Nouveau triomphe présidentiel au Portugal dans un silence électoral inquiétant

, par Alexis Vannier

Nouveau triomphe présidentiel au Portugal dans un silence électoral inquiétant
Pont du 25 avril, à Lisbonne (source : pixabay)

Le Portugal est à la une de l’actualité européenne en ce premier mois de 2021. En effet, c’est lui qui, succédant à l’Allemagne, prend la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Loin de refonder l’Europe à travers ses traités comme cela avait été le cas lors de sa dernière présidence en 2007, il s’agira notamment pour le pays de poursuivre les négociations du Brexit sur les dossiers qui le réclament encore mais également de gérer les suites de la crise sanitaire, notamment sur la question de la vaccination. Comme dans tout régime parlementaire, c’est le gouvernement d’António Costa qui sera chargé de cette présidence, mais celle-ci fait partie des thèmes de campagne de l’élection présidentielle qui s’est déroulée dimanche le 24 janvier.

Des consœurs du Taurillon reviennent d’ailleurs sur l’histoire du Portugal européen dans un article aussi précis qu’ambitieux.

La gauche à la barre !

C’est suffisamment rare sur le Vieux continent en ce moment pour être souligné : un parti de gauche est au pouvoir et remporte des scrutins ! En 2015, le Partido socialista (PS) court-circuite la victoire de la coalition de droite formée autour du Partido social democrata (PSD) de centre droit et du Centro Democrático e Social – Partido Popular (CDS-PP). En effet, le PS s’allie avec le Bloc de gauche (gauche radicale) et la Coalition démocratique unitaire regroupant communistes et écologistes pour former un gouvernement. Menant une politique de rigueur budgétaire, ce dernier rétablit finalement les comptes du pays après la grave crise de 2008 et réalise un bon score aux législatives de 2019 en réunissant plus du tiers des votes, faisant perdre des sièges à tous les grands partis. Trois partis font leur entrée au Parlement avec un siège chacun : le parti anti-immigration Chega, le libéral Iniciativa liberal et l’écologiste LIVRE. L’’animaliste Personne-Animal-Nature gagne trois sièges en plus de celui dont il disposait depuis 2015. Il reconduit son gouvernement comptant encore sur le soutien sans participation des deux autres partis de gauche. Cette année-là, le PS réalise même un exploit sur l’île de Madère où il augmente son score de 24% talonnant le PSD dans son fief historique.

Les élections européennes de 2019 illustrent une nouvelle fois la popularité du gouvernement : le PS recueille un tiers des voix et 9 députés, quand le centre droit en obtient 6 et le parti animaliste arrache un siège, autant que la droite.

En 2020, les élections aux Açores dans le fief socialiste marquent cependant le premier essoufflement du parti au pouvoir. S’il conserve sa première place avec 39% des voix, le parti perd non seulement cinq sièges sur les 30 qu’il possédait mais, à la faveur d’une coalition entre le PSD, le CDS-PP et les monarchistes, soutenue sans participation par les libéraux et Chega, il perd également la présidence de la région autonome. Cette grande alliance de la droite jusqu’à l’extrême en augure certainement d’autres…

Un nouveau triomphe pour MRS

Marcelo Rebelo de Sousa (MRS) est juriste de formation, professeur d’université et journaliste, c’est également le filleul du dernier Président du conseil de l’Estado Novo du dictateur Salazar. Il est brièvement membre du gouvernement entre 1981 et 1983. En tant que président du PSD, premier opposant à António Guterres, aujourd’hui Secrétaire général de l’ONU, il pousse en 1998 un référendum portant sur la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), faisant campagne dans le camp du contre. La faible participation (32%) invalide cependant les résultats du scrutin.

En 2016, il décide de se présenter à la présidentielle en tant qu’indépendant, stratégie aujourd’hui à la mode pour se rendre plus proche des préoccupations des citoyens, mais bénéficie tout de même du soutien de son parti ainsi que de la droite. Comme tous les scrutins présidentiels depuis 1986, un seul tour a suffi pour désigner le gagnant, De Sousa l’emporte avec 51,99% des voix. Bien que le rôle du président de la République soit essentiellement honorifique, il n’est jamais très loin des débats qui agitent le pays. Ses collaborateurs décrivent De Sousa comme un « loup solitaire », il est connu pour être un fervent catholique mais surtout pour le soin qu’il apporte à son image. Devenu phénomène médiatique, on l’aperçoit faire ses courses seul au supermarché en bermuda, les jeunes recherchent le « marselfie » avec lui, il sauve même deux kayakistes sur une vidéo devenue virale.

Pour le scrutin de cette année 2021, la candidature du Président sortant ne faisait aucun doute. Soutenu une nouvelle fois par le CDS et le PSD, mais également par le Premier ministre de gauche António Costa qui collabore activement avec lui, faisant du duo les nouveaux « Men in black » selon la presse locale.

Ultra favori des sondages, MRS concentrait les critiques durant la campagne. Les autres candidats lui reprochaient notamment son inaction ou ses réactions tardives dans deux affaires qui ont secoué le Portugal. En mars 2020, un citoyen ukrainien doit quitter le territoire. Néanmoins, à l’aéroport, ce dernier refuse d’embarquer dans l’avion, il subit alors des violences de la part des douanes qui le torturent mortellement. L’affaire ne ressort qu’en décembre 2020 au moment où la Cheffe du service des étrangers et des frontières démissionne dans un silence coupable tant du gouvernement que de la présidence. La seconde affaire concerne la nomination du procureur portugais au tout nouveau Parquet européen. Un confrère allemand revient sur cette affaire abracadabrantesque dans laquelle le gouvernement portugais a remplacé au pied levé leur candidate au poste pour un « socialist boy » proche du parti au pouvoir… Dans les deux cas, la réponse présidentielle a suivi les coups de projecteur médiatiques.

Finalement, et encore une fois, l’élection s’est faite en un seul tour, Marcelo Rebelo de Sousa conserve son siège avec 60,7% de soutien dès le premier tour. Cependant, le confinement partiel décidé le 13 janvier a fait exploser l’abstention : près de 2 portugais sur 3 ne sont pas allés voter ce dimanche. Rebelo de Sousa a dû faire face à la candidature dissidente de la socialiste et ancienne diplomate Ana Gomes, arrivée deuxième du scrutin avec environ 13% des voix, mais également du patron du parti d’extrême droite, qui avait reçu la leader de l’extrême droite française Marine le Pen et qui ne cesse d’améliorer son score, réunissant 11,9% des électeurs, représentant une percée certes mineure mais inédite dans une pays réputé hermétique à l’extrême-droite. Derrière le peloton de tête, l’on trouve le communiste João Ferreira (4,3% des voix) ainsi qu’une candidate de la gauche radicale, un libéral et un écologiste.

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