Interview de Elie Levaï, membre du collectif Hongrie Solidarité

, par Jonathan Leveugle

Interview de Elie Levaï, membre du collectif Hongrie Solidarité
Membres du collectif Hongrie Solidarité http://www.hongriesolidarite.eu/

Depuis le 1er janvier 2012 et l’adoption de la nouvelle Constitution, les projecteurs sont braqués sur la Hongrie. Le Taurillon a rencontré Elie Levaï, membre du collectif Hongrie Solidarité, qui s’est rendu au pays de Viktor Orban pour rencontrer des Hongrois et se faire une opinion sur le situation réelle du pays. Nous vous proposons de prendre connaissance de leur démarche et de leurs découvertes.

Le Taurillon : Bonjour M. Levaï, pouvez-vous présenter le collectif « Hongrie Solidarité » ainsi que les motivations qui ont poussé à sa création ?

Elie Levaï : Le collectif Hongrie Solidarité est composé d’une trentaine de militants politiques, associatifs et syndicaux, venus d’horizon divers. Nous sommes partis d’un constat simple, à savoir que l’on assiste à une montée dans de nombreux pays d’Europe, des partis nationalistes et populistes. Ces partis prospèrent sur la crise de la dette et les mesures d’austérité mises en place par les gouvernements européens. La Hongrie n’échappe pas à cette tendance et exalte les pulsions nationalistes et xénophobes de ses citoyens dans un contexte économique plus qu’inquiétant. Tout cela se passe dans l’indifférence quasi-générale à l’exception de la Commission européenne qui menace de sanctionner la Hongrie si elle ne respecte pas les droits fondamentaux européens.

A l’occasion du 15 mars (anniversaire de la révolution de 1848), nous avons décidé de nous rendre à Budapest et rejoindre le rassemblement de l’ONG MILLA (One Million for the Freedom of the Press), née sur Facebook il y a un an. Nous en avons aussi profité pour rencontrer des responsables politiques, associatifs, syndicaux et des journalistes afin de nous faire notre propre idée.

Le Taurillon : Le 1er janvier 2012, la nouvelle Constitution hongroise est entrée en vigueur. Quels sont les points que vous estimez pouvant remettre en cause la démocratie et la liberté ?

Elie Levaï : Tout d’abord depuis le 1er Janvier, la « République de Hongrie » n’existe plus. On parle désormais de Hongrie tout simplement. Cela peut paraître anecdotique mais dans une jeune démocratie comme la Hongrie, on ne peut que s’interroger sur les raisons qui poussent le gouvernement à retirer le terme de République. En outre, la nouvelle constitution fait référence à Dieu et aux racines chrétiennes du pays, à la famille traditionnelle, à la défense du fœtus, qui sont des valeurs très conservatrices.

Si l’on ajoute à cela l’immiscion de l’influence du gouvernement dans la justice ou la remise en cause de l’indépendance de la Banque centrale, il y a des raisons d’être inquiet.

Le Taurillon : Vous a-t-on fait part d’une certaine inquiétude ?

Elie Levaï : Les gens que l’on a rencontrés sont bien sûr inquiets. Pour prendre un exemple, peu avant notre rencontre avec des membres du LMP (parti écologiste, membre des Verts européens) la police à contacté la responsable du parti pour nous décourager de participer à la manifestation, notre sécurité n’étant selon elle, pas assurée.

Le Taurillon : Avez-vous constaté des entraves à la liberté comme on peut le lire dans la presse ? Comment décrieriez-vous l’ambiance générale en Hongrie et plus particulièrement chez les personnes que vous avez rencontrées ?

Elie Levaï : Nous n’avons pas constaté d’entraves particulières. Le rassemblement du MILLA a été autorisé, il n’y a pas eu de heurts, d’affrontements avec la police ou d’arrestations arbitraires. Mais, nous avons ressenti un climat lourd. L’appel que nous avons lancé dans Libération avant notre départ, soutenu par de grandes personnalités pro-européennes a été traduit dans la presse hongroise. A tel point qu’à notre arrivée à Budapest, un porte-parole du gouvernement a déclaré que nous étions les bienvenus à Budapest, sauf le 15 mars. Cela laissait augurer de l’accueil qui nous était réservé. Les Hongrois que nous avons rencontrés nous ont conseillé de ne pas parler français dans la rue, en raison de la présence dans les rues de militants d’extrême-droite. Mais, au-delà ce sont surtout nos échanges avec nos interlocuteurs qui nous ont permis de nous rendre compte de l’ambiance générale.

Nous avons pu rencontrer un journaliste licencié de la télévision publique pour avoir dénoncé l’autocensure au sein de la télévision publique. Pour protester, ce journaliste avec quelques uns de ses collègues a installé un campement devant le siège de la télévision publique et entamé une grève de la faim depuis le moins de décembre. Il nous a confié que pour les décourager, les responsables de la chaine braquaient la nuit des projecteurs sur les grévistes ou ont fait jouer une musique du type ‘jingle bells’, pendant cinq ou six jours aux alentours de Noël !

Le Taurillon : Quel impact a votre démarche auprès des Hongrois que vous avez pu rencontrer ?

Elie Levaï : Dans l’ensemble, les Hongrois étaient très contents que nous soyons venus ! D’ailleurs, le 15 mars les organisateurs du rassemblement nous ont publiquement remercié d’être venus ! Mais, on a pu sentir chez certains un embarras, de peur qu’une fois repartis, ils se retrouvent seuls à mener le combat contre Orban.

Le Taurillon : Etes vous confiant dans l’avenir de la Hongrie ?

Elie Levaï : C’est difficile à dire. Aujourd’hui, nous avons beaucoup d’inquiétudes sur le chemin qu’emprunte la Hongrie. Seul un sursaut civique, un rassemblement de toutes les forces démocratiques pourra mettre un terme à la dérive autoritaire de Viktor Orban. Il existe une société qui aspire à vivre dans une société démocratique apaisée. Il est nécessaire que les partis politiques, les organisations civiques et les syndicats se rassemblent au-delà de leurs divergences. Autrement, le risque de voir l’extrême droite prendre le pouvoir à Budapest est réel. En tout état de cause, nous mènerons ce combat avec eux.

Depuis notre retour, nous essayons de porter leur parole, de témoigner de ce qu’il se passe là-bas. Nous avons rencontré le Secrétaire Général de Reporters Sans Frontières et il envisagerait de soutenir notre initiative en portant le sujet au sein du Parlement européen, pour inciter des parlementaires à se rendre à Budapest en mission d’observation et même d’y organiser une table ronde sur la liberté de la presse. Naturellement, nous n’en sommes pas encore là mais tout ceci est très encourageant !

Pour aller plus loin :

- Le site de Hongrie Solidarité

- Leur article sur le Huffington Post

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