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Quelle position pour l’Union européenne vis-à-vis de la Turquie ?

, par Béatrice Chahine

A Strasbourg, lors de la dernière session plénière du Parlement européen, les députés ont débattu des relations à adopter avec la Turquie, pays candidat depuis de nombreuses années, partenaires sur de nombreux dossiers, tant dans la crise des réfugiés que dans la stabilisation du Moyen-Orient et en particulier de la Syrie. La situation impose de redéfinir ces relations.

Les leaders européens, dont Donald Tusk, président du Consel européen, ont multiplié les rencontres bilatérales avec le président turc Erdogan pour définir un partenariat efficace dans la gestion des crises actuelles au Moyen-Orient. - European Council President

Auteurs

  • Franco-américaine de New York, diplômée d’une licence d’histoire et d’un master d’études européennes et internationales.

La Turquie a longtemps été un pays aux frontières stratégiques, à la croisée de nombreux événements et de mouvements dans la région. Entre les conquêtes par l’Empire ottoman et les conflits du XXe siècle, ce pays arbore à présent un régime démocratique et souhaite, depuis des années pour des raisons économiques et géopolitiques, intégrer l’Union européenne.

Cependant, depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdoğan en 2003 et son élection au poste de président cette année, le pays doit affronter de nombreux défis, économiques et géostratégiques, le dernier en date étant la crise des réfugiés couplée avec la guerre en Syrie. Le débat du mercredi 7 octobre au Parlement européen a révélé oppositions, hostilités et anxiétés parmi les élus européens.

Un « safe haven » ou une menace ?

Les Chypriotes et les Grecs, de droite comme de gauche, ont dominés le débat sur la situation actuelle en Turquie. Quatre millions de réfugiés ont quitté la Syrie, beaucoup essaient de gagner l’Europe, transitant par le Liban, la Jordanie et la Turquie. La première question qui se pose est celle-ci : la Turquie est-elle un « safe haven », un « safe country » ?

Certains dans l’hémicycle répondent par la négative. La Turquie, qui mène actuellement une offensive contre les Kurdes alors que le gouvernement turc affirme lutter contre l’organisation « Etat islamique », ne peut constituer un allié sûr et un refuge sécurisé pour les réfugiés. Les Kurdes sont le seul groupe sur le terrain à avoir des succès militaires face aux terroristes de Daesh à l’heure actuelle. Le député Lópes Aguilar (S&D) a mis l’accent sur la violence au Kurdistan, et le député Chrysogonos dénonce le fait que la Turquie, qui mène certes beaucoup d’actions, occupe une partie du territoire chypriote et est soupçonné de financier les terroristes ; le pays achèterait entre autres son pétrole à l’Etat islamique.

Géopolitiquement, la Turquie ne s’est pas positionnée sur l’échiquier. On dit que la Russie joue un jeu dangereux, mais au vu des différentes évolutions en Anatolie, en Syrie et en Grèce, elle n’est pas la seule. Abritant plus d’1,5 millions de réfugiés, la Turquie est critiquée par certains députés pour l’aide insuffisante qu’elle apporte aux réfugiés et pour son incapacité à arrêter le flux de ceux voyageant vers l’Europe. Il se peut que la Turquie veuille prendre ses distances avec la coalition internationale et les forces occidentales en présence.

Débat : négociations, écartement ou isolement

Les députés présents ont donc débattu de possibles négociations avec la Turquie ou d’une mise à l’écart éventuelle. L’extrême droite ne veut rien entendre pendant que d’autres pensent qu’un dialogue avec la Turquie est nécessaire en ces moments difficiles. Cela dit, il serait préférable d’éviter de reproduire les mêmes tensions avec Turquie, que celles que connaît l’Union depuis quelques temps avec la Russie.

Et pourtant, la tension est forte. Le gouvernement turc prend depuis plusieurs mois un virage autoritaire, illibéral, et se tourne vers l’islamisation. On parle d’un gouvernement qui jette des journalistes en prison ; on parle d’un gouvernement qui nie toujours le génocide arménien de 1915 et les persécutions de minorités, telles que les Kurdes aujourd’hui. Tout cela se combine avec les débats autour des élections législatives turques, rythmées par les meetings et meurtries par les récents attentats à Ankara. Il se pourrait bien que l’opposition gagne du terrain face à l’AKP, le parti d’Erdogan.

Entre temps, l’Union européenne devra se prononcer avec rapidité et diplomatie sur la stratégie à adopter vis-à-vis de la Turquie avec pragmatisme et sang-froid.

Voir en ligne : Photo : CC

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