Après le pouvoir d’achat, les taxes sur le carburant et la redistribution des richesses, la question internationale s’est invitée dans le débat de la primaire socialiste. Face à la situation à l’Est, les positions des candidats se sont polarisées quant à la stratégie à adopter dans la guerre en Ukraine.

À l’approche du premier tour de la primaire socilialiste, les 9 et 10 octobre prochains, les cinq candidats sur la ligne de départ : Ségolène Royal, candidate à la présidentielle en 2007, Olivier Faure, secrétaire général du parti, Raphaël Glucksmann, député européen et président de Place Publique, ainsi que les députés Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel ont fait de la guerre en Ukraine un point de friction majeur lors de leurs différents débats télévisés (23 septembre, 1er et 5 octobre). Si un semblant de consensus semblait primer sur les sujets économiques et sociaux, la question internationale a rebattu les cartes. Malgré presque cinq années de guerre, la guerre en Ukraine prend de plus en plus de place dans le débat public et devient un sujet majeur lors des premiers débats de la campagne présidentielle.

L’isolement diplomatique de Ségolène Royal : le dialogue plus que la force

Ségolène Royal, interpellée sur la question, a affirmé que « cette guerre aurait pu ne pas exister » en insistant notamment sur le fait que les Européens auraient eu connaissance des revendications de Poutine ainsi que la violation des frontières en amont de la déclaration de guerre. La candidate aurait réclamé le déploiement de Casques bleus à la frontière afin d’empêcher l’invasion de l’Ukraine, si elle avait été au pouvoir à ce moment-là.

Elle regrette qu’un effort « pour la négociation, pour la discussion,pour la médiation » n’existe pas aujourd’hui. Selon elle, il faut « aider l’Ukraine à obtenir une paix juste et durable » mais sur la base d’un équilibre permanent entre « la force de défense et la force de négociation et de médiation ».

Pour Ségolène Royal, la Russie est l’adversaire de l’Europe. Si elle qualifie la Russie d’adversaire de l’Europe, elle défend la nécessité de préserver le dialogue pour rejeter le « jusqu’au boutisme de la guerre », une approche selon elle purement militaire sans issue diplomatique. « [La paix à l’échelle de la planète], c’est de s’entendre avec ses voisins et c’est d’aider les pays à s’attendre avec leurs voisins ».

Ségolène Royal apparaît d’autant plus isolée sur la scène politique qu’elle demeure la seule candidate à avoir eu des propos ambigus sur la nature des crimes commis en Ukraine au début du conflit. Sur le plateau de BFMTV, elle avait notamment déclaré : : « vous pensez bien que s’il y avait la moindre victime, le moindre bébé avec du sang, à l’heure des téléphones portables, on les aurait eues ». Des propos qui avaient alors provoqué de vives réactions de la part des autres responsables politiques présents.

Un bloc de fermeté : la résistance jusqu’au bout de la guerre

En face, les quatre autres candidats partagent le même constat : la Russie est une menace existentielle pour la sécurité et l’intégrité de l’Europe. se démarquent par la nuance de leur réponse.

Raphaël Glucksmann est celui qui incarne la ligne la plus offensive. Il déclare : « Ce n’est pas une guerre contre l’Ukraine, c’est une guerre contre l’Europe ». Selon lui, Poutine attaque l’idéologie même des démocraties européennes.

Pour Raphaël Glucksmann, le temps des négociations est révolu. Il convient de faire preuve de fermeté et de résistance face à l’hostilité ouverte de la Russie. L’attaque de l’aéroport de Leipzig l’illustre : « la Russie de Vladimir Poutine fait du terrorisme d’Etat sur le sol de l’Union européenne ». Il ajoute que le Kremlin a désormais érigé en ennemi juré « l’eurofascisme », un terme par lequel le candidat désigne les démocraties progressistes européennes.

La voie des négociations est désormais caduque ; il convient d’adopter une posture de fermeté et de résistance face à l’hostilité ouverte de la Russie. L’incident de l’aéroport de Leipzig l’illustre : les agissements de la Russie de Vladimir Poutine s’apparentent à du terrorisme d’État au cœur de l’Union européenne, érigeant l’Europe en cible déclarée de Moscou.

Pour le leader de Place publique, l’Ukraine est « notre première ligne de défense ». Il réclame une augmentation massive de l’aide militaire, le retour de l’Europe à sa fonction de sécurité et la protection stricte de l’espace aérien ukrainien car protéger l’Ukraine, c’est protéger l’Europe. La France doit être le fer de lance d’une « défense européenne, souveraine, autonome ».

Olivier Faure a appuyé la vision de Raphaël Glucksmann en déclarant : « L’Ukraine, c’est l’Europe » et « Si nous ne comprenons pas que c’est aux portes de l’Europe que se joue notre avenir, nous n’avons rien compris ». La France doit soutenir l’Ukraine et résister auprès d’elle.

La médiation ne pourrait être envisagée que si Zelensky demande de l’aide à la France dans ce projet. Selon lui, le Kremlin cherche avant tout à tester la résistance et la lassitude des Européens car la Russie est persuadée qu’elle gagnera « la bataille d’Ukraine ».

Jérôme Guedj a attaqué Ségolène Royal en lui reprochant un « flottement » et un manque de clarté quant à la place réelle accordée à Kiev dans d’éventuelles discussions de paix. Il faut avoir une prise de position ferme, sans concession et sans ambivalence,sinon, c’est là que les idées “poutinistes”s’engouffrent. Il faut une réelle solidarité avec l’Ukraine.

Jérôme Guedj émet cependant un doute sur le plan No Fly Zone (espace aérien protégé où le vol de tout appareil est strictement interdit) défendu par Raphaël Glucksmann. Pour lui, c’est une déclaration de confrontation directe et ouverte à la Russie et à Poutine. Tout comme ses rivaux, il estime qu’ « il faut que la France continue le financement et la livraison des armes », car « c’est notre sécurité qui se joue là-bas ». Pour lui : « La politique commence par les valeurs » et « La sécurité des Européens commence en Ukraine ».

Emmanuel Maurel partage l’idée d’un soutien indispensable à l’Ukraine, s’inscrivant dans la position globale de défense européenne du bloc social-démocrate face à la guerre hybride menée par Moscou : « Le socialisme a toujours été historiquement associé au pacifisme mais le socialisme a toujours été aussi associé au combat contre le nationalisme ». Les nationalismes ont toujours mené à la guerre, l’histoire de l’Europe ainsi que le contexte global en témoignent. Il dénonce le retour du colonialisme russe et entend prôner le multilatéralisme, le droit international et défendre les peuples opprimés.

En s’invitant au cœur de la primaire, la guerre en Ukraine a mis en lumière des divergences durables au sein de la gauche en matière de politique étrangère. Entre la quête d’un équilibre diplomatique ou un « bloc de fermeté », le prochain candidat socialiste aura pour tâche de clarifier la ligne du parti sur la question.