Parlez doucement et frappez fort

L’Europe a besoin d’un peu d’intransigeance

, par Traduit par Emmanuel Vallens, Dominik Bertram

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Parlez doucement et frappez fort

Quand Frederick Jackson Turner publia sa « Thèse des frontières » en 1893, il déclara que la frontière américaine était fermée. Ce fut le président Théodore Roosevelt [1] qui, une décennie plus tard, accomplit un pas supplémentaire en rapprochant les États-Unis de la scène mondiale. L’Union européenne est aujourd’hui dans une situation similaire.

Avec l’ouverture à l’Est, il est également temps de chercher de nouvelles frontières et de définir le nouveau rôle que l’UE doit jouer dans les années à venir sur la scène mondiale.

Comment se fait-il que la plus grande zone de libre échange et la plus grande puissance économique mondiale soit constamment mise sur la touche ? Où que l’on regarde, et comparé à sa puissance, l’UE ne semble pas remplir correctement son rôle.

On se concentrera ici sur la situation en Iran, mais d’autres scenarii (tels que la Corée du Nord, la Chine ou l’Irak, pour ne citer qu’eux) pourraient être utilisés comme exemples. Après l’élection de Mahmoud Ahmadinejad, les négociations diplomatiques entre l’Europe et l’Iran semblaient n’aller nulle par, car personne ne savait vraiment de qu’allait faire le président iranien.

La situation a encore empiré, et, avec un De Villepin premier ministre et un Joschka Fischer ayant perdu son poste de ministre des affaires étrangères allemand, les discussions entre les trois grands États européens se trouvèrent dans une impasse, surtout après les interventions iraniennes concernant son programme d’enrichissement de l’uranium. Personne en Europe ne veut, ni ne peut, exprimer les préoccupations européennes.

Alors que Mahmoud Ahmadinejad pourrait se contenter de « réformes » internes, il pourrait également tenter de laisser son empreinte vis-à-vis des États-Unis en coopérant plus avec l’UE. C’est là une grande opportunité pour l’Europe. Dans de nombreux États musulmans, les États-Unis sont considérés comme « Satan » ou « le Mal » alors que l’Europe semble encore bénéficier d’une image relativement positive, car elle n’est pas perçue comme une brute.

Pourtant, les remarques de Mahmoud Ahmadinejad sur Israël et l’Occident indiquent clairement qu’il n’arrondira pas les angles. L’Iran, finalement, est un problème européen, car depuis l’occupation britannique au début du siècle dernier, les relations avec l’occident ont toujours été troublées. Et c’est particulièrement en raison du passé de ces pays que l’Europe doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour améliorer les choses. Il ne s’agit pas là d’élargir la sphère d’influence de l’UE, mais de contribuer à l’établissement de la paix dans la région.

Il faut que l’Europe unisse ses politiques étrangères, pas seulement pour devenir une puissance mondiale, mais également pour envoyer un message à ceux qui menacent le sol européen. L’Europe doit jeter aux orties son attitude très « flower power » face aux difficultés et faire réellement usage de ses capacités. Cela n’implique pas nécessairement l’usage de la force, mais la seule restriction des échanges avec les points noirs suffirait à convaincre les dirigeants de ces pays de la puissance européenne.

Si l’on suit le modèle de Nye d’un échiquier tri-dimensionnel (la première dimension étant la sphère militaire, la seconde la sphère économique et la troisième, last but not least, étant le Soft Power), ces trois niveaux devraient être répartis entre les pays occidentaux. Alors que les États-Unis se concentreraient sur la dimension militaire, ce serait à l’Europe de faire usage de sa puissance économique pour assurer un équilibre des forces.

Toutefois, aussi longtemps que l’Europe parlera avec plus d’une seule voix, ou pire, avec plusieurs voix contradictoires, elles sera toujours perçue jouant dans plusieurs catégories à la fois (amis et ennemis). Par conséquent, les amis savent qu’ils ne peuvent faire confiance à l’Europe (car il faut d’abord parler des choses entre soi). Et les ennemis savent que les menaces de l’Europe ne mèneront jamais à rien : lorsqu’on dit qu’on va punir quelqu’un mais qu’on ne le fait jamais, cela devient ridicule. L’Europe peut faire plus que du maintien de la paix. Il est temps qu’elle prenne ses responsabilités.

(Document traduit de l’anglais par Emmanuel Vallens, membre du bureau national des « Jeunes Européens - France »).

- Illustration :

Photographie : Théodore Roosevelt (cc) Eric Petersen

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Notes

[1N. d. T. : Théodore Roosevelt : Président des États-Unis de 1900 à 1908, partisan d’une politique américaine dîte ’’impérialiste’’ d’affirmation des USA en tant que grande puissance (d’où cette formule qui lui est attribuée, ici utilisée en guise de titre d’article...), mais néanmoins désigné Prix Nobel de la paix en 1906 pour sa mission de bons offices menée auprès des belligérants de la guerre russo-japonaise de 1904-1905, médiation ayant très efficacement abouti à la paix russo-japonaise de Portsmouth (USA) en septembre 1905.

Vos commentaires

  • Le 2 juin 2006 à 15:10, par David Soldini En réponse à : Parlez doucement et frappez fort.

    Je crois que cet article ne centre pas le véritable problème qui est à peine aborder. Ressasser sans cesse la thèse du soft power vs. hard power est quelque peu fatigant dans la mesure où cette thèse n’en est pas une, l’UE ou l’Europe n’ayant jamais fait sienne cette « doctrine » du soft power et les US n’ayant jamais fait leur celle du « hard power ». C’est une simple projection simplificatrice qui révèle de grandes approximations dans l’analyse actuelle des relations internationales. En effet, les causes de la puissance américaine et de l’impuissance européenne sont les mêmes : les US sont unis, peut être trop d’ailleurs, l’Europe désunie. Après, ce qui distingue une potentielle action extérieure européenne de l’action extérieure américaine c’est essentiellement le respect de la légalité, qui n’a rien à voir avec la question de l’usage de la force ou non, mais qui concerne le respect des règles internationales (qui prévoient aujourd’hui que la guerre est un moyen légitime pour résoudre certaines contreverses internationales). Sous cette angle, la distinction citée pour la énième fois dans cet article entre hard power américain et soft power européen est une formule qui en fait recouvre une réalité beaucoup plus crue et moins plaisante à entendre, notamment pour nos amis outre atlantique : l’illégalité américaine en matière de politique étrangère - le gouvernement US se fichant éperdument de la légalité internationale - s’oppose à la volonté européenne de respecter la légalité. Tout cela, comme le montre merveilleusement bien la guerre du golfe, légitime en 1990, illégal en 2000, n’a strictement rien à voir avec les moyens qui seront ensuite utilisé pour réaliser les objectifs. Ce que l’on peut donc espérer c’est effectivment que l’UE se dote d’une politique extérieure, ce qui signifie priver les Etats de la leur, et que cette politique, s’inspirant du principe de respect de la légalité, puisse efficacement limiter les conséquences des ecarts constants de l’administration américaine actuelle tout en dotant l’EU des moyens pour résoudre des dossiers qu’elle est aujorud’hui incapable de traiter. cordialement, David

  • Le 27 juillet 2006 à 03:39, par Dominik Bertram En réponse à : Parlez doucement et frappez fort.

    Cher David, merci beaucoup pour votre repose, je suis très désole pour deux choses : le premier, que je prend trop temps pour reprendre, et les deuxième, mon française et n’est pas très bien, donc je écrite mon petite texte en anglais, et peut-être c’est pourquoi je ne comprendre pas tous que vous avez écrite. Alors : First of all thank you for your response (and also thanks to Emmanuel Vallens who was kind enough to translate my text), and the comments you made. I agree with you that the core problem of the Transatlantic Alliance (if it still exists) is not so much the soft vs. the hard power. As you pointed out it is within the unity of the USA, and the disunited EU. You are also correct when you argue that the Europeans tend to be more legalistic than the USA, which, especially after 9/11, moved toward a more unilateralist approach, which not always, if ever, took supra-national institutions, such as UN, NATO etc., into account. As for the « simplicity » of my argument, that was due to the limited space available, but I am more than happy to clarify some of my points : The problem which occurred after 2003, and the division of Europe into « old » and « new », still exists today, and that is were the danger lies. It is true that the EU and the USA have different views of how to handle crises, but there has been a remarkable backlash against the neo-conservatives. Most notably Francis Fukuyama, who calls for a « realistic Wilsionianism », which would eventually lead back to the international institutions. However, one can hardly deny the ineffectiveness of e.g. the UN, it does not have a good record when it comes to dealing with « rogue states », Yugoslavia and the like. It is noteworthy however, and coming back to the missing legalistic motives of the USA, that the notion within the Bush administration, clearly moves towards a new multilateralism, and I think it would be a grave mistake for the EU as one, or its independent members (France and Germany especially, as the « Old Europe »), to not see these signals and make every effort possible to establish better relations, because some of the dangers are faced both by the EU and the USA, and they can only be addressed when their forces are combined. Dominik

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