Actualité littéraire

Alessandro Giacone : « L’Europe difficile », c’est l’histoire de la construction européenne

Un des auteurs s’exprime dans le Taurillon

, par Fabien Cazenave

Alessandro Giacone : « L'Europe difficile », c'est l'histoire de la construction européenne

Alors que sort aujourd’hui une nouvelle version enrichie de « L’Europe difficile » de Bino Olivi et Alessandro Giacone, ce dernier vient dans le Taurillon pour nous en parler. Il nous livre ses impressions en exclusivité.

Le Taurillon : Pouvez-vous nous présenter le livre "L’Europe difficile et son but ?

Alessandro Giacone : "L’Europe difficile" est une histoire de la construction européenne, qui va de 1948 à nos jours. Notre but a été d’écrire un manuel universitaire qui soit accessible au grand public. Lors de la campagne référendaire française, on s’est rendu compte qu’il existait une forte demande d’information dans ce domaine. A l’heure actuelle, il existe plusieurs ouvrages sur l’histoire de l’Europe, mais la plupart d’entre eux se limite à présenter les traités européens et à décrire les négociations entre les États.

Nous avons essayé de restituer l’histoire des Conseils européens et l’action des institutions communautaires. L’originalité de l’ouvrage, c’est aussi de présenter un point de vue « interne » de la Commission européenne, dont Bino Olivi a été le porte-parole pendant près de vingt ans.

Le Taurillon : Une nouvelle édition sort aujourd’hui (5 avril), chez Folio. Quelles sont les nouveautés ?

Alessandro Giacone : Le livre se présente sous une forme profondément renouvelée par rapport aux deux premières éditions (publiées en 1998 et en 2001). En particulier, je vois trois grandes différences.

La première tient à la mise à jour de l’ouvrage. La dernière édition de l’Europe difficile s’arrêtait au traité de Nice. La nouvelle inclut un nouveau chapitre qui couvre les événements des sept derniers années, de la Convention jusqu’au dernier élargissement.

La nouvelle version inclut les sept dernières années.

La deuxième, c’est un effort de clarification. Nous nous sommes inspirés de nos expériences d’enseignement pour rendre le livre plus accessible au public universitaire. Le livre est passé de 22 à 14 chapitres et avons inclus un grand nombre d’encadrés et de schémas.

Enfin, nous avons souhaité revenir sur certains lieux communs, que l’on trouve souvent dans les manuels d’histoire européenne. Je donnerai trois exemples : la méthode Monnet, les pères fondateurs et le traité de l’Elysée. On réduit souvent l’œuvre de Monnet à la « méthode des petits pas », bref à une méthode technocratique qui donnerait la primauté à l’économie sur le politique. A notre sens, il s’agit d’un contresens complet. De même, lorsqu’on parle des pères fondateurs de l’Europe, on se borne à quatre personnages (Monnet, Schuman, Adenauer, De Gasperi), oubliant au passage les autres fondateurs (Spaak, Beyen, Pierre Uri…). Enfin, il est étonnant de voir le rôle que l’histoire officielle attribue au traité de l’Elysée (1963), alors que la réconciliation franco-allemande avait commencé treize ans plus tôt !

Le Taurillon : Est-ce que la crise actuelle que vit l’Union européenne est la plus grave que celle-ci ait connu ?

Alessandro Giacone : La Communauté, puis l’Union européenne ont connu beaucoup de crises. Il est intéressant de constater que ces crises ont souvent coïncidé avec le moment où l’on semblait basculer vers une Europe politique. C’était le cas en 1954, lorsque l’échec de la CED s’est accompagné de l’effondrement de la Communauté politique européenne. Ce fut le cas en 1965, quand le général de Gaulle refusa, par la politique de la chaise vide, d’entériner le « putsch fédéraliste » de la Commission Hallstein. Nous en avons un autre exemple en 1984, lorsque les États membres n’ont pas voulu donner suite au « projet Spinelli » qui avait été rédigé par le Parlement européen. L’échec de la constitution européenne témoigne encore une fois de ces difficultés à accepter des délégations de la souveraineté nationale.

A l’heure actuelle, il n’existe pas des leaders qui soient radicalement opposés à l’Europe communautaire

Peut-on comparer cette crise aux autres ? D’un côté, la situation peut sembler plus facile. A l’heure actuelle, il n’existe pas des leaders qui soient radicalement opposés à l’Europe communautaire, comme cela a été le cas avec le général de Gaulle ou Margaret Thatcher. Tous les dirigeants européens (ou presque) sont d’accord pour réformer les institutions européennes. De plus, il existe pour cela un texte de base, qui a déjà été accepté par les gouvernements, le projet de constitution.

De l’autre, l’Union compte aujourd’hui 27 membres. La recherche d’un nouveau compromis sera beaucoup moins aisée, d’autant plus qu’il devra être accepté (et parfois ratifié) par 27 opinions nationales. Je crois qu’il sera difficile de sortir de cette situation si l’on ne trouve pas des solutions pour aménager la règle de la ratification à l’unanimité.

Illustration : nouvelle couverture du livre « L’Europe difficile », de Bino Olivi et Alessandro Giacone, sortie aux Editions Gallimard - Folio Histoire le 5 avril 2007.

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