Présidence de la Commission : les Eurosceptiques refusent que les citoyens décident

, par Fabien Cazenave

Présidence de la Commission : les Eurosceptiques refusent que les citoyens décident

L’Alliance des conservateurs et réformistes européens (ECR) a décidé de ne pas présenter de candidat à la présidence de la Commission européenne au cours des élections européennes. Une aberration démocratique résultant d’un choix très politique, contre l’Europe.

En refusant que les citoyens définissent l’orientation politique de la Commission via les élections européennes, les conservateurs eurosceptiques font le choix d’une Europe dominée par les négociations diplomatiques au sein du Conseil européen. Ce groupe politique (regroupant principalement les Conservateurs britanniques, du PiS polonais et de l’ODS tchèque de Vaclav Klaus) souhaite assurer ainsi la main-mise des Etats sur les institutions européennes.

Cette Europe est pourtant rejetée par les citoyens. L’enjeu des élections européennes n’est pas d’être "pour" ou "contre" une certaine vision de l’Europe mais de définir l’orientation des politiques publiques. Généralement dans un Etat membre, le débat lors des élections législatives ne porte pas sur « pour » ou « contre » l’existence de ce pays. On élit avant tout un gouvernement, ou alors c’est la paralysie institutionnelle.

Un choix très politique

Certes, il est difficile de reprocher à des nationalistes de ne pas vouloir jouer le jeu européen. Ils sont aujourd’hui un peu piégés par les partis pro-européens qui vont eux proposer un candidat à la présidence de la Commission européenne. Même la GUE va présenter un candidat avec le Grec Alexis Tsipras.

Mais il s’agit aussi d’un choix politique cohérent pour ces anti-européens. Ils ne veulent pas participer à la concrétisation d’un espace politique européen. Ce serait en effet reconnaître que les citoyens des autres pays peuvent décider ensemble avec une souveraineté du même type que celle existant au niveau national.

Surtout, cela obligerait ces eurosceptiques à reconnaître qu’ils sont bien loin, malgré leurs déclarations habituelles, d’être majoritaires en Europe. En effet, malgré une probable forte hausse des eurodéputés de la droite de la droite européenne, les projections de vote réalisées jusqu’à présent sur les élections européennes démontrent qu’ils devraient être entre 100 et 150... sur plus de 700 sièges. Rester dans le discours plutôt que de se confronter au réel est bien plus confortable.

Les Conservateurs contre toute politisation de la Commission

Les partis politiques européens peuvent imposer d’après le traité de Lisbonne leur candidat à la présidence de la Commission européenne aux chefs d’Etats et de gouvernements. En refusant de jouer le jeu démocratique, les conservateurs européens essayent de biaiser le débat. Il s’agit pourtant d’une évolution institutionnelle des plus positives de l’Union européenne de ces dernières années.

On reproche en permanence à la Commission d’être déconnectée ou de ne pas être élue, or voilà justement l’occasion pour les citoyens de décider qui sera à sa tête. Un débat européen entre les candidats à la présidence de la Commission européenne sera justement organisé en mai avant les élections. En ne participant pas durant ce débat, les Conservateurs vont montrer qu’ils ne représentent pas une réelle alternative politique en Europe. Leur nationalisme les empêche de toute façon de penser « européen ».

On voit bien ici leur crainte : une Commission politisée ne pourrait plus être taxée d’être hors-sol et serait plus légitime à prendre des décisions clivantes plutôt que d’attendre le bon vouloir des Etats membres.

Un contre-sens historique

Cette décision est énervante pour les plus pro-européens, même si elle n’est pas surprenante. L’élection européenne est l’un des rares moments où les citoyens peuvent s’exprimer directement, sans le truchement de leurs représentants. Cela change grandement des Conseils européens où on nous explique qu’il faut tenir compte de l’avis de chacun mais où au final il s’agit surtout de défendre des points de vue nationaux. Or il semble pourtant évident que cela doit être l’avis majoritaire des citoyens qui devrait l’emporter.

De toute façon, ce choix est à contre-sens de l’Histoire. La tentation est grande de compliquer les choses en opposant le bon vouloir ou non des chefs d’Etats et de gouvernements, mais une fois que les citoyens auront tranché par leur vote, il sera très difficile de justifier un choix qui serait différent.

Admettons que les Socialistes arrivent en tête le soir du 25 mai, si le Parti Socialiste Européen réalise un communiqué pour annoncer que Martin Schulz sera le prochain président de la Commission, que pourront faire les Angela Merkel, David Cameron, Donald Tusk et autres face au choix de plus de 500 millions de citoyens ?

Crédit photographique : Parlement Européen

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