La jeunesse espagnole, de la crise au mécontentement

, par Miguel García Barea

La jeunesse espagnole, de la crise au mécontentement

La situation en Espagne pousse de nombreux jeunes à tenter leur chance ailleurs en Europe. Un jeune étudiant espagnol actuellement en échange à Lille revient dans un reportage mené dans son université sur les difficultés politico-économiques auxquelles doit faire face l’Espagne.

En juillet 2007, le président du gouvernement espagnol, le socialiste José Luís Rodriguez Zapatero, a affirmé qu’en matière économique, l’Espagne « jouait dans la Champions Ligue ». C’était une période durant laquelle pour chaque grossesse les mères recevaient un chèque de 2500 euros. Personne ne s’en souvient déjà plus . Et pourtant cela fait seulement 6 ans, mais les incessantes informations négatives font croire que nous parlons d’une période beaucoup plus lointaine. Ces dernières années l’Espagne a vu une augmentation inquiétante du chômage, de la précarité au travail et des expulsions forcées. Cela ont provoqué des grèves et des manifestations dont plusieurs d’entre elles brutalement réprimées par la Police. Tous ces facteurs ont obligé la génération la plus diplômée de l’ histoire de ce pays à émigrer à l’étranger pour exercer leur profession.

La crise économique mondiale, qui a éclaté aux États-Unis en 2008, s’est trouvée aggravée en Espagne à cause de l’endettement des familles. Cet endettement est dû à l’éclatement, de ce que l’on a appelé « la bulle immobilière », celle-ci a commencé quand le gouvernement de José María Aznar (1996-2004) a privatisé le marché du sol pour construire de l’immobilier. Les banques ont commencé à accorder des crédits aux personnes avec des salaires instables pour qu’elles puissent accéder à la propriété. Certains jeunes ont ainsi abandonné l’école pour travailler dans la construction, séduits par la possibilité de pouvoir être économiquement indépendants avant d’obtenir la majorité. Le PIB a augmenté et le chômage a été réduit, mais d’une manière artificielle .

Plus tard, le gouvernement socialiste de José Luís Rodríguez Zapatero (2003-2011), ainsi que les différents gouvernements autonomes, ont initié la « politique du gaspillage » en investissant des millions d’euros dans des infrastructures superflues. L’Espagne a voulu imiter d’autres puissances et voilà comment elle s’est retrouvée derrière. Abel Sánchez, un étudiant en ingénierie de Madrid en Erasmus à l’université Lille 1, compare l’Espagne et la France : « Ici, à Lille le niveau d’infrastructures et d’installations est visiblement supérieur au nôtre, et il ne semble pas non plus impossible de trouver du travail si on est persévérant . Les frais d’inscription pour un français dans une université publique sont moindres, et les aides que le gouvernement français (à travers la CAF) ouvre un accès au logement aux Français, mais aussi à n’importe quel résident étranger. Cela fait que la différence économique avec notre pays est vue avec une plus grande crudité. Mais la vérité c’est que la France a toujours été un pays beaucoup plus riche et mieux organisé en matière économique. »

La tension sociale commençait à être irrespirable, et la population, de son côté s’est mobilisée. C’était en mars 2011 le mouvement social spontané 15M, chargé d’un romantisme qui rappelait le Mai 68 de Paris, s’est comme celui-ci finalement éteint en laissant peine de trace. « Je suis content de la réaction de la société qui se plaint, qui exige à ses représentants des explications et qui lutte pour ses droits. Le 15M c’est le meilleur exemple » nous dit avec une certaine nostalgie María Montes, étudiante de Journalisme à l’université Complutense de Madrid et maintenant en Erasmus à Lille 3.

Cependant, la même année, les élections générales, convoquées préalablement par le Parti Socialiste Espagnol qui perdait des votes chaque jour, ont donné la victoire au conservateur Mariano Rajoy. Il a promis d’ ’ajuster le déficit sans toucher aux droits les plus importants. Mais, loin de disparaître, le mécontentement n’a plus fait qu’augmenter. En effet, comme ses prédécesseurs, les représentants légitimes du peuple espagnol ont recommencé à faillir dans l’accomplissement leurs promesses.

La crise a affecté chaque région et chaque secteur. d’une manière inégale « Au Pays Basque du point de vue d’un étudiant universitaire, la crise ne cause pas autant d’impact. Évidemment, elle est très présente dans les médias et dans l’atmosphère de plainte qui enveloppe toujours ces sujets dans toutes les conversations » admet Salvador Figueirido, étudiant de Communication dans l’Université de Deusto. La crise est plus forte dans les régions les plus pauvres et parmi les classes moyennes et les plus défavorisées. Après le 15M il y eu d’ autres reáctions sociales très differentes. Face aux expulsions forcées successives, Ada Colau, femme au foyer, a créé la plate-forme Victimas por Hipotéca (PAH). C’est une association qui vient en aide aux personnes qui risquent de perdre leur maison en plus des outres sanctions économiques dues au fait qu’elles ne peuvent plus rembourser leurs crédits . En Andalousie, Juan Manuel Sanchez Gordillo maire de Marinaleda, membre du Parti Communiste et à la tête du SAT (Syndicat des Travailleurs Andalous) est devenu une célébrité en étant à l’origine de divers évènements comme les marches ouvrières et paysannes ou encore de l’occupation de propriétés privées. Cela ne s’est pas fait sans une certaine polémique, du fait des méthodes employées.

En Catalogne, la rhétorique est différente. Artur Mas, un nationaliste catalan conservateur, s’est lancé dans la confrontation avec le gouvernement central sur la base d’un référendum sécessionniste qu’ il veut convoquer en 2014 mais qui a été déclaré inconstitutionnel. Ce qui est curieux c’est que sa campagne indépendantiste a été initiée le jour même où la banqueroute du gouvernement autonome catalan a été rendue publique... Tous ces cas différents ont en commun le fait qu’ils ont reçu un remarquable soutien populaire.

Parmi les jeunes, c’est un sentiment mêlé de mécontentement, d’indignation et de pessimisme. Les mesures récentes lancées par l’exécutif de Rajoy, comme la loi de Sécurité citoyenne, qui interdit, entre d’autre la possibilité de manifester près d’un bâtiment gouvernemental ou de filmer les interventions de la police sont considérés comme un véritable attentat à la liberté individuelle. D’autre part, la sensation de corruption généralisée qui touche les deux grands partis (le PP et le PSOE) ainsi que la Monarchie (le gendre du roi, Iñaki Urdangarín, a été lui aussi mis en examen) a provoqué un dégout jamais atteint de la classe politique. L’on assiste aussi à une augmentation du Républicanisme et il faudra s’attendre très probablement à une plus grande abstention lors des prochaines élections.

Parmi les jeunes, l’attitude est maintenant plus autocritique. Selon David Aura, un étudiant en Publicité à l’ université de Navarra, « En Espagne malheureusement la mentalité est de vivre mieux que les parents en travaillant beaucoup moins qu’eux . C’est à dire la loi du moindre effort » ce qui expliquerait selon lui en partie l’énorme endettement des familles. Salvador lui, reproche au peuple espagnol « une attitude très lâche devant la corruption » et selon María « c’est le peuple qui n’a pas suffisamment de critère pour décider qui mettre au pouvoir ».

Sans aucun doute, la vie dans l’Espagne d’aujourd’hui est beaucoup plus dure qu’il y a quelques années. « Un pays plus divisé, inégal et appauvri, dans lequel les pauvres sont plus pauvres et les plus riches sont plus riches encore. Et entre les deux, une classe moyenne qui disparaît peu à peu » selon l’opinion de Salvador. Pour María, il faudrait une grande « restructuration de l’État », une réinitialisation du système, en partant de zéro.

Par ailleurs, la nécessité de travailler à l’étranger devient de plus en plus probable. « J’aimerais faire les premières années de mon expérience professionnelle à l’étranger. Mais l’idée c’est de retourner dans mon pays d’origine, ma ville , là où sont mes racines, et le plus important par-dessus tout , la famille ! » c’est la réponse de David. Abel, en revanche, espère rentrer plus vite. « Çe qui me plairait, et j’espère pouvoir le faire, c’est de rentrer et de travailler en Espagne. je n’imagine pas encore ma vie dans un autre pays. Le sentiment de nostalgie est grand et je crois qu’il n’est pas impossible de trouver un travail là-bas ». L’ envie de s’en sortir est partagée , ainsi que la nécessité de changement. La question est maintenant de savoir s’ il existe quelque amélioration possible quand les responsables continuent de garder leur place et que les artisans possibles du changement sont en train de quitter peu à peu le pays ? La réponse, tout comme la situation économique de l’Espagne, continue d’être difficile.

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Vos commentaires

  • Le 7 janvier 2014 à 20:47, par Christian BESNAULT En réponse à : La jeunesse espagnole, de la crise au mécontentement

    Enhorabuena Miguel. He leido tu artículo con interés, y te felicito por el esfuerzo de escribir en francés !

    Lastima lo que pasa en España, y, en menor medida, en Europa. Pero, como lo comentan algunas de la personas que entrevistasté, tenemos los politicos que nos merecemos !

    En fin, espero que lo malo tenga su lado bueno. Que ojala sera Europa. Con todos esos jovenes exiliandose para buscarse la vida, muchos de ellos en otros paises de la UE, espero que crezca el sentimiento europeo entre españoles.

    Un saludo,

  • Le 8 janvier 2014 à 12:29, par Miguel García Barea En réponse à : La jeunesse espagnole, de la crise au mécontentement

    ¡Muchas gracias Christian !

    Me alegro que te haya gustado, así como de haber podido explicar la situación de mi país a quienes desde fuera están interesados. Como bien dijo el célebre filósofo Miguel de Unamuno, yo también creo que habría que « europeizar España », ahora más que nunca, para así acabar de una vez por todas con cada uno de los problemas que nos hacen estar atrasados respecto a nuestros vecinos. Al mismo tiempo, una Europa más unida sería una buena ocasión para « españolizar Europa » y compartir los aspectos positivos que tiene España, que también existen. ¡Un saludo !

  • Le 8 janvier 2014 à 16:15, par Alexandre Marin En réponse à : La jeunesse espagnole, de la crise au mécontentement

    "Al mismo tiempo, una Europa más unida sería una buena ocasión para « españolizar Europa » y compartir los aspectos positivos que tiene España, que también existen."

    A mi juicio, la futura constitución europea tendrá que inspirarse de la constitución espanola, que, en cuanto a la elaboración de las instituciones y la determinación de los distintos poderes legislativo, ejecutivo y judicial es la más moderna y la más eficiente.

  • Le 8 janvier 2014 à 16:21, par Alexandre Marin En réponse à : La jeunesse espagnole, de la crise au mécontentement

    También, se podría espanolizar Europa, creando un Taurillon en Castellano, lo que nos permitiría poder ser leídos no sólo en Espana sino en América Latina, dónde se esta creando una Unión de las Naciones Suramericanas, sobre el modelo de la Unión Europea.

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