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Quel est le projet de Renzi et Mogherini pour l’Europe ?

, par Alexandre Marin, Roberto Castaldi

Le choix de présenter la candidature de Federica Mogherini pour les fonctions de Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et de vice-présidente de la Commission a provoqué un débat, tant à l’échelle italienne qu’européenne.

Auteurs

  • Director Centro Studi, Documentazione e Formazione sull’Unione Europea (CESUE) Assistant Professor Sant’Anna School of Advanced Studies Vice-Editor Perspectives on Federalism and Bibliographical Bulletin on Federalism Segretario regionale MFE Toscana

  • Etudiant en droit français et espagnol à l’Université Complutense de Madrid et à Paris 1 Panthéon-Sorbonne

D’aucuns ont le manque d’expérience relatif du ministre ou encore son jeune âge. Cependant, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) est jeune lui aussi et a besoin d’énergie pour se développer et s’affirmer. Plusieurs États de l’Europe centrale et orientale — préoccupés à juste titre par les événements en Ukraine et par une politique russe substantiellement impérialiste — craignent qu’une personnalité politique italienne ne perçoive pas la gravité de la menace russe, aussi en raison des liens économiques entre la Russie et l’Italie. Outre ses déclarations en faveur de sanctions contre la Russie en raison de la situation ukrainienne, il serait important que l’Italie précise son projet et sa proposition sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE.

Autour de l’UE, tensions et conflits s’embrasent : l’Ukraine, la Syrie, le Liban, le conflit israélo-palestinien, le morcellement de l’Irak et de la Lybie, l’instabilité de presque toute l’Afrique du Nord, et les autres tensions politiques majeures qui touchent jusqu’à la Turquie — notamment en raison de la décision de ne pas accélérer le processus de négociation pour son adhésion à l’UE, qui aurait apporté une stabilisation démocratique significative et très importante. Personne ne peut espérer que ces conflits ne nous touchent pas, ou que d’autres, comme les USA qui sont aux prises avec la montée de la Chine et les tensions qui en résultent en Asie orientale, s’en occupent. Il y a un risque pour notre sécurité, tout comme pour notre économie, qui serait touchée par le biais des approvisionnements énergétiques.

Avec quel projet Federica Mogherini se présente-t-elle au poste de Haute Représentante ? Quel usage veut-elle faire de ce rôle ? Quelles propositions institutionnelles entend-elle promouvoir pour créer une réelle politique étrangère et de sécurité commune européenne ? Et quelle politique entend-elle poursuivre vis-à-vis des principaux foyers de crise ?

Face aux enjeux géopolitiques actuels, l’Italie devrait proposer de dépasser l’unanimité sur la politique étrangère et de sécurité, d’engager une coopération structurée permanente en matière de défense, de créer une union de l’énergie. Avec l’unanimité, il n’y aura jamais de politique étrangère européenne. Avec la coopération structurée, on peut créer un embryon d’armée européenne avec les pays disponibles, sans qu’il soit prévu un nombre minimum de participants pour la rendre fonctionnelle. Une défense européenne efficace est possible, même sans la Grande-Bretagne : la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne, les Pays-Bas et la Grèce constituent ensemble 60 % des dépenses militaires européennes, et le double des dépenses russes. L’Union énergétique sert à négocier avec plus de force et à investir plus, même dans les énergies renouvelables.

C’est ce projet-là qui justifierait l’ambition italienne, aiderait l’UE à relever les grands défis actuels, serait cohérent avec l’objectif de rapprocher l’UE de ses citoyens- qui demandent depuis toujours que l’Europe parle d’une seule et même voix dans le monde- et, renforcerait également l’Italien dans les négociations sur les dossiers économiques.

Cela serait un programme à même de justifier l’ambition italienne, qui aiderait l’UE à affronter les grands défis en cours, qui serait cohérent avec l’objectif de rapprocher l’UE des citoyens — depuis toujours, ils demandent qu’elle parle d’une seule voix dans le monde —, et qui donnerait de la force à l’Italie, même dans les négociations sur les dossiers économiques.

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Vos commentaires

  • Le 2 septembre 2014 à 11:24, par François MENNERAT En réponse à : Quel est le projet de Renzi et Mogherini pour l’Europe ?

    En réalité, tout frétillant que soit M. Renzi, on se moque un peu du projet de l’Italie pour les affaires étrangères européennes. Que le gouvernement italien ait ses idées sur ce que devrait être une politique européenne, ce devrait être la moindre des choses ! Ce qui est en jeu, c’est de dégager une vision européenne du bien commun des citoyens européens. Et pour ça, ce n’est pas l’Italie qui fera le travail toute seule, fut-elle l’État qui préside pour 6 mois (seulement) le Conseil de l’Union européenne. La titulaire du portefeuille du SEAE devra amener celui-ci à dégager un projet supranational qui prépare l’avenir des peuples européens. Mettons un terme aux comptes d’apothicaires entre les chefs d’État et de gouvernements. Changeons de lunettes et sortons de la pensée intergouvernementale, c’est une question conceptuelle pour commencer.

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