L’élection surprise de Klaus Iohannis, président du Parti national libéral (centre-droit), à la présidence de la République roumaine, dimanche 16 novembre, a été marquée par de troublants dysfonctionnements, privant une partie de la diaspora roumaine de son droit de vote.

Issu de la minorité allemande en Roumanie et maire de la ville de Sibiu, Klaus Iohannis, le candidat de centre-droit a remporté l’élection présidentielle à une large majorité de 54,5% malgré un premier tour gagné par son adversaire, le candidat de gauche et actuel Premier ministre, Victor Ponta. Les sondages annonçaient un résultat serré, la campagne fut rude.

On ne peut que se réjouir du taux de participation record : 64,1%, et de la mobilisation des jeunes dans un pays où règne une défiance tenace à l’encontre des politiciens. Cependant cette élection laisse un goût amer en raison des problèmes rencontrés par les électeurs de la diaspora pour exercer leur droit de vote, et ce aux deux tours de l’élection.

La diaspora est l’une des principales clés de cette élection. Composée de 3 millions de Roumains, elle est une part non négligeable de l’électorat (15%). Les voix des Roumains de l’étranger avaient déjà fait pencher la balance lors de la dernière élection présidentielle en faveur du président sortant Traian Basescu, de tendance chrétienne-démocrate (centre-droit). Pourtant, lors du premier tour de l’élection le 2 novembre dernier, seuls 160 000 bulletins de vote avaient été envoyés de l’étranger. Un tel écart qui s’explique, non pas par l’abstention, mais par le nombre insuffisant de bureaux de vote ouverts en Europe, où réside l’essentiel de la diaspora roumaine. Les 294 bureaux mis à disposition ont été assaillis par des milliers de personnes [1]. Des files d’attente de plusieurs heures telles qu’à Paris, Bruxelles ou Londres, se sont soldées, pour un grand nombre, par une impossibilité de voter avant la clôture des bureaux de vote. Une organisation calamiteuse dénoncée par les électeurs comme une manœuvre visant à empêcher un vote massif de la diaspora en grande partie opposée à Victor Ponta, le candidat social-démocrate. La diaspora vote traditionnellement plus à droite que le reste du pays, or c’est le gouvernement de Victor Ponta, qui organisait les élections. Les tensions était très forte dès le premier tour, le dimanche 2 novembre, notamment à Paris, où les forces de l’ordre ont du contenir la foule quand l’ambassade de Roumanie a décidé de suspendre le vote à 21h alors même que de nombreux électeurs se trouvaient encore dans l’enceinte du bureau de vote.

Les incidents privant les expatriés de leur droit de vote ont été largement relayés sur les réseaux sociaux et ont provoqué une vague de solidarité et de protestation en Roumanie. Ces manifestations ont poussé le ministre des Affaires étrangères à la démission à la suite de ce premier tour.

La mobilisation contre Victor Ponta était très forte chez les expatriés pour le second tour, ce dimanche. Le nombre d’électeurs a doublé dans certaines villes sans qu’aucun bureau de vote supplémentaire ne soit ouvert, ce qui n’a fait que confirmer les suspicions sur l’organisation douteuse de l’élection à l’étranger. En Belgique, c’est le bourgmestre de Uccle (commune de Bruxelles), Armand De Decker, qui est intervenu auprès de l’ambassadeur de Roumanie pour que le processus soit accéléré et pour s’assurer que tous les électeurs présents puissent voter [2].

Ces manœuvres anti-démocratiques auront sans doute été le dérapage de trop d’un gouvernement souvent impliqué dans des affaires de corruption. La stratégie s’est en tout cas révélée perdante et le scandale a permis à Klaus Iohannis de combler son retard et de remporter l’élection haut la main. Plus de 350 000 Roumains de l’étranger ont finalement voté et à près de 90% pour le candidat de centre-droit. On ignore le nombre d’expatriés qui ont été dans l’impossibilité de voter. Quelque soit le résultat de l’élection, il n’est pas acceptable de voir des citoyens roumains privés de leur droit de vote en Europe, sous prétexte que ceux-ci résident dans un autre pays.

Le 22 décembre prochain, la Roumanie fêtera les 25 ans de sa révolution et de la chute du régime de Ceauşescu. Le nouveau président, qui a promis de combattre la corruption et de renforcer l’indépendance de la justice, aura fort à faire même si le pays a fait d’énormes progrès depuis le début des années 2000 [3]. Si le taux de participation démontre l’envie du peuple roumain de marcher vers une démocratie plus efficace, les incidents survenus rappellent que la démocratie ne doit pas être considérée comme acquise et qu’elle mérite une attention et une mobilisation sans faille.