Le Green New Deal, un pont entre Alexandria Ocazio-Cortez et Michel Barnier

, par Andreea Camen

Le Green New Deal, un pont entre Alexandria Ocazio-Cortez et Michel Barnier

Ce 8 janvier 2019, Thomas Friedman titrait dans le New York Times : “The Green New Deal Rises Again” et fait ainsi référence à un de ses articles, paru dans le même journal. En 2007, il proposait en effet de mettre en place un “Green New Deal”, et en 2019 il se réjouit de voir que son idée prend enfin racine dans les esprits des citoyens. Mais que s’est-il passé entre les deux dates ? Pas grand-chose…

L’auteur explique : “ J’ai développé l’idée dans un livre, “Hot, Flat and Crowded”. Barack Obama s’est servi de l’idée pour en faire une plateforme de discussion lors de sa campagne de 2008, mais l’idée n’a jamais fait les gros titres. C’est pourquoi je suis ravie que la nouvelle élue Démocrate au Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, et d’autres, ont mis du leur dans ce Green New Deal, qui a jouit enfin d’une vraie attention.

Mais qu’est-ce que le Green New Deal, et quel est le lien entre Alexandria Ocasio-Cortez et Michel Barnier ?

Vous souvenez-vous du New Deal, lorsque pendant cinq ans, l’administration Roosevelt a pris le contrôle de l’économie américaine pour sauver les Etats-Unis de la Grande Dépression ? Ou peut-être avec-vous seulement entendu parler du Green New Deal ?

Si ni l’un ni l’autre ne vous parle, vous êtes dans tous les cas au courant de l’urgence climatique dans laquelle nous nous trouvons, et vous devez être conscients qu’il est temps d’échanger la courbe de la croissance économique pour plus de responsabilité climatique.

Tout comme le New Deal, le Green New Deal vient des Etats-Unis. C’est en 2007 que Thomas Friedman a appelé à la création d’un Green New Deal, adoptant les mécanismes interventionnistes de Roosevelt tout en les adaptant à l’urgence climatique car selon lui, seul un interventionnisme étatique pourrait endiguer les catastrophes environnementales et permettre un changement radical de cap : passer d’une économie de marché à une économie verte, et durable.

Tout comme l’ancien, ce nouveau deal aurait pour ambition de relancer l’économie et trouver un emploi à tous, sauf qu’au lieu de le faire à coups de fertilisants, taylorisme et barrages hydrauliques, il se ferait de façon plus intégrée, durable et respectueuse de l’environnement.

Le 19 janvier 2007, Thomas Friedman écrivait dans le New York Times : “Si vous avez installé un moulin, ou quelques panneaux solaires quelque part dans votre jardin, bénie soit votre existence. Mais nous ne rendrons ce monde plus vert qu’en changeant la nature profonde de notre économie, ainsi que notre fourniture en électricité : en troquant le charbon et le pétrole contre un combustible plus propre et d’autres énergies renouvelables. Et ça, c’est un énorme défi industriel, bien plus grand que tout ce qu’on a pu vous raconter. Enfin, le New Deal, si on y met du vert, a le potentiel de créer une toute nouvelle industrie, plus propre, et véritable fer de lance de notre économie, en ce XXIème siècle.

Par là, il pointe aussi du doigt l’incapacité structurelle de tous les citoyens, aussi nombreux et volontaires qu’ils soient, à réellement stopper l’économie de croissance dans laquelle nous vivons. Car même si nous récoltons tous nos efforts, nous ne ferons jamais face aux Grands qui sont devant nous.

“Nous ne rendrons ce monde plus vert qu’en changeant la nature profonde de notre économie”

Lorsque des campagnes anti-déchets sont financées par des multinationales, voulant faire porter le fardeau des continents de plastiques sur les épaules des consommateurs, ou quatre à cinq spots par plage publicitaire vantant les nouveaux SUV et autres voitures polluantes, lorsque nous continuons à nous inquiéter de la croissance ou encore des cours de la bourse, se sentir impuissant tombe sous le sens.

76 ans plus tard, Thomas Friedman propose d’appliquer une recette qui a fait ses preuves, celle de l’interventionnisme.

Une question demeure cependant : que s’est-il passé de 2007 à 2018, année où le Green New Deal est réellement devenu un sujet de débat public ? Car ce n’est que durant la campagne pour le Congrès Américain que nous avons commencé à en entendre parler. Il n’y a qu’à voir le graphique fièrement publié sur Twitter par Alexandria Ocasio-Cortez, une des leader de ce mouvement, désormais membre du Congrès, pour se rendre compte qu’avant le début de la campagne, le sujet n’était pas des plus sexy sur les réseaux sociaux. Argument de campagne, dans un contexte de défiance et dégoût de Donald Trump, ou réelle motivation (économique, citoyenne, environnementale… les qualificatifs sont nombreux), née d’une prise de conscience, notamment après cette chaude année 2018 ?

La réponse à la question sera à chercher dans la première année de cette nouvelle législature. Dans tous les cas, comme en témoigne le Shutdown, les démocrates sont prêts à tenir l’os dans les dents, et fermement.

Une version européenne ?

Toujours est-il que, comme à leur habitude, les Européens regardent à l’Ouest plutôt que de se pencher vers le peuple, et y réfléchissent aussi.

Dans son discours de début d’année, Michel Barnier (le négociateur de l’UE sur le Brexit) a présenté ses priorités pour l’Europe. C’est à coup de “must” et “should”, sans “how” que Michel Barnier a évoqué ce Green New Deal et ce que pourrait être son alter-ego européen. Pour reprendre ses termes plus précisément : “L’Europe pourrait être le leader mondial en termes d’économie circulaire. Il pourrait devenir le premier continent électrique d’ici 2030, en développant un transport plus propre, et des véhicules électriques”. Les près de 109 millions de subventions européennes alloués à Cluj Napoca, notamment pour électrifier tout son réseau de tramway, semblent être de bonne augure.

Mais comment surmonter les désaccords endémiques et les disparités de priorités entre les Etats ? En réalité, les questions et exemples sont nombreux : entre le groupe de Visegrad qui se caractérise par toujours moins d’Etat de droit et une aversion pour la politique des quotas ; les pays méditerranéens qui ne savent plus où donner de la tête entre chômage des jeunes, remboursement de la dette et accueil des réfugiés ; les nouveaux arrivants qui tentent de trouver leur place ; et les pays fondateurs partagés entre Brexit, le départ d’Angela Merkel et la crise des gilets jaunes qu’Emmanuel Macron essaie, quel problème combattre en premier ?

A un problème global, une solution commune

Le 15 avril 2007, dans la section “Opinion”, du New York Times, Thomas Friedman prenait le temps de présenter son New Green Deal de manière exhaustive. En introduction, il définit d’abord ce qu’il entend par “vert” : “[...] Je veux renommer le “vert”. Je veux le renommer géostratégique, géo-économique, capitaliste et patriotique. Je veux le faire parce que je pense que vivre, travailler, designer, fabriquer, et projeter les Etats-Unis vers plus de vert peut être le fondement d’un nouveau mouvement politique, unifié, pour ce XXIème siècle. Une idéologie verte, redéfinie, plus large et plus musclée, n’est pas faite pour remuscler les agendas des Démocrates ou des Républicains, mais plutôt pour les réunir lorsqu’il sera question de combattre les trois principaux défis des Américains aujourd’hui : travail, température, et terrorisme”.

Onze ans plus tard, nous ne pouvons que confirmer ses derniers propos et les élargir au monde : la lutte contre le chômage, le terrorisme et le réchauffement climatique n’étant pas concentrée qu’Outre-Atlantique. A ces trois problèmes, ajoutons les flux migratoires, et nous avons un monde morcelé.

Alors, et si on combattait ensemble un problème global ? Et si on créait des ponts non pas seulement entre différents partis politiques, mais entre différents Etats et intérêts, pour définir une solution commune ? L’Union européenne l’a déjà fait, à sa création : elle a mis en commun le charbon et l’acier pour en faire un bien commun, et non plus une arme pour se retourner contre son voisin, et ce projet a donné l’Union que l’on connaît aujourd’hui. L’Union a déjà démontré au monde entier qu’il était possible de mettre de côté ses intérêts propres pour un intérêt commun. Et si on remplaçait l’intérêt économique, par un nouvel intérêt Vert ?

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