Sortie de crise en vue !

, par Sébastien Pirlet

Sortie de crise en vue !
Auteur : confidence, comely

Les derniers nouvelles sont bonnes pour le continent européen, qui voit enfin se concrétiser les premiers signes d’une reprise de l’économie. Les références à la fin prochaine de la crise européenne se multiplient et ne sont désormais plus l’apanage des éternels optimistes, si bien que « 2014 » sonne dans toutes les bouches comme l’année du nouveau départ. Les derniers chiffres de la croissance européenne laissent même présager un redémarrage plus précoce qu’escompté. Cependant la reprise s’annonce timide et le chômage ne devrait pas refluer avant de nombreux mois. Pire, ce fragile espoir reste en permanence menacé par les progrès économiques d’Athènes ou la stabilité politique à Rome.

Cet optimisme naissant peut rapidement se transformer en frustration quand on porte le regard vers l’autre côté de l’Atlantique. Comment expliquer que les Etats-Unis, à l’origine du tremblement de terre, affiche à présent une croissante insolente vu d’Europe, où l’on peut déjà s’estimer heureux quand les chiffres ne sont pas rouges ? Les néo-keynésiens vous répondront du tac au tac que la réponse est évidente : si les Européens se sont arcboutés sur le sérieux budgétaire, les Etats-Unis ont laissé filé le déficit pour soutenir la croissance, reportant les économies aux périodes fastes. Ainsi, l’austérité serait la coupable de notre marasme, et avec elle son chantre, l’Allemagne d’Angela Merkel.

Cette critique de la politique d’austérité se heurte à la réalité pratique : l’Europe n’a pas vraiment eu la possibilité de répondre à la crise par la relance, les investisseurs et les marchés ayant constamment remis en doutes la capacité de plusieurs états européens à rembourser leurs dettes. S’il est facile aujourd’hui de se permettre une critique macroéconomique globale, la préoccupation européenne de ces dernières années était d’éviter un effondrement complet de l’Eurozone et du projet européen avec elle. Le choix de l’austérité s’est avéré être nécessaire pour assurer la survie économique du continent au jour le jour. Ceux qui fustigent cette stratégie oublient souvent de se demander où l’on en serait aujourd’hui si la Grèce avait du quitter l’euro et si les taux d’intérêt de l’Espagne, de l’Italie et de la France étaient devenus insupportables.

C’est précisément là que se trouve la différence fondamentale entre l’Europe et les Etats-Unis. Si ces derniers disposent d’une solidité politique intacte et d’une capacité de décision centralisée, l’Union Européenne n’est pas une vraie fédération. Personne ne peut trancher et prendre des décisions pour l’ensemble de l’Europe et donc personne n’est réellement responsable. Dans la pratique, cela signifie que nous ne pouvons pas choisir une vraie stratégie économique à long terme tout simplement parce qu’il nous est impossible de profiter de notre solidité économique pour la rendre crédible. En effet, les marchés jugent la crédibilité de chaque état indépendamment dans la mesure où nous n’avons pas d’état fédéral.

Ceux qui rejettent l’Union européenne parce qu’elle mène dans les faits une politique trop libérale seraient peut-être moins eurosceptiques s’ils réalisaient que c’est justement à cause d’un manque de pouvoir et de fédéralisation que l’Union n’a pas le choix de sa stratégie économique. Qu’on soit pour l’austérité ou la relance n’a presque pas d’importance tant que l’Europe n’est pas fédérale : qu’elle que soit la politique privilégiée, elle ne pourra être menée au niveau européen. La seule voie économique possible à l’heure actuelle consiste à attendre que la situation soit suffisamment désespérée pour que tout le monde s’accorde sur la situation minimale permettant d’éviter le désastre. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas la stratégie la plus efficace pour avoir une vision à long terme.

Or, ces dernières années, les moments où nous étions au bord du précipice se sont multipliés au point de devenir la norme. Les « sommets européens extraordinaires » se sont succédés à un rythme effréné qui a « européanisé » la politique économique comme jamais auparavant. Ainsi, si le fédéralisme économique n’existe pas encore dans les traités, l’Union s’est imposée dans la pratique comme le niveau de pouvoir adéquat pour gérer l’économie. Plus frappant encore, la population a pris brusquement conscience de la prépondérance de l’échelon européen. Si cela a permis aux eurosceptiques de rejeter la responsabilité de la crise sur l’Union, cela a également créé une ébauche d’opinion publique européenne : que ce soit au Portugal ou en Allemagne, tous les regards se portaient simultanément vers Bruxelles alors que les dirigeants européens se penchaient au chevet de la Grèce.

Ainsi, nous avons adopté le degré d’unité minimal nécessaire pour sauver l’Union sans se fédérer suffisamment que pour répondre vigoureusement à la crise. C’est difficile de nous le reprocher tant ce degré d’unité minimal représentait déjà un pas gigantesque au regard de l’histoire. Jamais auparavant les gouvernements n’ont été aussi consciemment liés les uns aux autres. La Commission et le Parlement ont tenté, avec des résultats contrastés, de rester à la barre mais dans un système ou urgence et nécessité font loi, c’est la concertation entre gouvernements qui s’est imposée, consacrant le rôle exécutif du Conseil Européen. Comment pourrait-il en être autrement, alors qu’obtenir le même degré d’intégration par la méthode communautaire aurait demandé dans l’urgence un saut qualitatif gigantesque des traités européens. Bon courage à celui qui aurait du le faire valider par référendum en pleine crise.

Cependant, à présent que des auspices plus cléments se présentent à l’horizon, les Européens ont la responsabilité historique de graver dans le marbre la solidarité et l’unité acquises dans la douleur et d’achever la construction de ce fragile édifice. L’erreur serait de profiter de l’accalmie pour reprendre la main sur les affaires de son pays en voulant s’affranchir de l’ingérence parfois douloureusement vécue de Bruxelles et, en filigrane, de Berlin. La seule voie pour éviter que l’histoire ne se répète, et ce bien plus violemment, est de traduire dans le long terme l’unité politique et économique de l’Union. Cela passe nécessairement par le rétablissement de la méthode communautaire et l’émergence d’une véritable fédération européenne. Alors seulement il sera temps de se demander si la Commission Européenne est trop à gauche ou trop à droite pour vous. A l’heure actuelle, ça n’a presque pas d’importance.

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Vos commentaires

  • Le 28 août 2013 à 18:12, par Xavier C. En réponse à : Sortie de crise en vue !

    L’Europe (Union européenne, BCE...) n’est pas responsable de la crise et n’est pas la solution.

    La crise de l’euro n’en est pas une. La crise, c’est celle des dettes souveraines. Des États, des institutions publiques ou encore des villes ou des régions qui se sont endettées pour diverses raisons et qui ne sont pas en mesure de rembourser. Voilà le problème.

    Nous, européens fédéralistes, devrions rappeler cela : il s’agit d’une crise des dettes souveraines et cela n’a pas rapport ni avec l’euro, ni avec l’Europe. Et nous devrions impérativement éviter de prendre prétexte de la situation actuelle pour faire avancer le projet fédéraliste. Parce que c’est faire des promesses intenables.

    Imaginons un seul instant, Sébastien Pirlet, que l’Europe fut une fédération en 2008, à la veille de la crise. Donc nous avons notre politique économique (en passant les pays qui s’en sortent le mieux n’ont pas de politique économique, ils laissent faire) avec quelques États fédérés qui empruntent énoooormément. La Grèce, l’Espagne, l’Italie ou encore la France.

    Or en 2008, les taux d’intérêt grimpent... et d’un coup ces chers pays fédérés ne sont plus en mesure ni de payer les intérêts ni de rembourser leurs emprunts. Pire, les taux sont tellement élevés qu’ils se trouvent dans un engrenage terrible : ils doivent emprunter pour payer les anciens emprunts, mais avec des taux encore plus élevés...

    Alors donc, que fait notre Fédération européenne ? A) Elle mutualise les dettes, faisant injustement payer des fédérés plus économes et rigoureux et, pire, donnant le message que c’est open bar, endettez-vous à mort, les copains paieront la note. B) Laisse les États fédérés trop endettés se démerder (banqueroute, vente des actifs, etc.).

    Voyez, fédération ou pas, ça ne change rien au problème actuel, à la manière dont on veut le régler.

    Inspirons-nous des USA. Les 13 colonies s’étaient terriblement endettées pour financer la guerre d’indépendance et, parce que cela a profité à tous, c’est la fédération qui assuma ces dettes. Et quelques décennies plus tard, certains États revinrent présenter des dettes à la fédération et celle-ci rétorqua que c’était pour des dépenses locales et non fédérales, donc chacun sa merde. Et le dollar prit un coup, ainsi que la crédibilité des USA. Mais 1) c’était plus juste et 2) plus sain sur le long terme.

    Ainsi, encore aujourd’hui, regardez, ce n’est pas Washington DC qui règle la dette de la Californie (qui pèse bien plus que la Grèce). Non, c’est la Californie !

    Nous le voyons bien avec la Grèce, nous leur avons donné... puis donné... puis donné encore et ce n’est pas fini. Et toujours pas de résultats tangibles. Et, pire, les Grecs nous en veulent d’avoir des exigences (parce qu’il faudrait leur faire un chèque en blanc sans conditions).

    Bref. Bornons-nous à expliquer que la crise des dettes souveraines n’a pas rapport avec l’UE et que, naturellement, celle-ci n’est ni la cause, ni la solution.

    La seule et unique chose que nous pourrions avancer en tant que fédéralistes est la suivante : si un pays de l’UE fait banqueroute, l’Europe devrait prendre en charge la défense du territoire et les douanes. Parce que c’est le rôle d’une structure fédérale et que cela profite à tous les fédérés.

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