Le premier janvier 2002, 304 millions d’européens changent de monnaie, 14 milliards de billets sont imprimés représentant 633 milliards d’euros, 52 milliards de pièces sont frappées pour un poids de 250.000 tonnes de métal. C’est le changement le plus important et le mieux orchestré que l’Union européenne ait connu. L’Union fait une entrée fracassante dans le XXIème siècle. Mais l’histoire reste encore à écrire et la politique monétaire à construire.

La stabilité monétaire est une prérogative à la croissance et à des échanges commerciaux efficaces. Avec la fin du système de Bretton Woods en 1973 et l’adoption des changes flottants, les Etats Européens cherchent à retrouver une stabilité monétaire mise à mal par des variations de change trop importants.

Pourquoi l’euro ?

En 1979, se met officiellement en place le Système Monétaire Européen qui limite les variations des taux de change entre les monnaies européennes. Un pays ne pouvait laisser sa monnaie se dévaluer ou s’apprécier de manière trop importante par rapport à celles de ses voisins. Pour cela les états européens créent une unité de compte, l’European Currency Unit (ECU), qui est composée des différentes monnaies de l’UE, dont la livre sterling.

Les monnaies européennes devront s’arrimer à l’ECU qui représente la « stabilité monétaire européenne » et ne pas décrocher de ses taux (+/- 2.25%). Ces mesures ont pour but d’éviter qu’un pays voit sa monnaie perdre de sa valeur par rapport aux autres, et déstabilise ainsi l’espace européen, interdépendant économiquement.

Durant les années 80 et surtout en 1992-93, les monnaies européennes sont victimes d’attaques spéculatives qui déstabilisent l’ensemble du système. Les marchés financiers veulent tester la solidité de ces accords sur les marges de fluctuation et poussent les monnaies à en sortir. La peseta et la livre sterling ne pourront résister à ces pressions et sortiront à la fin de l’année 1992. Le franc est attaqué début 1993, face à cela les Etats européens décident d’augmenter les marges de fluctuation jusque 15%, ce qui se traduit par la fin du SME.

Face à l’échec du contrôle des parités, l’idée d’une monnaie commune mettant totalement fin à ces instabilités monétaires se renforce. La mise en place de l’euro résulte d’une volonté de créer définitivement une zone monétaire stable en Europe pour favoriser les économies nationales. C’est ainsi qu’en 1999, l’euro est créé.

L’euro aujourd’hui, c’est 17 pays et plus de 331 millions d’habitants.

Avec environ 27% des réserves des Etats, l’euro est la deuxième monnaie de réserve au monde loin derrière le dollar (61%) mais loin devant la livre sterling (4.2%). Plus les Etats libellent leurs réserves en euros, plus la stabilité de cette monnaie se renforce. En effet, ils n’ont pas intérêt à voir celui-ci se déprécier trop rapidement, sous peine de voir la valeur de leurs réserves baisser mécaniquement.

On a pu le voir en 2010, lors de la crise financière avec le dollar. La FED a inondé les marchés de dollar, pensant faire baisser la valeur de sa monnaie. Mais la confiance dans l’économie américaine et l’importance du dollar pour l’ensemble des économies est telle que les pays en ont acheté massivement.

En devenant une monnaie internationale, vous diminuez les risques de change. En effet, si tout le monde achète et vend dans votre monnaie, ce qui se fait avec le dollar dans certaines régions du globe, vous n’avez plus à vous soucier de la valeur de votre monnaie puisqu’elle devient unité d’échanges internationale.

On peut donc se féliciter du statut grandissant de l’euro qui reflète le poids économique de l’Europe. Les pays d’Afrique de l’Ouest s’arriment à l’euro pour stabiliser leurs économies. En développant nos échanges avec d’autres régions du monde, les monnaies étrangères s’accrocheront aussi à l’euro ce qui facilitera les échanges avec le reste de la planète.

Et l’histoire continue…

La monnaie est là mais la politique monétaire vient à manquer. Les Etats veulent le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. Pour une zone économique stable et profitable à tous, les pays doivent accepter de perdre de leur souveraineté en matière de budget. Loin de les défavoriser, chacun y verra de grands avantages.

Les crises grecques et irlandaises sont le fruit de ce manque de coopération. Les marchés ont parié sur l’incapacité de l’Union à venir en aide à ses membres en difficulté. Bien qu’elle ait tardé à réagir, les Etats européens se sont ressaisis et ont décidé de montrer au monde qu’ils étaient unis en créant un fond commun.

Les sommets de chefs d’Etat et de gouvernement se sont succédés pour qu’une telle crise ne puisse plus se reproduire. Les chefs d’Etat les plus réticents à venir en aide à la Grèce il y a un an, sont maintenant les premiers à désirer l’uniformisation des politiques budgétaires et fiscales de la zone euro. Angela Merkel a opéré un virage à 180 degrés qui témoigne de la nécessité d’arriver à ces mécanismes de coopération. Le nationalisme n’aboutit à rien d’autre qu’aux catastrophes grecque et irlandaise.

La Commission avait demandé dès 2005 le contrôle des comptes grecs en voyant des irrégularités. Mais elle s’était heurtée au Conseil qui ne voulait pas que l’institution communautaire puisse atteindre à sa souveraineté en regardant ses comptes. C’est ce repli sur soi qui a conduit à répondre en catastrophe à la crise grecque alors qu’une plus grande intégration nous aurait permis d’éviter de dépenser les milliards que les Marine le Pen et Nicolas Dupont Aignan n’arrêtent pas de dénoncer.

L’histoire de l’euro ne se limite donc pas à une simple addition de pays entrant dans la zone euro. Ce n’est pas une succession de dates où chaque année l’on saluerait l’entrée d’un nouveau pays. L’histoire de l’euro n’est autre que celle de l’intégration de nos économies déjà interdépendantes. C’est notre capacité à abandonner nos vieux démons nationalistes pour se rendre compte qu’il est dans l’intérêt de chacun de coordonner nos politiques économiques.

Parce que nous sommes un continent uni et solidaire, parce que nous sommes interdépendants et que les difficultés de l’un affectent l’ensemble du continent, nous devons renforcer nos mécanismes d’intégration.

L’histoire de l’euro n’est pas la fable des européistes ou la tragédie des nationalistes mais le récit passé, présent et futur de notre quotidien.