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Terrorisme : Hillary Clinton fait la leçon à l’Europe

, par Nathan Delbrassine

Au lendemain des attentats de Bruxelles, les réactions de la communauté internationale ont afflué. Si nombre d’entre elles manifestaient leur soutien au plat pays, d’autres, comme Hillary Clinton, ont critiqué sans détour l’Union européenne pour sa gestion du terrorisme. L’union fait-elle la force ? L’Europe doit-elle s’inspirer des politiques antiterroristes américaines ?

Hillary Clinton est en campagne pour l’investiture démocrate. - Marc Nozell (CC/Flickr).

Auteurs

  • Etudiant en droit à l’Université libre de Bruxelles, membre des Jeunes Européens.

Le partage de l’information

Ce 23 mars 2016, l’ancienne secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, a revêtu son costume. En effet, celle-ci a dénoncé des problèmes de communication de renseignements entre les différentes autorités européennes et nationales. La candidate à la primaire démocrate a appelé les Etats-Unis et l’Europe à mettre en place une politique de partage de l’information en matière de terrorisme. Cette déclaration pose trois questions.

La première est celle de la capacité de l’Union européenne à se doter des moyens d’agir. Les services de renseignement nationaux jouent solo depuis que l’Europe est frappée par les attaques terroristes. Les coopérations sont anecdotiques, alors qu’elles devraient être la norme. Hillary Clinton n’a pas été la seule à pointer cette défaillance, qui demande une réaction urgente dans la création d’une agence européenne du renseignement pour coordonner ce partage d’information entre les Etats membres, voire un FBI européen et un parquet européen pour dépasser les frontières nationales dans la tracte des terroristes et leur poursuite devant les tribunaux.

La deuxième question est celle de la capacité de l’Union européenne à dialoguer avec d’autres sur la scène internationale. Effectivement, ce postulat présume que l’espace communautaire peut parler d’une seule voix. Cependant, les Etats membres ne toléraient pas une telle atteinte à leur souveraineté nationale. De plus, admettons que l’Union européenne soit en mesure de participer à des structures de ce type, il faudrait qu’elle bénéficie d’une autorité importante sur le plan interne afin d’éviter des conflits entre les différents services de renseignement nationaux. Par exemple, en Belgique, une réforme des services de police a eu pour origine les rivalités entre les services de police et de gendarmerie qui ont porté atteinte au bon déroulement d’une enquête pour des faits de pédophilie. L’Union européenne doit donc disposer des moyens et de l’autorité nécessaires à la lutte contre le terrorisme.

Hillary Clinton a aussi déclaré : « l’Amérique a besoin que les services de renseignement européens travaillent main dans la main avec les nôtres, y compris là où ils ont plus d’accès et d’expertise, comme en Afrique du Nord ». Cette annonce introduit la troisième question qui est celle de la coopération avec les Etats-Unis, de la quantité et de la qualité des données échangées. Une fois que l’espace communautaire est en mesure de communiquer efficacement avec ses homologues, la question qui se pose est de savoir quelle information communiquée, sachant que les Etats-Unis et l’Union européenne n’ont pas la même politique de confidentialité des données et de protection de la vie privée.

L’Europe doit-elle s’enliser dans des conflits tête baissée ?

L’ancienne secrétaire d’Etat des Etats-Unis ajoute : « nous avons besoin que les banques européennes cessent de financer le terrorisme. Nous avons besoin que les avions européens mènent des missions en Irak et en Syrie, et que les forces spéciales européennes participent à la formation et à l’équipement des forces locales anti-Etat islamique sur le terrain ». Outre, l’accusation portée contre notre système bancaire, nous pouvons nous interroger l’opportunité de la proposition de l’ancienne secrétaire d’Etat des Etats-Unis. En effet, il semble que celle-ci ait déjà oublié les affres de la guerre d’Irak de 2003 et d’Afghanistan à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Ces exemples montrent bel et bien que partir en guerre n’a jamais endigué le terrorisme. Au contraire, ces guerres ou les récents bombardements en Syrie renforcent le djihadisme. Elle oublie aussi que les Etats-Unis se désengagent au Moyen-Orient, et que l’Union ne peut remplacer les Etats-Unis sur ce théâtre d’opération.

Ces conflits permettent aux terroristes de se poser en victimes, d’instrumentaliser la méfiance envers l’occident et d’opposer les valeurs de liberté et de démocratie que nous défendons et les actes que nous commettons.

L’Etat de droit et les leçons à tirer des Etats-Unis

Aujourd’hui, certaines personnalités américaines se permettent d’énoncer un « petit manuel de bonne répression du terrorisme ». En effet, les Etats-Unis ont été les premiers à être frappés par ce type de terrorisme. Il est donc tout naturel de tourner la tête vers ce pays afin de voir ce qui a été mis en place pour lutter efficacement contre le terrorisme dans sa forme actuelle. Toutefois, si nous tournons la tête vers les Etats-Unis nous ne voyons que Guantánamo et « Patriot Act » successifs. La torture, les atteintes manifestes et répétées et les écoutes massives n’ont rien empêché.

N’ayons plus peur de dialoguer puisque les armes n’ont rien changé. N’ayons pas peur de tenter autre chose étant donné que les solutions traditionnelles ne font plus recette. Pour vaincre le terrorisme, l’Union européenne doit rester fidèle à elle-même, à ses valeurs, à ses principes. C’est par l’intermédiaire de la discussion que nous déradicaliserons. L’Europe ne doit pas jouer contre elle ! Nous n’avons rien à apprendre des Etats-Unis !

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