« C’est par l’intergouvernemental que passera l’intégration européenne parce que l’Europe va devoir faire des choix stratégiques, des choix politiques ». Cette phrase issue du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon montre que la France ne veut plus entendre parler de la Commission européenne.

Dans son discours de « Toulon II » du 1er décembre 2011, Nicolas Sarkozy a tracé les lignes des grands changements qu’il souhaite pour le futur de l’intégration en Europe. Même s’il faudra attendre la prochaine visite d’Angela Merkel à Paris pour avoir des propositions réellement concrètes, plusieurs messages importants ont été passés.

La refondation de l’Europe par l’intergouvernementalisme, aka l’Europe des Etats

Il a donné plusieurs axes pour la « refondation de l’Europe ». Tout d’abord « solidarité et discipline » budgétaire. Deuxième principe : « plus de politique » mais tout de suite il précise que « la refondation de l’Europe, ce n’est pas la marche vers plus de supranationalité. Ce n’est pas la réouverture des vieilles querelles entre les partisans de l’Europe des nations et de l’Europe fédérale. [...] C’est par l’intergouvernemental que passera l’intégration européenne parce que l’Europe va devoir faire des choix stratégiques, des choix politiques ».

Le président de la République française use d’un artifice soufflé par son conseiller souverainiste, Henri Guaino. L’Europe intergouvernementale, ce ne serait pas l’Europe des Nations.... Il faudra nous expliquer la différence entre l’Europe des Etats et l’Europe des Nations. Mais cet effet de manche peut marcher en France où la plupart des commentateurs et personnalités politiques ne savent pas ce qu’implique le fédéralisme. Ainsi le très sérieux journal Le Figaro n’hésitait pas à parler de propositions allant vers le "fédéralisme intergouvernemental".

Mais qui dit intergouvernementalisme devoir résoudre gérer le problème de l’unanimité dans la décision prise par les Etats. En effet, cette règle, induite par le respect de la souveraineté de chaque Etat, est ce qui explique les retards dans la prise de décision de l’Europe actuellement. Pour cela, Nicolas Sarkozy estime qu’au « sein de la zone Euro, il nous faut décider maintenant aller sans crainte vers davantage de décisions prises à la majorité qualifiée ».

Cette avancée serait une bonne nouvelle car nous avons surtout assisté récemment à l’incapacité des différents sommets européens à prendre des décisions autre qu’a minima. Cependant, cela démontre aussi la volonté du président français d’accentuer encore plus le déséquilibre actuel au sein des institutions européennes au profit du Conseil européen. L’Europe des Etats est-elle en marche face à l’Europe communautaire ?

Un grand absent : la Commission européenne

Nicolas Sarkozy l’affirme : la France et l’Allemagne souhaite « un véritable gouvernement économique. Tel est notre vision de l’avenir de la Zone Euro et de la future réforme des Traités ». Or un gouvernement économique suppose un organe pour débattre et prendre les décisions. C’est là que se révèle la stratégie du président français : il ne parle jamais durant son discours de la Commission européenne.

On doit en conclure que le futur traité proposé par la France et l’Allemagne sera un nouveau plan Fouchet, ce fameux plan proposé par le Général De Gaulle pour contrer la Commission européenne et faire de l’Europe (déjà à l’époque) une organisation intergouvernementale.

On remarque que ces grandes lignes d’un futur traité vont à l’encontre de ce que pensent plusieurs des partenaires européens de la France. Ainsi, le ministre des Affaires étrangères polonais, Radoslav Sikorski souhaitait dans un discours cette semaine à Berlin « rendre la Commission européenne plus forte ».

Mais face à la volonté du couple franco-allemand, comment la Commission européenne peut-elle se maintenir ? Sur Twitter, un journaliste correspondant français à Bruxelles, Hugues Beaudoin, écrivait : « Après ce discours, j’espère qu’il y a quelqu’un au Berlaymont pour réanimer Barroso ». Il est à espérer que cela réveillera les gens de la Commission européenne effectivement.

A force de s’enfermer dans un rôle qui se veut en dehors des politiques partisanes, l’exécutif européen est aujourd’hui totalement isolé avec un président qui a disparu de la scène médiatique. Il est même concurrencé dans les reportages par Herman Van Rompuy, alors que le temps médiatique consacré à l’action des institutions européennes est déjà le plus souvent limité aux décisions du Conseil européen et à la déclaration du dirigeant national à la fin du sommet.

Est-ce que les partisans d’une « vraie » Europe se réveilleront avant qu’il ne soit trop tard ? Il faut aujourd’hui plus que jamais dans le passé revendiquer que la Commission européenne se transforme en véritable gouvernement européen, légitime démocratiquement car responsable devant les représentants directs des citoyens, le Parlement européen.

Que ces mêmes partisans aient en tête les paroles de Nicolas Sarkozy : « L’Europe a besoin de plus de politiques ». Car cela peut très bien être celle des Etats si nous n’y prenons pas garde.

Surtout après un discours annoncé comme « consacré à l’Europe » de 52 minutes où il n’a été question de l’Europe qu’au bout de 30 minutes et où le président termine par un « Vive la République ! Vive la France ! ». Et pas de « vive l’Europe », car l’Europe des Etats, c’est avant tous les intérêts nationaux avant ceux européens.