Le discours à Paris de Von Rompuy le 20 Septembre

, par Nessim Znaïen

Le discours à Paris de Von Rompuy le 20 Septembre

De passage à Paris, sur l’invitation de « Notre Europe », Hermann Von Rompuy a fait un discours optimisme et nuancé sur l’avenir de la construction européenne. Son allocution, intitulée « les grands défis pour l’Europe » mérite qu’on s’attarde quelques instants à l’analyser.

Deux défis majeurs

L’objet du propos de Von Rompuy est de justifier le bilan des progrès européens dans les deux domaines principaux que sont la gouvernance économique et la diplomatie européenne. Pas de déclaration fracassante (Von Rompuy assume avec humour qu’il ne vient pas annoncer une union budgétaire ou une mise en commun de la dette), mais dans les deux cas, Von Rompuy assure (peut- il dire autre chose ?) que ce sont les petits pas qui font les grandes avancées.

En matière économique, le secret pour Von Rompuy est de mieux faire observer le pacte de stabilité pour que les dépenses publiques ne dérapent plus, et d’augmenter la capacité de l’Union Européenne à réagir à une nouvelle crise. Le dilemme d’une union monétaire sans union budgétaire ne peut se compenser qu’en écoutant davantage la Banque Centrale Européenne dans ses alertes sur le manque de compétitivité de certains Etats. Von Rompuy rappelle le plan de relance de 750 Milliards débloqué début mai.

Pour les Affaires étrangères, Von Rompuy adopte la même posture, celle de l’homme pragmatique et optimiste, pour défendre son institution (accord de libre-échange avec la Corée du Sud, mesures pour aider le Pakistan, accords sur les sanctions additionnelles contre l’Iran, résolution commune invitant Serbes et Kosovars au dialogue). Utilisant une métaphore pour rappeler la nécessité de passer d’une diplomatie de parole à un jeu de négociation concret, Hermann Von Rompuy décrit l’Union Européenne comme un convoi de 27 bateaux naviguant sur les flots de l’océan géopolitique. Sous l’eau les 27 gouvernements de l’Union sont tous reliés économiquement et monétairement, et ne peuvent pas s’éloigner les uns des autres, ils ne peuvent former un seul bateau, mais ils ne peuvent non plus en former 27 autonomes.

De la construction européenne

Le véritable intérêt du discours de Von Rompuy réside plutôt dans la vision de l’Europe que celui-ci défend. Hermann Von Rompuy, représentant d’une instance intergouvernementale, ne peut que plaider la cause des nations dans la construction européenne, mais son sens de la nuance est intéressant à plus d’un titre.

Hermann Von Rompuy refuse d’opposer fédéralisme et intergouvernementalisme. D’une part, les nations ont tout le temps fait l’Europe, et le conseil des ministres a été créé dès 1950. D’autre part, les deux méthodes de construction européenne ont chacune leur avantage et se complètent. La méthode fédérale est plus efficace, plus claire, mais les décisions d’un Bruxelles qui risque toujours d’être perçu « en dehors des Etats membres », sont relativement faibles politiquement. La méthode intergouvernementale est plus laborieuse, les risques de blocage sont plus grands, mais les décisions finales sont relativement plus fortes car assumées par l’ensemble des gouvernements. Ainsi, qu’on le veuille ou non, les chefs de gouvernements jouent un rôle essentiel pour faire le lien entre les décisions européennes et l’opinion publique. La pédagogie des réformes européennes ne peut se passer des chefs de gouvernement.

En bref, si Von Rompuy défend le choix récent des méthodes intergouvernementales (lorsque des décisions lourdes doivent être prises en matière économiques, qui retombent sur les contribuables nationaux, qui plus est quand il y a un vide juridique au niveau européen comme en mai dernier, il est logique que les parlements nationaux soient impliqués dans les décisions), il défend l’idée que leprincipe de transfert et principe de participation ont toujours coexisté et ne peuvent fonctionner l’un sans l’autre, une Europe uniquement construite par transfert du pouvoir national vers un niveau européen risque de perdre une assise solide, une Europe entièrement intergouvernementale risque d’éclater.

En conclusion, l’avenir pour Von Rompuy réside dans l’européisation des politiques nationales, et il refuse d’entendre parler de renationalisation des politiques européennes. Hermann Von Rompuy rappelle que quelle que soit la méthode, l’enjeu reste la coopération à l’échelle européenne. Mais dans « un climat culturel où l’individualisme joue un très grand rôle », la construction ne peut que se faire par la démarche lente mais assurée d’une tortue.

Illustration : Herman Von Rompuy et Catherine Ashton

Source : www.flickr.com © InterMèdia GdC

Vos commentaires

  • Le 4 octobre 2010 à 21:16, par Ronan En réponse à : Le discours à Paris de Von Rompuy le 20 Septembre

    ça n’étonnera personne (me connaissant déjà...) de m’entendre dire que j’ai bien du mal à adhérer à de tels discours (i.e : ceux d’Hermann von Rompuy...).

    Où l’on (« on » : ici, Hermann von Rompuy...) semble se satisfaire de finalement pas grand chose : et déjà (un comble...) de ne pas reculer. Vision timide (sans envergure...), de projet croupion.

    Heureusement qu’un webzine tel que le « Taurillon » est là pour nous informer sur le manque d’audace et sur l’absence de vision politique de ces - comment dire... - qui aujourd’hui nous dirigent.

    Et heureusement que les « JE-France » (branche française des « Jeunes Européens Fédéralistes ») sont bel et bien là pour porter un autre projet, une autre ambition !

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