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Victoire de Syriza en Grèce : un changement historique pour l’Union européenne ?

, par Jérôme Quéré

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Le parti de gauche radicale Syriza a remporté les élections législatives hier en Grèce. Cette victoire est historique et aura des conséquences sur l’Union européenne. Toutefois, celles-ci ne seront peut-être pas aussi importantes qu’attendues.

Hier soir, le parti de la gauche radicale Syriza a remporté les élections législatives grecques. A deux sièges de la majorité absolue, le parti pourra mener à bien sa politique anti-austéritaire au grand dam de certains voisins européens. - Epoca Libera images www.epocalibera.com

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Ce matin, les derniers résultats des élections législatives grecques créditaient le parti de gauche radicale Syriza de 36,3% des voix. Soit 149 sièges, deux de moins que la majorité absolue. Le parti d’Alexis Tsipras n’aura aucun mal à convaincre les quelques députés nécessaires pour obtenir le nombre de sièges nécessaires. Il devance largement la « Nouvelle Démocratie » du Premier ministre sortant, Antonis Samaras, qui recueille 27,8% des voix (76 sièges).

Le parti anti-austérité souhaite inverser la tendance et redonner confiance aux Grecs. Espérons qu’il en sera de même pour les marchés financiers, très capricieux malgré les nombreux efforts de cette population qui s’est pliée aux réformes austéritaires mises en place par le précédent gouvernement. Celles-ci n’ont pas réussi à faire leur preuve et le pays croule encore sous les dettes.

Les vaines menaces des voisins européens

Le peuple grec n’a donc pas tenu compte des déclarations de la chancelière allemande, Angela Merkel, sonnant comme une menace. Selon le magazine allemand Der Spiegel, la dame de fer allemande aurait affirmé, début janvier, qu’elle était prête à laisser la Grèce sortir de la zone euro en cas de victoire de la gauche radicale. Ils ne se sont pas non plus laissés influencer par les propos du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui s’était dit en faveur de « visages familiers » ou du Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, confronté pour sa part à la montée du parti de gauche radicale Podemos. Ces propos ont peut-être même favorisé la victoire de Syriza.

La Grèce sera-t-elle poussée hors de la zone euro ? Non. Alexis Tsipras l’avait annoncé avant les élections, il est hors de question pour son parti d’abandonner la monnaie unique européenne. Il ne remet pas non plus en cause l’appartenance de son pays au projet européen. Hier soir, il a même affirmé que « le nouveau gouvernement évitera la confrontation destructrice avec ses partenaires » européens.

Le vent serait-il en train de tourner en Europe ? Malgré les déclarations peu respectueuses de la démocratie grecque des voisins européens, les positions politiques semblent se détourner du chemin aride de la rigueur pour lui préférer les terrains plus verdoyants de la flexibilité et de la politique de relance. Une politique européenne plus accommodante ?

La Commission européenne a affirmé vouloir se montrer plus flexible envers les pays ne respectant pas les sacro-saint 3% de déficit autorisés, comme cela est prévu dans les traités, au grand plaisir de la France et de l’Italie. Le plan d’investissement Juncker de 315 milliards d’euros, même s’il est souvent jugé insuffisant, montre qu’une politique de relance peu accompagner une meilleure gestion des deniers publics.

Dernière annonce en date, l’assouplissement quantitatif, ou quantitative easing, annoncé par le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi. Cette dernière carte abattue par l’institution de Francfort lui permettra de racheter des titres de dette des pays de la zone euro jusqu’à 60 milliards d’euros par mois pendant au moins dix-huit mois. Même Angela Merkel n’a pas pu s’opposer à ce programme qui, selon elle, risque de dévier les pays des réformes nécessaires.

Merkel a favorisé Syriza malgré elle

La chancelière allemande, en position de force depuis le début de la crise, est donc de plus en plus mise en difficulté dans sa volonté d’imposer la rigueur budgétaire au sein de l’Union européenne. Ce changement est perceptible, mais vient de loin. La cheffe de gouvernement allemand a su montrer sa poigne lors de négociations avec ses voisins. Opposée à apporter une aide financière à la Grèce au début de la crise, elle n’a fait que l’aggraver. Pliant finalement, elle a réussi à obtenir des contreparties en renforçant le droit de regard de la Commission européenne sur les budgets nationaux, afin de s’assurer qu’elle ne signait pas un chèque en blanc.

Si l’Union européenne a avancé au gré de la crise, ce n’est que suite à des négociations tardives et non transparentes entre chefs d’Etat et de gouvernement. Cette méthode s’est montrée insuffisante face à la crise. Les meilleurs payeurs, l’Allemagne à leur tête, ont vu leur importance décupler pendant que les autres étaient contraints par les plans de rigueur. L’échec de ces plans a poussé les Grecs à choisir un parti de gauche radicale pour montrer leur opposition à l’austérité. Mais les récents sondages montrent qu’ils ne souhaitent pas tourner le dos à l’Union, ni à l’euro. Ils veulent rester en son sein, mais veulent la voir évoluer, pour qu’elle soit plus à l’écoute des peuples et moins à celle des marchés financiers.

Des attentes trop élevée des électeurs grecs ?

La victoire d’un parti de gauche radicale dans un pays membre de la zone euro ne remet pas celle-ci ou l’Union européenne en cause, contrairement à ce qu’aimerait nous faire croire Marine Le Pen, qui s’est récemment prononcée en faveur de cette victoire, dévoilant l’inconsistance de sa vision politique. Cette victoire et la volonté des Grecs de rester dans le projet européen montrent qu’ils espèrent une autre Europe, plus solidaire. Les récentes mesures de la Commission européenne et de la BCE semblent aller en ce sens.

Toutefois, l’arrivée d’Alexis Tsipras au Conseil européen ne permettra pas ce virage européen. Il reste le seul dirigeant européen à s’opposer aussi fermement à l’austérité. Le Conseil européen n’est certainement pas l’institution vers laquelle se tourner pour obtenir ce changement. Les radicaux de gauche en Grèce devraient profiter de ce moment d’allégresse, car les négociations à venir seront rudes, malgré la récente flexibilité de la Commission européenne.

La victoire du parti de gauche radicale en Grèce permet de rabattre quelque peu les cartes en Europe. Le jeu commence à tourner en faveur des défenseurs de la relance, mais la première partie était dominée, de loin, par les partisans de la rigueur budgétaire, Angela Merkel en tête. Si la prochaine manche se profile compliquée pour le nouvel entrant, le bluff allemand n’a pas fonctionné et le jeu se déroule désormais carte sur table.

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