Est-ce que la victoire de Syriza et de la Gauche de la Gauche en Grèce va changer l’Europe ? La réponse est négative. Non pas parce qu’elle est faible, mais en raison du mode de fonctionnement actuel de l’Europe.

Les élections en Grèce de ce mois de janvier 2015 donnent lieu à beaucoup de commentaires. Beaucoup comparent à tort Alexis Tsipras à Jean-Luc Mélenchon. Le chef de Syriza n’est pas sur la même ligne que le trublion du Front de Gauche, en partie parce qu’il n’a pas besoin de radicaliser son discours par rapport à une gauche de gouvernement qui n’exste plus là-bas. Cependant, comme avec Renzi et Hollande avant lui, l’arrivée d’un leader de gauche promettant de ré-orienter l’Europe donne l’impression que quelque chose va bouger du point de vue politique.

Ceci ne va pas arriver. Pour trois raisons.

Pourquoi l’arrivée de Tsipras ne changera pas grand chose à l’Europe actuelle

Premièrement, parce que le futur gouvernement grec sera un gouvernement de coalition. Et une coalition très large. Le futur Premier ministre grec ne pourra pas se permettre de tenir une ligne très dure. Il sera forcément dans le compromis pour éviter d’être renversé au Parlement.

Deuxièmement, la situation économique grecque ne met pas les leaders politiques grecs en position de force. Même auréolé d’une large victoire à l’élection, le gouvernement grec ne pourra pas changer du tout au tout sa politique économique. Il ne pourra pas pour ce gouvernement mené par « un vrai homme de gauche » relancer l’économie par un fort investissement de l’Etat ou l’embauche dans la fonction publique des jeunes actuellement au chômage. Il a déjà annoncé qu’il négocierait un étalonnement de sa dette, pas la remise en cause de celle-ci. On est loin du grand soir. Un destin à la Mitterrand en somme.

Troisièmement, en raison du fonctionnement du Conseil européen. Devant ses collègues du Conseil, Alexis Tsipras ne représentera qu’une seule voix. Même en s’alliant à ceux qui souhaitent moins d’austérité et plus de relance, il devra aboutir à une solution commune avec tout le monde. Tous les pays étant souverains, il est nécessaire d’aboutir au Conseil à des décisions qui permettent à tout le monde de dire en conférence de presse à la fin « j’ai gagné »... Même les dirigeants favorables à l’austérité.

Le problème n’est pas l’Europe austéritaire mais celle intergouvernementale

Par conséquent, l’arrivée de Tsipras n’aura jamais pour conséquence de ré-orienter l’Europe. C’est un constat terrible, mais qui n’est pas nouveau. On oublie souvent qu’on a déjà eu des dirigeants communistes, eurosceptiques ou clairement souverainistes à la table du Conseil sans que cela change radicalement les politiques européennes.

Ce n’est pas un déni de démocratie, c’est la réalité des négociations internationales. L’Union européenne est censée être plus que cela. Nous devrions nous passioner pour les élections européennes à l’instar de ce que nous faisons pour ces élections grecques. Ce serait bien plus démocratique du reste.

En effet, admettons que le scrutin grec soit décisif et soit l’aube d’un grand changement pour l’Europe. Comment justifier que le destin de 500 millions d’Européens soit décidé par 2% d’entre eux ?