En 2006, des instituts culturels représentant six pays de l’UE se réunissent pour la première fois afin de créer le Réseau européen des instituts nationaux de la culture, dans le même esprit que l’UE elle-même. Le réseau EUNIC s’est développé au fil du temps, en intégrant de nouveaux membres, au même titre que l’Union. Aujourd’hui, ce réseau inclut 38 institutions, provenant des États membres, et de pays tiers tels que le Royaume-Uni et l’Ukraine.
Qu’est-ce qu’un institut national de la culture ?
Avant d’aller plus loin, il convient de s’entendre sur les termes. L’institut national de la culture, tel que le définit le Parlement européen, désigne un organisme public à but non lucratif « centré sur la promotion de la culture et de la ou des langues nationales ». Or, les instituts culturels européens ne partagent ni le même statut juridique, ni le même degré d’autonomie vis-à-vis du ministère auquel ils sont rattachés ni les mêmes ressources. Il y a par exemple des instituts tels que l’Institut Français, qui dépend du ministère de la Culture ainsi que du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, mais aussi des instituts plus autonomes, notamment le British Council (Royaume-Uni) ou l’Institut Goethe (Allemagne).
L’EUNIC rassemble ainsi des organisations gouvernementales et non gouvernementales, aux mandats et réalités opérationnelles différentes, au sein d’une même communauté, dont le but est de faire reconnaître la culture comme un acteur important des relations internationales.
Dans quel contexte l’EUNIC est-il apparu ?
L’histoire de la diplomatie culturelle peut être classée en quatre grandes étapes, selon l’historien grec Gregory Paschalidis . Un détour par cette généalogie éclaire d’ailleurs bien des choses sur ce qu’est devenu aujourd’hui l’EUNIC.
D’abord, le nationalisme culturel (1870-1914) : des pays d’Europe occidentale comme la France ou l’Italie, parmi les premiers à se doter d’instituts culturels nationaux, cherchent alors à diffuser leur langue nationale comme instrument d’affirmation identitaire. Un projet qui s’inscrit dans un cadre bien précis, celui de l’expansion coloniale, laquelle légitime à l’époque le procédé permettant de « civiliser » les populations colonisées.
Vient ensuite, de 1914 à 1945, l’ère de la propagande culturelle. Le contexte de guerre change la donne : la diplomatie culturelle se retrouve subordonnée à des intérêts géostratégiques globaux et à des ambitions impériales croissantes. L’objectif n’est alors plus seulement le rayonnement, mais la mise en scène de la supériorité nationale : les symboles culturels devenant autant de témoignages de l’excellence du génie d’un peuple.
De 1945 à 1990 s’ouvre la « diplomatie culturelle », qui se referme avec la chute du mur de Berlin. Elle répond à un besoin précis : reconstruire des relations rompues par la guerre et retrouver, dans une Europe dévastée, les conditions d’une réconciliation durable. Les instituts culturels nationaux deviennent alors des instruments de dialogue plutôt que de simple projection, et leur nombre connaît une accélération sans précédent à travers le monde. Cette expansion ne se déploie pourtant pas dans un vide géopolitique. Elle est prise, au contraire, dans un triple mouvement : les tensions de la guerre froide entre l’Est et l’Ouest, les recompositions issues de la décolonisation entre le Nord et le Sud, et une concurrence linguistique croissante avec les États-Unis.
Enfin, le capitalisme culturel (des années 1990 à nos jours) voit émerger une approche résolument multilatérale, où les instituts culturels nationaux sont encouragés à coopérer plutôt qu’à agir isolément. Cette dynamique de coopération trouvera son aboutissement institutionnel en 2006, avec la création du réseau EUNIC.
Comment fonctionne l’EUNIC ?
Le réseau est officiellement pensé comme un outil destiné à dépasser les nationalismes culturels unilatéraux au profit d’un paradigme de réciprocité et d’« unité dans la diversité ». Depuis 2011, il dispose d’un siège permanent à Bruxelles, dont la responsabilité financière est partagée entre les membres, ainsi que d’une présidence tournante entre les États. Les grandes décisions d’orientation stratégique y sont prises de manière démocratique lors de l’Assemblée générale, qui réunit deux fois par an les dirigeants (PDG, présidents ou secrétaires généraux) de ses institutions membres. Entre 2006 et 2011, ce sont surtout le British Council et le Goethe-Institut, deux des instituts les plus influents, qui ont porté l’essentiel du fonctionnement du réseau.
C’est cependant à un autre niveau, celui des structures locales — les « clusters » —, que se trouve la véritable colonne vertébrale de l’organisation. On parle de “clusters” dès que l’on observe un regroupement de branches locales des organisations membres de l’EUNIC (Institut français, Institut Cervantès, Società Dante Alighieri, Nederlandse Taalunie…) On compte aujourd’hui 140 clusters dans une centaine de pays. Un cluster peut être officiellement approuvé par l’Assemblée générale dès lors qu’au moins trois bureaux locaux d’instituts membres décident de s’associer. Il existe par exemple un cluster EUNIC à Buenos Aires, dont font partie les antennes locales du British Council, de l’Alliance Française, du Goethe-Institut, ainsi que plusieurs ambassades de pays européens. La mise en commun des ressources au sein de ces structures locales a par ailleurs permis de mutualiser les coûts de fonctionnement du siège.
L’EUNIC et l’UE
Bien qu’il ne soit pas une institution de l’UE, l’EUNIC entretient une relation étroite avec celle-ci, contribuant aux politiques culturelles déployées à Bruxelles grâce aux connaissances qu’il apporte. En 2016, l’UE a publié la communication conjointe : « Vers une stratégie de l’UE pour les relations culturelles internationales », désignant l’EUNIC comme l’un des partenaires de mise en œuvre de son approche des relations culturelles. L’année suivante, cette coopération se formalise davantage : l’EUNIC signe un accord administratif avec la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure, posant ainsi les bases de principes, de valeurs et d’objectifs communs, ainsi que les modalités concrètes de leur mise en œuvre.
Sur le terrain, cette alliance prend corps à travers les clusters EUNIC, qui établissent aux quatre coins du monde des partenariats — tantôt formels, tantôt plus informels — avec les délégations de l’UE, donnant naissance à des projets communs, des programmes de long terme et des interventions stratégiques ancrées dans les réalités locales.

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