Disparition de Vaclav Havel : L’icône de la révolution de velours s’est éteinte.

, par Charles Coudoré

Disparition de Vaclav Havel : L'icône de la révolution de velours s'est éteinte.

Vaclav Havel, icône de la révolution de velours et autorité morale de la République tchèque, est décédé hier à l’âge de 75 ans, à la suite de multiples problèmes de santé, dus notamment à des années de prison durant le régime soviétique. Le Taurillon rend hommage à cet homme de lettres devenu président et symbole éternel de l’opposition face au joug communiste en Europe de l’Est.

« Il fut un grand orateur de la lutte pour la liberté, pour la démocratie et pour la libéralisation du joug communiste […] grand théoricien de nos temps, sa voix manquera énormément à l’Europe, surtout maintenant alors qu’elle traverse une sérieuse crise ».Lech Valesa, chef historique du syndicat Solidarnosc et ancien président polonais.

« Nous avions Andreï Sakharov. Le petit peuple tchèque avait Vaclav Havel. Quelqu’un qui tout au long de sa vie a suivi des principes moraux et, devenu président, ne les a pas trahis ». Lioudmila Alexeeva, ex-dissidente soviétique et militante russe des Droits de l’Homme.

« Il était et restera un héros. Il sera pleuré en République tchèque et en Slovaquie, mais aussi sur tout le continent européen qu’il a contribué à réunifier ». Jerzy Buzek, président du Parlement européen.

Les réactions arrivent du monde entier et de toute la classe politique. L’Europe déplore la perte d’un de ses grands hommes qui se sont battus pour la liberté et la réconciliation entre les peuples dans une Europe soudée.

L’esprit face à la répression soviétique.

Refusant dès les premiers instants la domination soviétique, l’homme de théâtre, issu de la bourgeoisie intellectuelle, se voit interdire de poursuivre ses études supérieures en littérature et de cinéma parce que considéré comme un « ennemi de classe » par le régime. Il travaillera cependant comme éclairagiste dans un théâtre puis écrira ses propres pièces. Il publie également de nombreux articles et nouvelles dès l’âge de dix-neuf ans dans des revues liées au monde du théâtre. Il expose ainsi, au travers de l’art théâtral, son idéal démocratique et son attachement aux valeurs humanistes de la Tchécoslovaquie. Son inspiration tourne notamment autour des écrits de Martin Heidegger.

Après l’échec de la tentative de libéralisation et l’écrasement du « Printemps de Prague » par l’armée rouge, il s’engage dans les mouvements anticommunistes et devient l’une des principales voix de la révolte qui gronde au sein des Etats d’Europe de l’Est. Il commence alors réellement son parcours de dissident et de militant mondialement reconnu aujourd’hui. S’opposant d’abord par ses pièces de théâtre, rapidement interdites, Vaclav Havel franchit ensuite une étape dans son parcours de dissident en 1977 en devenant l’un des cofondateurs de la Charte 77.

Cette charte est une pétition revendiquant publiquement la défense des droits de l’Homme en Tchécoslovaquie, elle est progressivement signée par la plupart des personnalités intellectuelles du pays. Cette Charte devient dans les années 70 et 80 l’instrument officiel de l’opposition au Parti communiste tchécoslovaque et au régime soviétique et constitue le pendant du syndicat Solidarnosc crée trois ans plus tard en Pologne. Mais, à l’inverse du mouvement polonais basé sur un socle syndical et chrétien, elle reste limitée aux cercles intellectuels tchécoslovaques. La Charte 77 trouve cependant un écho à l’étranger où plusieurs mouvements se créent pour soutenir cette dynamique.

De la prison au pouvoir.

La répression soviétique se faisant plus dure, Vaclav Havel voit nombre de ses compagnons tomber en prison ou sous les coups d’interrogatoires musclés. Protégé dans un premier temps par sa popularité, il n’échappe pourtant pas aux geôles du régime tchécoslovaque. La légende dit qu’il ne se déplaçait jamais sans sa brosse à dent, ignorant s’il dormirait chez lui ou en prison. Il totalisera finalement 5 ans passés en prison. Années qu’il mettra à profit pour écrire des essais sur l’oppression des régimes communistes et qui renforceront sa popularité et son adulation par les populations opposantes en Europe de l’Est et au-delà du rideau de fer.

Au sommet de sa popularité, il est placé par la foule à la tête du Forum civique, fédération unie des mouvements d’opposition. En décembre 1989, alors que l’ensemble des républiques socialistes d’Europe de l’Est tanguent sous la pression des manifestations de masse, le pouvoir tchécoslovaque est dissous à la suite du double départ d’Alexander Dubcek, secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque et du Président de la République Gustav Husak. Le « citoyen engagé » Vaclav Havel est désigné comme Président de la République par intérim. C’est la révolution de velours.

En juillet 1990, il est élu par la nouvelle assemblée parlementaire Président de la République fédérale tchèque et slovaque. Il rencontre alors l’ensemble des chefs d’Etats et de gouvernement, sans renoncer à son style nonchalant si caractéristique, sa parka et son cœur au-dessous de chacune de ses signatures. Il doit cependant faire face au délitement des relations entre tchèques et slovaques. Cette situation le conduira à démissionner de son poste en juillet 1992, lorsque la séparation entre les deux Etats paraissait inéluctable. Mais après des accords, il revient à la vie publique 2 mois après et est élu en janvier 1993 premier président de la République tchèque indépendante, poste qu’il occupera jusqu’en 2003, succédé par Vaclav Klaus.

Jusqu’au bout, un militant de la construction européenne

Symbole de la liberté et de la lutte démocratique, la popularité de Vaclav Havel ne démentira jamais. Son dernier combat reste donc son activité pour la construction européenne, en grand partisan du Traité de Rome de 1957 qu’il était. Il militera encore jusqu’à la fin pour de meilleures relations entre les pays européens et déplorera le manque d’une « vraie dimension spirituelle à l’Europe ».

Lorsqu’il était Président de la République tchèque, Vaclav Havel a tout fait pour que son pays puisse un jour intégré l’Union européenne. En 1999, à Paris, il appelait même à une fédéralisation progressive de l’Europe regrettant son aspect trop technocratique. Il appelait même à la rédaction d’une Constitution intelligible par tous et pensait qu’un jour "la conjoncture imposera l’établissement d’un bicaméralisme comme dans les fédérations classiques".

Le témoignage de ce grand militant anti-communiste est important pour nous, jeunes générations qui n’avons pas connu la Guerre froide. En 2007, dans son livre « A vrai dire. Livre de l’après-pouvoir« , un recueil de notes, carnets et entretiens, avec Karel Hvizdala, aux Éditions de l’Aube, il écrivait :" En 2007, nous appartenons complètement à l’Europe."

Nous avons beaucoup à apprendre de ce grand militant de la liberté, qui jusqu’au bout cru en la construction européenne même si l’’UE était, selon lui, devenue trop "matérialiste et technocratique". C’est pourquoi « Il faut réveiller l’Europe ! », comme Vaclav Havel le criait.

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