Vendredi 24 juin 2016, au lendemain du référendum britannique qui a vu le choix de quitter l’Union européenne l’emporter, le président de la République française s’est exprimé à ce propos, tout comme son prédécesseur. Tout en se positionnant comme soi-disant “pro-européens”, ils cautionnent de fait un discours nationaliste.

Les déclarations de François Hollande et de Nicolas Sarkozy après le Brexit se rejoignent en ce qu’elles professent de bonnes intentions vagues et ne comportent rien de nouveau en comparaison aux discours habituels sur l’avenir de l’Europe. Rien ne laisse percevoir que la mesure de l’événement ait été prise.

Pire, ils adoptent une attitude toxique et fatale. Tout en se positionnant comme “pro-européens” - ce qui ne veut plus rien dire aujourd’hui - ils cautionnent un discours nationaliste.

Pour Hollande l’Europe doit porter des projets et ne pas se perdre dans les procédures. Elle doit être comprise et contrôlée par les citoyens. Elle doit décider vite là où on l’attend et laisser une fois pour toutes aux États-nations ce qui relève de leur seule compétence..

Pour Sarkozy Le principe de subsidiarité doit devenir enfin une réalité. Les compétences européennes doivent être regroupées autour d’une petite dizaine de priorités stratégiques comme l’agriculture, l’énergie, la concurrence, la politique commerciale, la recherche. Les autres compétences devront être renvoyées sans délai à la souveraineté des États membres.

Céder ainsi à la caricature et reprendre les clichés des nationalistes — ceux qui de Cameron à Farage ont précipité le Royaume-Uni dans le chaos — est une faute lourde. Il est inutile de combattre l’extrême-droite de Le Pen dès lors que ces deux individus tiennent ce genre de discours allant dans le même sens. Or Hollande et Sarkozy ne disent pas la vérité, et ils le savent.

Ils s’expriment comme s’ils n’étaient pas responsables des politiques et de la gouvernance de l’Union européenne, comme si celle-ci était une force extérieure hors de leur contrôle.

C’est un mensonge.

Ce sont les États, et leurs gouvernements, qui définissent les compétences de l’Union. Ce sont eux qui écrivent les traités et les ratifient.

Ce sont les États, et leurs gouvernements, qui ont la main sur la nomination des membres de la Commission européenne.

Ce sont les États, et leurs gouvernements, qui définissent, au sein du Conseil européen, les grandes orientations de l’Union européenne.

Ce sont les États, et leurs gouvernements, qui votent les lois européennes. Ils participent largement à leur écriture via des comités d’experts auxquels ils participent et leurs représentants permanents.

Ce sont les États, leurs gouvernements et leurs parlements, qui définissent les modalités de la mise en oeuvre des lois-cadres européennes, les directives, et y ajoutent souvent des règles supplémentaires.

Comment ces deux individus osent-ils prétendre que l’Union européenne empiète sur leurs compétences ! Comment peuvent-ils prétendre n’être responsables de rien ?

Quand au principe de subsidiarité - terme qui signifie simplement proximité - il implique que les compétences pour mener des politiques publiques soient affectées au niveau où elles sont le plus efficace, et chaque fois que c’est possible au plus proche des citoyens. S’ils y croient vraiment, pourquoi ne l’appliquent-ils pas en France en confiant plus de compétences aux communes et aux régions ? En réalité, ce principe n’est pour eux que prétexte pour défendre leur propre pouvoir.

Cette irresponsabilité, ces mensonges récurrents, tuent l’idée européenne. Le Royaume-Uni est aujourd’hui victime de ces mythes entretenus par un establishment corporatiste et nationaliste. Le dénoncer est un impératif. L’Union européenne ne pourra changer qu’en clarifiant son fonctionnement. Elle ne pourra agir qu’en ayant les moyens nécessaires pour être efficace. Que Hollande et les autres chefs d’État et de gouvernement des 27 s’y attellent enfin dès maintenant, en associant les institutions européennes et en tout premier lieu nos élus au Parlement européen, et qu’ils cessent de se défausser de leurs responsabilités.