nous abordons cette relation UE-ACP avec un esprit nouveau, une volonté nouvelle, pleinement fondée sur une vision d’égalité des partenaires, de réciprocité, de confiance. C’est pour cette raison que je plaide pour un changement d’approche de l’Union européenne quant à sa politique extérieure et pour une plus grande inclusion des nouveaux Etats membres dans sa mise en œuvre. A ce titre, la nomination de Neven Mimica, en tant que Commissaire à la coopération internationale et au développement, est un signal positif.

Ainsi, les eurodéputés des nouveaux Etats membres doivent trouver entièrement leur place dans le partenariat UE-ACP, notamment au sein de l’Assemblée Parlementaire paritaire UE-ACP, et peuvent constituer un atout de poids pour l’Union dans le cadre des négociations avec les Etats ACP. En cas de discussions un peu tendues, les Etats ACP ont moins tendance à dénoncer la sauvegarde d’intérêts lointains ou à revenir à des histoires relatives aux relations qu’ils ont eues avec les Etats membres plus anciens, problématiques qui ne permettent pas d’avoir une discussion apaisée sur les sujets cruciaux actuels du partenariat.

Pour ma part, j’estime le partenariat UE-ACP et les sessions de l’Assemblée parlementaire paritaire UE-ACP comme des éléments primordiaux de la politique externe de l’Union car nous avons une multitude d’enjeux en commun. Lors des sessions de l’APP, beaucoup de sujets importants sont débattus et amènent des discussions particulièrement intéressantes comme sur les droits de l’Homme, les libertés civiles, le développement rural ou encore l’égalité des genres. J’en profite d’ailleurs pour rappeler que l’APP a grandement contribué au renforcement de la question de la valorisation du rôle de la femme dans le processus de développement au sein du partenariat UE-ACP.

Le Taurillon : Selon vous, pourquoi les citoyens européens devraient plus s’intéresser aux débats qui sont tenus entre les deux parties ?

Mariya Gabriel : Je vais partir d’un exemple simple et exposer l’ordre du jour de la dernière Assemblée parlementaire paritaire qui a eu lieu à Strasbourg du 1er au 3 décembre 2014. Nous avons parlé de sujets tels que l’épidémie Ebola, la stratégie de développement du secteur privé, l’expansion du terrorisme en Afrique ou encore du lien entre migrations et développement. Ces sujets sont aussi importants pour les Etats ACP que pour nous, car ils peuvent avoir des répercussions certaines sur nos propres politiques. Leur sécurité, leur bien-être sont plus que jamais liés avec les nôtres. C’est dans ce contexte qu’il est déterminant que l’Union européenne soit unie dans les discussions avec les Etats ACP. L’exemple de la question liée aux migrations est probant. Si nous souhaitons avoir une réponse globale à cette problématique, nous ne pouvons aborder seuls ces questions, sans une coopération forte et efficace avec nos partenaires.

Mais il est important de rappeler qu’environ 80% des citoyens européens soutiennent la politique de l’Union européenne en matière de développement et de solidarité internationale, ce qui constitue une bonne base afin que les échanges entre l’Union et les Etats ACP soient mieux mis en valeur. Dans le cadre de l’Année européenne du développement en 2015, la première année européenne à être consacrée aux politiques externes de l’Union, nous devons permettre aux citoyens européens de mieux comprendre notre politique de développement et à cette occasion, insister, communiquer sur les partenariats, qui sont utiles à la fois pour les problématiques extérieures et intérieures à l’Union.

Avec les Etats ACP, nous avons une histoire commune et nous avons également un futur commun. C’est un partenaire que nous ne devons non seulement pas négliger, mais penser comme l’une de nos relations privilégiées. Et ceci sera aussi rendu possible par un plus grand intérêt des citoyens européens envers ces relations.

Voir en ligne : Photo : CC

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