Avec les derniers élargissements de l’Union, le nombre de langues officielles a augmenté considérablement. De quatre langues en 1957, le compte est aujourd’hui porté à 23. Cette situation a mené progressivement à la généralisation de la langue anglaise comme langue de travail.

Si la langue anglaise est devenue dominante de fait sur la scène internationale, les institutions de l’Union devraient pour leur part s’efforcer de défendre activement la diversité linguistique face à ce risque de déséquilibre entre les langues. Pourtant, on constate que loin d’amoindrir les effets de ce phénomène, les institutions de l’UE ont trop souvent participé à l’accentuation de cette tendance, allant jusqu’à publier des documents uniquement en anglais et même à proposer un nombre considérable d’offres d’emploi réservées aux locuteurs de langue maternelle anglaise - bafouant ainsi le principe de non-discrimination fondée sur la langue tel que reconnu dans différents textes européens (article 12 du Traité de Rome, protocole 12 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales, article 21-1 de la Charte des Droits Fondamentaux). Une telle situation est à la fois antinomique avec les fondements de l’Union et discriminatoire envers les citoyens de langue maternelle autre que l’anglais (soit 87% de la population). Une étude économique a ainsi montré que cette situation crée une distorsion de concurrence en faveur des pays de langue anglaise évaluée à plus de 18 milliards d’euros par année [1]. Elle offre également aux entreprises anglophones étrangères à l’Union un avantage compétitif déterminant sur les propres entreprises de l’Union. Enfin, il convient de ne pas négliger les effets cognitifs et culturels : de nombreuses recherches en sociolinguistique ont montré qu’une langue n’est pas seulement un support de communication, mais qu’elle agit comme structurant de la pensée et porte en elle-même une représentation du monde. Au-delà de ses effets économiques négatifs, la prédominance d’une langue représente potentiellement un risque pour l’identité culturelle des citoyens non locuteurs de cette langue.

En conséquence, les Jeunes Européens - France demandent :

– que les institutions de l’Union européenne respectent l’égalité linguistique dans leur communication auprès des citoyens, et favorisent un multilinguisme équitable dans leur fonctionnement interne ;

– qu’elles recherchent des solutions aux problèmes évoqués ci-dessus, par exemple en finançant des études sur les politiques linguistiques possibles pour l’Europe, leurs coûts et leurs impacts sur la préservation des identités culturelles et sur l’accès pour chaque citoyen à la diversité linguistique et à la communication internationale ;

– qu’elles portent dans le monde la voix de la diversité culturelle en promouvant une approche multi linguiste au plan mondial ;

– que les états membres généralisent l’enseignement obligatoire de plusieurs langues étrangères européennes dès le plus jeune âge, selon une politique volontariste et coordonnée, de façon à aboutir à terme à une représentation plus équilibrée de chaque langue ;

– que le monde associatif européen, et en particulier les associations auxquelles les Jeunes Européens sont affiliés, s’efforcent de montrer l’exemple en respectant dans la mesure du possible les principes du multilinguisme dans leur propre fonctionnement.