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Pourquoi les journaux télévisés ne parlent pas de la nouvelle Commission

, par Fabien Cazenave

La composition de la nouvelle Commission européenne de Jean-Claude Juncker est tombée hier. Le PPE obtient la moitié des postes, Pierre Moscovici sera le représentant « français » et les femmes ne seront que neuf sur 28. Or aucun journal télévisé n’en a parlé hier-soir.

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Il est normal que cette annonce n’ait pas suscité l’intérêt des rédactions. Il est de coutume de taper sur les journalistes et les médias à propos de l’information sur l’Europe. Voici plusieurs éléments qui leur donnent cette fois raison.

Un gouvernement mais sans les postes de chacun...

La majeure partie des noms composant la Commission étaient déjà connus. Par exemple, le représentant « britannique » sera le baron Jonathan Hill, membre du parti Conservateur de David Cameron. On le sait depuis mi-juillet.

Si l’information est tombée seulement vendredi, c’est parce que Jean-Claude Juncker essayait de convaincre les pays qui n’avaient pas encore défini leur représentant de nommer une femme. C’était notamment le cas de la Belgique. Le tweet du président de la Commission « Heureux de t’avoir Marianne Thyssen » montre à quel point le sujet était important pour lui. En effet, les socialistes, les libéraux et les verts en ont déjà fait un élément central de leur futur vote de confiance à la Commission : avec moins de neuf femmes, ils auraient « par principe » censuré l’exécutif européen.

En fait, l’information aurait été de savoir à quel poste chacun va aller. Imaginons pour la composition du gouvernement Valls 2 si les journalistes n’avaient pas eu les postes liés aux personnes...

Une annonce qui traîne en longueur

Nous sommes en septembre soit quatre mois depuis les élections européennes fin mai. Pourquoi les journaux parleraient-ils d’une annonce qui n’est qu’une étape dans le processus ? Ce tempo particulièrement lent est aussi une explication du désintérêt des médias pour l’actualité européenne. Entre temps, les batailles des nominations pour Juncker ou pour le membre national de la future Commission ont déjà vampirisé l’information.

Si en plus, cette annonce se fait au milieu d’un sommet de l’Otan, d’un cessez-le-feu en Ukraine et d’un scandale dans un pays lié à la sortie d’un livre sur les coulisses de la vie du président... l’actualité considérée comme internationale par les rédactions est déjà complète. Elles en parleront à un autre moment puisque le processus n’est pas fini.

Une Commission « extérieure » à Juncker

14 représentants du PPE (centre-droit), 8 des Sociaux Démocrates, 5 Libéraux (centre) et 1 Conservateur britannique. Le parti de droite européen est sorti grand vainqueur de cette annonce avec la moitié des postes. Normalement, on pourrait s’attendre à ce que les Socialistes, pourtant partenaires obligatoires pour toute majorité au Parlement européen, ruent dans les brancards. Il n’en sera rien car cette composition de la Commission n’est pas lié au rapport de forces politique issu des élections européennes de mai 2014.

En effet, chaque membre de la Commission a été nommé par son Etat d’origine. Or, du point de vue des gouvernements nationaux, c’est la droite qui domine en Europe. Il est donc logique de retrouver cette forte présence du PPE. Cela explique même qu’il y ait un conservateur britannique, parti de plus en plus eurosceptique dans l’exécutif européen.

Il sera savoureux de voir pendant cinq ans les Commissaires européens nous expliquer qu’ils sont là pour représenter l’intérêt général européen et non leur gouvernement alors que leur place est dû à la volonté d’un clan politique.

L’information donnée de manière non-solennelle

On a appris l’information par un tweet de la Commission qui a essayé de faire monter l’information grâce au hashtag #TeamJunckerEU. Il n’y a donc pas eu de cérémonie pour inviter la presse et annoncer l’information. Sans décorum particulier, les journalistes n’ont pas besoin de se déplacer pour donner l’information. Il n’y a pas d’images à diffuser ou de sons à utiliser.

L’annonce d’un gouvernement doit se faire avec une cérémonie particulière qui n’a pourtant pas besoin d’être fastueuse. Par exemple, pour les Conseils européens à Bruxelles, la plupart des journaux n’ont que trois possibilités pour illustrer le sujet : l’arrivée des voitures, l’éventuelle accolade ou déclaration avant d’entrer réellement dans le bâtiment et la conférence de presse de clôture. Sans ces éléments-là, il n’y aurait rien à montrer pour les médias. Les sommets européens sont des rencontres diplomatiques où le secret des débats permet de sortir à la fin tous ensemble avec une seule déclaration. Or les rédactions arrivent bien à en parler dans les journaux du soir.

A la limite, une rédaction, si elle avait décidé de réaliser quand même quelques secondes au sujet, aurait demandé à son journaliste une réaction au gouvernement (ou au président suivant le pays) sur l’équipe autour de Jean-Claude Juncker. On voit bien que l’aspect non-événementiel de la vie européenne pèse clairement dans la diffusion de l’information.

Quelle prochaine fenêtre de tir médiatique pour la Commission ?

Si Jean-Claude Juncker veut pouvoir peser face aux Etats, il devra s’appuyer sur son élection européenne et se faire connaître auprès du grand public. Cela signifie qu’il doit prévoir une batterie d’invitations dans les journaux télévisés le jour de l’annonce de la répartition des postes. Les directs depuis Bruxelles devront être facilités pour les télévisions et la Commission doit d’ores et déjà préparer des offres de traduction simultanée à chaque télévision. Le Berlaymont, bâtiment de la Commission à Bruxelles, doit probablement avoir plusieurs salles de réception qui feront l’affaire.

Autre fenêtre de tir médiatique, le vote au Parlement européen. Le décorum est connu du grand public et ce sont des images faciles à diffuser pour les télévisions. De même que pour l’annonce de la répartition des postes au sein de la Commission, Jean-Claude Juncker doit prévoir toute une série de directs avec les télévisions, voir une déclaration avec tous ses commissaires derrière lui.

Au pire pour les directs à la télévision, Jean-Claude Juncker peut prévoir de le faire avec le commissaire issu du pays. Par exemple en France, les journaux télévisés seront probablement intéressés d’avoir à la fois le président de la Commission et la « tête nationale » de son équipe. Cela les convaincraient probablement que le citoyen se sentirait concerné par l’information.

Le chemin est encore long pour que les rédactions des journaux télévisés aient l’impression que l’information européenne vaut le coup d’être diffusée. La Commission doit devenir un de ses pivots.

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Vos commentaires

  • Le 7 septembre 2014 à 16:39, par catherine En réponse à : Pourquoi les journaux télévisés ne parlent pas de la nouvelle Commission

    Un point fort bienvenu mais qui pêche quelque peu par son optimisme. Si c’est comme pour les débats avant les élections, cela va être laborieux : l’Union européenne des télévisions ne croit qu’à l’anglais qu’elle impose dans les débats ; il a fallu quelques rebelles(Tsipras, mais aussi Juncker et enfin lui et Schulz pour l’allemand) et l’initiative de quelques chaines pour avoir des débats dans la langue.... des citoyens ! les interprètes du Parlement européen étaient prêts et compétents... ils n’ont pas été mobilisés puisque le mot d’ordre est : chacun gère son poulailler. On reste dans la stratosphère « INTERNATIONALE » à la grand papa, avec quelques secondes dans le meilleur des cas pour la « fenêtre de tir médiatique » à la télévision nationale (vue sur le « salon de l’auto », la photo de famille des chefs d’état et de gouvernement, ...). il ne faut pas donc faire de communication fiction ; il n’y aura vraiment pas grand chose tant que personne ne donne un grand coup de pied dans la fourmillière

  • Le 14 octobre 2014 à 20:41, par catherine En réponse à : Pourquoi les journaux télévisés ne parlent pas de la nouvelle Commission

    je relis aujourd’hui, un mois et plus plus tard, et me dis qu’il y a plein d’excellentes suggestions dans ce texte, j’espère que le président de la COmmission va vous lire ou bien que vous allez lui écrire !!!!

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