La nécessité de reconnaître le Kosovo

, par Traduit par Hélène Boussi Astier, Johannes Langer

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La nécessité de reconnaître le Kosovo

L’avis consultatif rendu le 22 juillet par la Cour de Justice Internationale (CIJ) était un signal encourageant en faveur de l’indépendance du Kosovo. Et cependant, 5 Etats membres de l’UE continuent de bloquer l’accession du Kossovo à la pleine souveraineté et de ce fait portent un frein à la prospérité de la région.

“La déclaration d’indépendance du 17 février 2008 ne viole en aucun cas le droit international”. La décision longtemps attendue de la Cour de Justice Internationale (CIJ), rendue le 22 juillet 2010, a donné un nouvel élan aux souhaits d’indépendance du Kosovo. On s’accorde par ailleurs sur le fait qu’outre les 71 états reconnaissant actuellement le Kosovo comme un état souverain, d’autres suivraient la recommandation et qu’éventuellement le Kosovo est en voie de rejoindre les Nations Unis en tant que 193ème état membre. Cependant 5 états membres de l’UE contestent toujours la reconnaissance de l’état indépendant du Kosovo, de craintes que par un élan nationaliste, l’une des provinces de leur état fasse sécession. Par conséquent, Chypre, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie et l’Espagne, ne s’opposent pas seulement à la souveraineté pleine et entière du Kosovo mais aussi à la stabilité sur le long terme des les Balkans occidentaux.

L’avis consultatif de la CIJ incite à la reconnaissance du Kosovo

Le juge Hisashi Owada, président de la CIJ, a annoncé le 22 juillet 2010 que la déclaration d’indépendance unilatérale du Kosovo, prononcée il y a deux ans et demi n’était pas illégale. Dix des 14 juges ont voté en faveur de cet avis qui incitera, à terme, les autres pays à reconnaître le Kosovo. Il faut toutefois garder à l’esprit, que la question de la reconnaissance est considéré comme une décision politique par la CIJ. De nombreux juristes internationaux et politiciens craignent que l’avis ait un impact sur les mouvements séparatistes présents en Europe et dans le monde - incluant l’Abkhazie, le Nagorno-Karabakh, le Somaliland, l’Ossétie du Sud et la Transnistrie. Les représentants officiels du Kosovo négligent de telles plaintes arguant que le Kosovo est un cas sui generis. Finalement, il sera davantage question de la reconnaissance du Kosovo par les 192 états membres de l’ONU : des relations diplomatiques avec le Kosovo seront-elles établies par une majorité d’états ou ces derniers refuseront ils sa reconnaissance officielle ?

Les difficultés du Kosovo

En 2009, le Kosovo est devenu membre de la Banque mondiale et du Fond Monétaire International (FMI). Alors que son adhésion aux institutions financières internationales a été un grand pas pour le Kosovo dans ses efforts pour obtenir des investissements directs étrangers aussi bien qu’un support financier ; la pauvreté, la corruption et le chômage restent des problèmes récurrents. En réalité, le Kosovo est le pays le plus pauvre d’Europe. 15% du PIB du Kosovo dépend de subventions extérieures et les aides de pays donateurs s’élèvent à 7,5% de son PIB. La construction de l’Etat, tel que pratiqué par le Kosovo depuis 1999, est un processus lent et difficile. Le Kosovo doit résoudre des problèmes solidement ancrés et doit faire face à de nombreux défis internes.

L’Indécision de l’UE

Les difficultés du Kosovo ne sont pas toutes liées à des problématiques nationales mais davantage liées à l’UE. Pour être plus précis, les 5 états membres qui n’ont pas reconnu le Kosovo donne toujours du fil à retordre à l’état “nouveau né ». Bien que le Kosovo n’ait qu’une population d’à peine 2 millions d’habitants, l’UE n’a pas accordé la libéralisation des visas au Kosovo. Alors que la plupart des habitants des Balkans occidentaux ont finalement accédé à l’espace Schengen sans visa en Décembre 2009, le Kosovo fut oublié. Certes Pristina affronte des problèmes techniques avec les passeports biométriques, mais la raison principale du retard pris par le Kosovo en ce qui concerne la libéralisation des visas, est due aux cinq pays opposés à la reconnaissance du pays.

De ce fait, les Kosovars ont de grandes difficultés à voyager dans l’Union Européenne et sont traités comme des citoyens de seconde zone. De plus, il est crucial d’améliorer le « mécanisme de suivi » actuel qui contrôle les progrès d’intégration dans l’UE du Kosovo. Le Kosovo a besoin de perspectives européennes clarifiées et Bruxelles doit se positionner de façon explicite à ce sujet. La Serbie doit une fois pour toute accepter n’avoir aucune chance d’avancer dans ses négociations en vue d’une intégration dans l’UE, si le gouvernement continue de fragiliser le Kosovo en créant un régime parallèle dans le nord du pays. D’autre part, Pristina doit s’assurer de protéger correctement les minorités nationales, de les laisser manifester leur opinion et de leur fournir un accès aux ressources nécessaires. « Chypre, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie et l’Espagne ont une obligation à l’égard de cette région qui se démène dans les conflits depuis plus de 20 ans »

Une question de prospérité régionale

La politique serbe vis-à-vis du Kosovo est très peu comprise à Bruxelles depuis l’avis de la CIJ. Les cinq pays européens opposés à la reconnaissance, continuent toutefois de nourrir les illusions à Belgrade. Or une telle politique n’aide ni la Serbie, ni le Kosovo mais maintient les obstacles dans une région qui souhaite vivement ouvrir ses frontières, ce qui apporterait enfin prospérité et stabilité à cette région. Cependant, le sentiment actuel d’insatisfaction à l’égard du statut quo se poursuivra tant que Bruxelles ne se confrontera pas ouvertement à Belgrade qui, pour entrer dans l’UE, doit reconnaître le Kosovo. Une telle démarche émanant de l’UE semble être la seule chance pour que, sans perdre la face, les politiciens serbes se conforme réellement à cet avis, d’autant plus que finalement, les avantages économiques qui en découlent sont d’une plus grande importance.

Certains membres du Parlement européen, représentants des pays s’opposant à la reconnaissance du Kosovo, avaient dès le 8 juillet 2010, une longueur d’avance sur leurs gouvernements respectifs. Lors de la séance plénière à Strasbourg, ils ne votèrent pas tous en fonction de leur « intérêt national », mais en faveur de la reconnaissance du Kosovo. Chypre, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie et l’Espagne ont une obligation à l’égard de cette région qui se démène dans les conflits depuis plus de 20 ans. Ils doivent à l’UE les moyens de finaliser ses négociations pour la normalisation des visas, permettant la libre circulation des détenteurs de passeport émis par le Kosovo.

Pour l’étape suivante, les discussions sur l’entrée du Kosovo dans l’UE devraient s’intensifier afin d’accélérer le processus de réforme dans le pays. Les états opposés à la reconnaissance du Kosovo devraient se souvenir de la leçon donnée par l’avis de la CIJ du 22 juillet : ce qui importe n’est pas l’ancien dilemme entre le droit à l’auto-détermination et le droit à l’intégrité territoriale. Ou plutôt, la reconnaissance des états souverains définit si oui ou non un état « nouveau né » est intégré dans la communauté internationale. Ainsi, les cinq états en question ne devraient pas craindre de se joindre aux 22 autres états membres de l’UE en reconnaissant le Kosovo et en contribuant ainsi à un avenir plus stable dans les Balkans.

Illustration : Carte des états qui ont reconnu l’indépendance du Kosovo,

Source : WikiMedia

Vos commentaires

  • Le 25 octobre 2010 à 00:32, par TAWA En réponse à : La nécessité de reconnaître le Kosovo

    Curieux... et suspect. La France devra donc désormais rendre Mayotte aux Comores, reconnaître l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, la Réunion, les Antilles Françaises, la Guyane-Cayenne, la Polynésie... bref tous les territoires non décolonisés après 1960. Sans parler du droit inaliénable de la Corse, du Pays Basque, de la Bretagne, et pourquoi pas de l’Alsace, et des territoires flamands du Nord – Pas-de-Calais, entre autres, de briguer à leur tour le droit à l’autodétermination et à l’indépendance. Jurisprudence oblige.

    Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ! Tartufe Roi.

  • Le 26 octobre 2010 à 09:31, par Laurent Nicolas En réponse à : La nécessité de reconnaître le Kosovo

    Le débat est sans fin face à ce type d’arguments, mais encore une fois :

    - le Kosovo est constitué à plus de 90 % d’albanais. Ce groupe n’est pas si homogène qu’il n’y parait, ce n’est pas un groupe ethnique monolithique, mais il constitue un socle néanmoins solide sur lequel repose le vivre-ensemble des albanais du Kosovo
    - la volonté commune de cette majorité de citoyens d’accéder à l’indépendance est sans commune mesure avec les archi-minorités basques, bretonnes, corse ou autre.
    - les raisons historiques, récentes et moins récentes, qui renforcent la volonté d’indépendance est encore une fois sans comparaison avec les exemples cités dans votre commentaire

    Enfin, il y a eu un référendum, démocratique et légitime...

  • Le 30 octobre 2010 à 04:43, par Ronan En réponse à : La nécessité de reconnaître le Kosovo

    La France devra donc désormais rendre Mayotte aux Comores, reconnaître l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, la Réunion, les Antilles Françaises, la Guyane-Cayenne, la Polynésie… bref tous les territoires non décolonisés après 1960. Sans parler du droit inaliénable de la Corse, du Pays Basque, de la Bretagne, et pourquoi pas de l’Alsace, et des territoires flamands du Nord – Pas-de-Calais, entre autres, de briguer à leur tour le droit à l’autodétermination et à l’indépendance.

    Ben ouais. So what ?!

    Si ça se fait démocratiquement, pacifiquement, dans le respect de l’Etat de Droit et dans le plus strict respect des libertés fondamentales, il est où le problème ?!

  • Le 30 octobre 2010 à 15:58, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : La nécessité de reconnaître le Kosovo

    Entièrement d’accord avec Ronan.

    Notons que en ce qui concerne Mayotte ses habitants ont choisis l’an dernier par référendum de devenir département français à part entière (à 95%).

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