Une « nouvelle » grande coalition à Vienne

, par Guillaume Amigues

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Une « nouvelle » grande coalition à Vienne

Deux mois après les élections, les sociaux-démocrates de la SPÖ et les conservateurs de la ÖVP se sont entendus pour former à nouveau une grande coalition : Werner Faymann (SPÖ) devient le nouveau chancelier.

Beaucoup de bruit pour rien ? Il semblait en juillet dernier que la politique autrichienne se trouvait à la croisée des chemins après un an et demi d’immobilisme. La grande coalition au sein de laquelle les deux « partenaires » s’étaient mutuellement neutralisés avait fortement déçu une grande partie de la population. Tout cela devait prendre fin lorsque le ministre des finances Wilhelm Molterer (ÖVP) a mis fin à ce mariage forcé en s’écriant « ça suffit ! » (es reicht !) le 7 juillet dernier.

C’est le revirement des sociaux-démocrates sur la question européenne qui a précipité la crise. La direction politique de la SPÖ avait en effet affirmé dans une lettre ouverte au tabloïd Neue Kronen Zeitung sa volonté de faire ratifier tous les futurs traités européens par référendum. L’Union européenne avait jusqu’ici constitué l’un des rares points de consensus entre les deux partis, sur une ligne résolument pro-européenne.

Les résultats des élections sont tombés sans surprise. Les deux principaux parts ont subi de sévères pertes, établissant des résultats électoraux historiquement bas. A l’inverse, les deux frères ennemis d’extrême droite Heinz-Christian Strache (FPÖ) et Jörg Haider (BZÖ) ont largement profité de cette situation, atteignant 28% des voix.

La crise accélère les négociations

Face à de tels résultats, la formation d’une nouvelle grande coalition était la seule manière de tenir les partis d’extrême droite éloignés du pouvoir. Ayant obtenu 26% des voix (contre 29,3% pour la SPÖ), la ÖVP a été considérée comme le perdant des élections : le candidat Molterer a donc du céder sa place à son éternel lieutenant Josef Pröll. Ce changement ouvrait la voie à une réédition de la coalition entre les deux partis désormais « moyens ». Werner Faymann, le candidat de la SPÖ, avait laissé entendre avant les élections que Molterer était le principal obstacle aune collaboration fructueuse avec la ÖVP.

Les négociations de coalition entre socio-démocrates et conservateurs ont été relativement rapides en comparaison avec les précédentes qui avaient duré plus de trois mois. Le fait que les principaux désaccords aient déjà été connus après la dernière coalition a participé à ce résultat rapide. Par ailleurs, les responsables des deux partis insistent dur le fait que la crise financière actuelle renforçait l’urgence de doter l’Autriche d’un gouvernement capable d’agir.

C’est pour cette raison que les partenaires de coalition ont fait preuve de pragmatisme au cours des négociations. Par exemple, le financement du plan conjoncturel anti-crise de cinq milliards d’euros reste à préciser : « on va faire des économies là où c’est possible ». Ce pragmatisme a abouti à un programme flou pour le prochain gouvernement qui est déjà critiqué comme un « programme chewing-gum ».

La question européenne reste ouverte

L’attitude face à la construction européenne risquait de constituer la pierre d’achoppement des négociations. Depuis la confrontation à la fin de la coalition précédente, aucun des partis n’avait modifié sa position : de ce côté-ci, le pacte de coalition n’apporte rien de nouveau. Les deux partis se déclarent favorables à la construction européenne, et s’accordent sur un compromis à minima sur la question du référendum, qui ne pourra avoir lieu contre la volonté des conservateurs. Ainsi, cette question importante n’est pas résolue,mais simplement écartée afin de pouvoir former un gouvernement rapidement. La ministre des affaires étrangères euro-enthousiaste Ursula Plassnik (ÖVP), qui n’était pas satisfaite parce compromis, a refusé de participer au nouveau gouvernement.

Une nouvelle coalition ?

La grande coalition qui entrera en fonction en décembre est elle réellement nouvelle ? Dans quelle mesure les citoyens autrichiens, qui ont exprimé aux dernières élections leur ras-le-bol, peuvent-ils avoir le sentiment d’avoir un nouveau gouvernement ?

La répartition des ministères rappelle fortement l’ancien gouvernement : la SPÖ est toujours en charge du transport, de l’éducation, la défense, des femmes et des affaires sociales, et désormais aussi de la santé. La ÖVP reçoit à nouveau les portefeuilles des finances, des affaires étrangères, de l’intérieur, l’économie et la science auxquels s’ajoute celui de la justice. Des dix-huit ministres et secrétaires d’État, seuls huit ne faisaient pas partie de l’équipe sortante. L’ancien ministre des transports Faymann (SPÖ) devient chancelier, le chef de la ÖVP prenant les postes de vice-chancelier et ministre des finances. De nombreux indices laissent à craindre que cette nouvelle coalition puisse être perçue comme une simple continuation de la précédente.

La dernière chance ?

Cette question n’est cependant pas la plus importante. Ce qui est essentiel n’est pas tant à quel point la coalition est nouvelle, mais plutôt les résultats qu’elle va obtenir. Crise financière et économique, endettement de la sécurité sociale, réforme de la fiscalité, intégration des immigrants... les défis sont légion ! Le premier pas est toutefois d’améliorer la coopération au sein de la coalition « rouge-noire ». Des deux côtés, on souligne la nécessité de miser sur « l’esprit d’équipe et le travail » afin de restaurer la crédibilité de la politique en Autriche.

L’objectif fixé par Faymann peut sembler modeste : il s’agit de réaliser après les élections ce que l’on a promis avant les élections. C’est cependant indispensable afin de maîtriser la montée en puissance de l’extrême-droite. En l’espace d’un an et demi, la coalition menée par Alfred Gusenbauer a pratiquement doublé l’électorat de la FPÖ et de la BZÖ.

La grande coalition a désormais une seconde chance. Dans un pays où le populisme et le désintérêt pour la politique sont marqués, et où 43% des jeunes votent pour l’extrême-droite, on peut aussi avancer que c’est peut être la dernière.

Illustration : poignée de main entre le nouveau chancelier Werner Faymann (SPÖ) et son vice-chancelier Josef Pröll (ÖVP). Source : flickr

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Vos commentaires

  • Le 27 novembre 2008 à 18:17, par Fabien En réponse à : Une « nouvelle » grande coalition à Vienne

    Dominique Reynié fait remarqué dans son dernier livre qu’il y a en Europe une tendance commune plus qu’une résurgence des nationalismes : le stato-scepticisme. Tous les gouvernements, de gauche comme de droite, sont plutôt rejetés par les citoyens et perdent les élections suivantes.

    Avoir une telle coalition ne peut donc que favoriser ceux qui sont en dehors du système.

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