L’euroscepticisme est à la mode en Europe. Entre le Front National (FN) en France, the United Kingdom Independence Party (UKIP) au Royaume-Uni, le MoVimento 5 Stelle (M5S) en Italie, Alternative fûr Deutschland (AFD) en Allemagne ou encore Association populaire – Aube dorée en Grèce, une puissante vague eurosceptique déferle sur l’ensemble du continent européen apportant avec elle une défaite écrasante assurée aux élections européennes de 2014. Mais n y a t-il pas lieu de se réjouir de ce constat alarmant ?

La vague eurosceptique ou l’émergence d’une opinion publique européenne

On se plaignait souvent d’un manque de démocratie transnationale à cause du défaut d’opinion publique européenne. Problème résolu ! Puisqu’une forte tendance eurosceptique peut être observée à travers le continent européen. Cette tendance exprime un certain rejet de l’Europe, un rejet teinté de xénophobie et de nationalisme. Quoi de plus réjouissant pour les tenants d’une opinion publique européenne ?

Mais il convient plus sérieusement de rechercher les causes d’une telle tendance. Pour le ministre français du Redressement productif Arnaud Montebourg, le coupable est tout trouvé. Il a en effet récemment qualifié le président de la Commission européenne José Manuel Barroso de carburant du front national.

José Manuel Barroso, carburant de l’europopulisme ?

Quels sont les arguments principaux des euro-populistes que l’on peut admettre quelque soit notre place sur l’échiquier politique ?

  • Une Europe incapable (en référence à une crise économique sans fin qui procède une crise politique)
  • Une Europe technocratique méprisant les principes démocratiques (en référence au déficit de légitimité des Commissaires européens et de leur bureaucratie et des faibles pouvoirs du Parlement dans le système communautaire) : les citoyens ne se sentent nullement représentés par ceux qui influencent le cours de leur vie.

Autrement dit, il s’agit là de carences avant tout institutionnelles. Mais attendez... l’Union européenne n’étant qu’une organisation internationale composée d’États souverains et ne pouvant aucunement déterminer elle-même son fonctionnement... est-elle responsable de ses carences institutionnelles ?

Les dirigeants nationaux sont les seuls et uniques responsables de l’euro-populisme

Ce sont bel et bien les dirigeants nationaux qui ont construit cette Europe tant détestée. En effet, les gouvernements nationaux européens, qu’ils soient de gauche ou de droite, on tous contribué à faire de l’Europe une entité fondamentalement impuissante et faiblement démocratique. Ainsi seul les dirigeants nationaux sont responsables tant que seuls ces derniers ont le pouvoir de rédiger les traités qui régissent l’exercice et la dévolution du pouvoir dans l’UE.

Si l’Europe doit être menacée à ce point pour susciter de fortes réactions, qu’il en soit ainsi

Le fonctionnement de l’Union européenne n’est pas soutenable, que ce soit au regard des considérations idéologiques et pragmatiques. Pourtant les facteurs géo-économiques nous incitent légitimement à penser que les gouvernements nationaux ne peuvent se permettre de la laisser disparaître. Ainsi ces derniers n’auront pas le choix. Ils devront tôt ou tard réformer la gouvernance de l’Union afin de la rendre plus démocratique et plus efficace pour inverser la tendance eurosceptique. S’il faut pour cela subir une défaite écrasante lors des prochaines élections, s’il faut pour cela que l’existence de l’Union soit menacée au plus haut point, alors qu’il en soit ainsi.

Une réaction verra tôt ou tard le jour, la seule question étant : quand et à quel prix en fonction du retard pris ?